8 mars : journée de la femme ou journée du pagne en République Démocratique du Congo.

Aurélie Mupepe Kwanza relate dans ce texte son expérience de la journée du 8 mars à Kinshasa en République Démocratique do Congo. Malgré la forte présence des femmes et des filles dans les rues de la capitale, l’auteure démontre que "la femme congolaise doit encore se lever pour se battre pour l’effectivité de la parité" et aspirer à plus de droits.

Le 8 mars 2010, les rues de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo étaient une nouvelle fois envahies par les femmes, jeunes filles et même de toutes petites, encore au bras de leur mère, vêtues en tissus –pagnes.

Celles comme nous qui ce jour là avaient « oser » porter une jupe non faite en pagne ont été pour la plupart huées. Celles qui ont en ce jour du 8 mars 2010 porté le pantalon ont été prises pour des diablesses. Dans certains quartiers même de Kinshasa, elles ont échappé à des « frappes ».

En 2007, lorsque l’initiative de voir toutes les femmes porter le pagne le 8 mars a été prise, l’idée a été bien applaudie. Et on pensait que l’initiative s’arrêterait ce 8 mars là. Bien au contraire.
3 ans après, la journée internationale de la femme semble se réduire au port d’un tissu pagne. Le pagne vient comme obstruer la vision accordée à la journée internationale de la femme pour mieux réduire cette journée à un simple pagne.

L’effervescence depuis est devenue très grande à la veille de cette journée au point que les femmes s’endettent non seulement pour acheter le pagne pour ses filles mais aussi pour s’acheter quelque soit le prix du pagne avec le thème national.

Cette année la RDC avait retenu comme thème au niveau national : « Progrès pour tous dans la parité Homme -Femme, dans un Congo cinquantenaire ».

Certes, la constitution votée en 2006 dans son article 14 institutionnalise la parité mais l’écart reste très grand dans son application effective si on s’en tient au tableau dressé à l’occasion justement de la journée internationale de la femme.

L’Observatoire de la parité a, en effet, dressé le bilan de la mise en ouvre progressive de la parité homme-femme à travers un Rapport biennal dans les institutions nationales, provinciales et locales. Triste bilan puisque les progrès dans cette mise en oeuvre sont insignifiants, voire nuls, au sein des institutions des trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire.

Le pouvoir exécutif national n’accorde qu’une place très limitée aux femmes. En effet, le pourcentage de femmes dans le premier Gouvernement national issu des élections générales de 2006 était de 10,9%, ce qui est évidemment un score très faible. Le remaniement ministériel de fin février 2010 n’a malheureusement pas amélioré la situation puisque s’il a réduit le nombre de ministres de 54 à 43, il a également fait passer le nombre déjà faible de 6 femmes ministres et vice-ministres à 5.

Les élections législatives n’ont permis qu’à un nombre restreint de femmes d’exercer le
Pouvoir législatif, puisqu’elles ne représentent que 8,6% des députés et 5,5% des sénateurs.
La présence des femmes dans les institutions provinciales se situe aussi à un taux très bas.
Aucune femme n’est Gouverneur de province. Aucune femme n’est vice-gouverneur de province. Les gouvernements provinciaux généralement composés de dix ministères, comptent :

- Une seule femme dans le gouvernement des 4 provinces du Nord-Kivu, Katanga, Bas-Congo et Bandundu ;
- Deux femmes dans le gouvernement des 5 provinces de Kinshasa, Province orientale, Maniema, Kasaï Occidental et Kasaï Oriental ;
- Trois femmes dans le gouvernement des 2 provinces du Sud-Kivu et Equateur.
Les Assemblées provinciales comptent un pourcentage de femmes allant de 0% (Maniema) à 18,7% (Kinshasa) en passant par d’autres pourcentages très faibles : 2,3% (Nord Kivu) et 2,7% (Equateur).

La présence de femmes désignées dans les fonctions de responsabilité en tant que Maire, Maire adjoint, Commissaire de district, Commissaire de district assistant, Bourgmestre, Bourgmestre adjoint, Administrateur du territoire, Administrateur du territoire adjoint oscille entre 6% (Bas-Congo et Equateur) et 25% (Sud-Kivu).

En ce qui concerne le pouvoir judiciaire, le nombre de femmes dans la magistrature « assise » (les juges) et dans la magistrature « debout » (les procureurs) des juridictions civiles et militaires est trop bas.

Ce tableau de l’Observatoire congolais de la parité prouve que la femme congolaise doit encore se lever pour se battre pour l’effectivité de la parité.

***
Aurélie Mupepe Kwanza

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter