Abandon de l’excision : le Sénégal s’engage pour 2015

Célébrée depuis 2003, la Journée Internationale pour l’abandon de l’excision (6 février) permet de faire un point sur les avancées réalisées en faveur de la santé des femmes. En Afrique de l’Ouest, le Sénégal vise un abandon total de la pratique de l’excision d’ici 2015.

Le défi est de taille mais l’espoir est permis : depuis 1997, date du premier abandon public de la pratique au Sénégal, plus de 4 600 communautés du pays ont participé à des déclarations publiques, au cours desquelles elles se sont engagées à renoncer définitivement à l’excision. Ce mouvement de fond est accompagné par le Gouvernement du Sénégal, qui a lancé il y a un an son Plan d’action national (2010-2015) dont le but est l’abandon total de la pratique au Sénégal en 2015. L’ONG Tostan, qui fête ses 20 ans le 7 février 2011, travaille auprès des communautés pour que cet objectif ambitieux se réalise.

Depuis 1997, date à laquelle les femmes du village de Malicounda Bambara (Sénégal) ont annoncé publiquement leur volonté de renoncer à la pratique de l’excision, le Sénégal a connu des avancées inédites en matière d’abandon de l’excision. Ces progrès sont le résultat d’une stratégie en trois étapes développée par l’ONG Tostan, le Gouvernement du Sénégal et l’UNICEF :

- Tout d’abord, un programme d’éducation de base respectueux, qui favorise l’éveil des consciences des populations sur les enjeux liés à la santé et aux droits humains. Ce type de programme communautaire amène les participant-es à identifier eux-mêmes des pratiques néfastes, telles que l’excision, comme étant une violation de leurs droits humains et une tradition dangereuse pour la santé des femmes et des filles.

- Ensuite, des discussions publiques, impliquant l’ensemble des communautés liées entre elles, facilitent la sensibilisation et amènent une masse critique d’individus à envisager un changement de comportement.

- Enfin, lorsqu’un groupe prend la décision collective et coordonnée d’abandonner l’excision, ce choix doit se faire aux yeux de tous de manière explicite grâce à un engagement public. La pratique est en effet une norme sociale fortement liée au mariage et à l’inclusion dans la communauté. En permettant l’expression publique du changement de convention, la déclaration publique garantit une diffusion large de la décision et assure la pérennité du choix. Chaque famille, convaincue que les autres familles abandonnent également la pratique, a alors l’assurance que ses filles non-excisées pourront grandir et se marier sans perdre leur statut social.

Endossée internationalement par dix agences des Nations Unies (2008) et le Groupe des donateurs sur l’excision/mutilation génitale féminine (2008), cette approche a également fait l’objet d’une évaluation d’impact à long terme, qui a permis d’attester d’un abandon massif et durable des populations bénéficiaires du programme de Tostan, suite aux déclarations publiques.

Si le Sénégal connaît une accélération indéniable du mouvement pour l’abandon de l’excision et bénéficie d’une vraie volonté politique de promotion d’une approche basée sur les droits humains, des résistances persistent. L’abandon total de l’excision passe par la poursuite des activités d’éducation et de sensibilisation, tant au Sénégal que dans les pays qui ont accueilli ses ressortissant-es.

Les films de sensibilisation, tournés en langue locale dans des communautés qui ont fait le choix d’abandonner la pratique, représentent un outil porteur dans le processus d’abandon. Deux films, l’un tourné au sud du Sénégal (l’Appel de Diégoune), l’autre au nord du pays (Fouta, il est temps d’en parler) sont actuellement projetés par Tostan lors de séances-débats dans les villages bénéficiant directement ou indirectement de son programme d’éducation de base. Les résultats positifs de l’évaluation d’impact des projections au Sénégal ont incité Tostan France, bureau de coordination basé à Paris, à relayer les films auprès des ressortissant-es issu-es des mêmes zones, afin de les inclure dans le dialogue initié dans leur pays d’origine.

Pour la première fois, en 2011, Tostan France élargit la diffusion de l’Appel de Diégoune, tourné dans un village de Casamance (sud du Sénégal) au public d’Ile de France. Grâce à son partenariat avec la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité et avec le Comité UNICEF France, le film est devenu un outil de sensibilisation pour les professionnel-les qui souhaiteraient animer des séances de discussion sur l’excision. Le DVD est accompagné d’un livret, qui propose le déroulement d’une discussion où l’excision est envisagée comme une violation du droit à la santé et du droit à être protégé comme toute forme de violence. Il comporte également des éléments de contexte sur le film et la méthodologie pour l’abandon de l’excision.

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Source : Tostan France

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