Afghanistan : Entretien avec une représentante de RAWA

« Une alternative démocratique peut être créée » dit la représentante de l’association révolutionnaire des femmes afghanes (RAWA), que nous appellerons Sara, pour des raisons de sécurité.

« Nous comptons d’abord sur la solidarité des progressistes occidentaux pour qu’ils exigent de leurs gouvernements le rappel de leurs soldats. Le retour à la paix prendra du temps, mais nous sommes capables d’y arriver si on laisse notre pays libre de toute pression étrangère. »

Obama annonce une nouvelle stratégie afghane. Qu’en attendez-vous ?

Sara. Pas grand-chose et autant dire rien, sinon une aggravation du conflit et des violences qui ne nous apportera ni la paix ni la stabilité. Le premier message d’Obama pour l’Afghanistan est un message de guerre, avec la décision d’envoyer des renforts. En ce sens, nous considérons qu’il poursuit la politique de Bush, et nous ne sommes pas les seuls à le penser. En intervenant en 2001 en Afghanistan, les États-Unis ont fait chuter le régime des talibans, ce dont les Afghans leur ont été redevables dans un premier temps. Mais ils ont mis en place un autre régime qui s’appuie sur d’autres forces intégristes et fondamentalistes, celles-là mêmes que nous avions déjà combattues lorsqu’elles étaient au pouvoir.

Quelles sont-elles ?

Sara. Les seigneurs de guerre, les djihadistes, ceux issus de l’Alliance du Nord, que commandait Massoud (avant son assassinat en 2001 - NDLR), et ceux du parti de Gulbddin Hekmatyar. Pour ne citer qu’eux. Ces djihadistes avaient pris Kaboul en 1992 quand les Soviétiques se sont retirés. Ils s’y sont entre-tués. C’est à cette époque qu’une grande partie de la capitale a été détruite et des milliers de civils ont été tués dans ce conflit qui n’était pas le leur. Poussés par le Pakistan, les talibans ont profité des affrontements pour s’emparer du pays. Aujourd’hui, nous avons trois ennemis, les talibans, qui ont reconquis une partie du territoire, les djihadistes, qui participent au gouvernement de Karzaï ou qui tiennent des régions, et les armées d’occupation de 41 pays différents.

Quelle est l’issue possible pour ramener la paix ?

Sara. Si nous partons du constat que huit ans d’occupation n’ont rien apporté à notre pays, que la démocratie soi-disant instaurée est une farce, que le soutien apporté par les forces occidentales aux intégristes ne mènera à rien, sinon à entretenir la guerre civile, une première exigence s’impose : le retrait de toutes les troupes étrangères de notre pays. Nous avons perdu notre indépendance.

Y a-t-il une alternative ?

Sara. Il existe en Afghanistan des groupes, des partis, des personnalités qui réclament la démocratie et la laïcité. Ces forces sont faibles et toujours menacées par les intégristes, et elles ne trouvent aucun appui auprès des pays occidentaux qui prétendent apporter la démocratie avec des missiles. On peut citer des personnalités comme Malalai Joya, élue au Parlement afghan et qui en a été suspendue pour avoir critiqué des chefs des tribus et des quel- ques criminels de guerre au sein du gouvernement Karzaï. Et aussi des journalistes comme Sayed Perwiz Kambakhsh, condamné à mort, puis à une lourde peine de prison pour avoir parlé du rôle des femmes dans l’islam. Aucune liberté d’expression n’est autorisée. Pourtant, il ne faut pas négliger, au sein de la société afghane, ce potentiel démocratique, capable de créer une alternative. C’est dans cette direction que les Occidentaux doivent regarder et non vers les clans les plus rétrogrades du pays. Nous comptons d’abord sur la solidarité des progressistes occidentaux pour qu’ils exigent de leurs gouvernements le rappel de leurs soldats. Le retour à la paix prendra du temps, mais nous sommes capables d’y arriver si on laisse notre pays libre de toute pression étrangère.

19 février 2009

Entretien réalisé par Dominique Bari

Source originelle : L’Humanité

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