Afghanistan : une loi légalise le viol conjugal et restreint la liberté des femmes chiites

D’après le quotidien l’Express, une loi qui légalise le viol conjugal et restreint la liberté de mouvement des femmes chiites a été votée en Afghanistan. Le président Karzaï est soupçonné de passer par-dessus les engagements de son pays en matière de droits de l’homme... pour gagner des voix avant l’élection présidentielle d’août prochain.

Les taliban ne sont plus au pouvoir à Kaboul... mais "la situation des droits de l’homme en Afghanistan empire", s’alarme la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay. Et notamment pour les femmes.

Dernier signe en date ? Une nouvelle loi "pire que sous le régime des taliban", écrivait le Guardian sur son site, dès ce mardi, alors que la communauté internationale, réunie autour du président Hamid Karzaï, se penchait sur le dossier afghan à La Haye.

Le quotidien britannique a révélé le premier ce texte qui risquerait de "légaliser le viol conjugal et d’interdire aux femmes mariées de sortir de chez elles sans la permission de leur mari". Le parlement d’Afghanistan l’a approuvé, le président Karzaï l’a signé, et il devrait être paraître au journal officiel afghan dans un mois, d’après le Guardian.

Que dit cette loi exactement ? Elle ne laisse une liberté de mouvement aux femmes chiites afghanes que pour des raisons "légitimes". De ces raisons "légitimes", sont exclues des activités telles que travailler ou suivre des études, précise un communiqué de l’ONU.

Le viol conjugal légalisé...

Cette nouvelle loi "permet explicitement le viol conjugal, réduit le droit des mères à avoir la garde de leurs enfants dans le cas d’un divorce et rend impossible pour les épouses d’hériter des maisons et des terres de leur mari", poursuit ce communiqué.

Seules les femmes chiites sont concernées. La Constitution afghane permettrait en effet "aux chiites d’avoir une loi distincte en matière de droit familial, basée sur la tradition religieuse" et la jurisprudence chiite, explique le site de Radio-Canada. Cette communauté est principalement d’origine Hazara et représente 10 à 15% de la population d’Afghanistan.

Pourtant, la Constitution afghane institue aussi l’égalité de principe entre les hommes et les femmes... Et l’Afghanistan a signé les textes internationaux en matière de droits de l’homme, notamment la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Les ONG comme Amnesty International restent pour l’instant assez prudentes, dans l’attente d’avoir accès au texte intégral.

Mais Sam Zarifi, responsable de la zone Asie pour l’organisation, joint par téléphone par LEXPRESS.fr, ne semble pas vraiment étonné. "Ce signe correspond à ce que nous observons sur le terrain depuis déjà quelques années. Après une amélioration de la condition des femmes, juste après la chute des taliban en 2001, la tendance se renverse".

"La situation reste terrible dans les zones contrôlées par les taliban, les femmes souffrent de l’insécurité et de discriminations très fortes. Et elle empire aussi dans les zones contrôlées par le gouvernement : les violences ne sont pas punies, les filles ont moins facilement accès aux études, aux soins, etc.", raconte le chercheur.

Il y a moins d’un mois, Amnesty publiait d’ailleurs un communiqué appelant le gouvernement Karzaï à faire plus pour protéger les femmes "alors qu’un climat d’impunité continue de régner et n’incite pas ceux qui violent les droits de femmes à changer d’attitude".

Motivations électoralistes de Karzaï ?

Mais, souligne Sam Zarifi, le président Hamid Karzaï "sous pression, donne, au contraire, des gages à certaines communautés pour obtenir du soutien". Des gages qui peuvent prendre la forme, par exemple, d’un "ministère du vice et de la vertu", institué il y a trois ans, "et qui rappelle tragiquement ce que les taliban faisaient, comme vérifier la longueur des burqas et des barbes".

A quelques mois d’une élection présidentielle difficile, le 20 août prochain, le président Karzaï, de moins en moins populaire dans son pays, pourrait ainsi tenter d’acquérir quelques voix dans la communauté chiite...

La communauté internationale n’a réagi qu’à la sortie de l’information dans les colonnes du Guardian. La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a fait part de son mécontentement lors d’une conférence de presse et aurait abordé le sujet avec le président afghan, que beaucoup pressent de faire demi-tour.

En France, Rama Yade, secrétaire d’Etat française aux droits de l’Homme, s’est dite "profondément choquée", ce vendredi. Cette loi "est une source de vive inquiétude pour tous ceux et celles qui se battent au quotidien pour les femmes afghanes" et "rappelle les heures les plus sombres de l’histoire de l’Afghanistan".

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Pour en savoir plus, consultez le site de L’Express

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