Afrique de l’Est : Accroître la participation des femmes au gouvernement

Par Joyce Mulama

Le faible record du Kenya à améliorer le pourcentage des femmes dans des
positions de prise de décisions a fait l’objet d’un examen, mais ses
voisins sont en train de faire beaucoup mieux.

En 2007, un amendement constitutionnel, qui aurait créé 50 sièges
spéciaux pour les femmes au parlement, a été rejeté pour faute de
quorum pour le mettre au vote. Le pays était sur le point de voter une loi
réservant des positions aux femmes à tous les niveaux de prise de
décisions lorsque de telles dispositions avaient été incluses dans un
avant-projet de la constitution établi par une Conférence
constitutionnelle nationale en 2003 et 2004. Mais le document avant-projet
a été rejeté dans un référendum en 2005 - du fait d’une large
insatisfaction avec le gouvernement de Kibaki d’alors plutôt qu’une
opposition spécifique aux clauses sur les femmes.

Pendant que le Kenya continue lamentablement de faire des progrès en
matière d’augmentation du nombre des femmes dans des positions clé de
leadership, l’Ouganda et la Tanzanie voisins ont fait de pas géants dans
ce domaine.
La constitution de l’Ouganda a sauvegardé une mesure de discrimination
positive pour accroître la représentation des femmes au sein du
gouvernement et dans le service public. A travers le système établi en
1995, des sièges spéciaux pour les femmes ont été créés au sein du
parlement, augmentant le pourcentage des femmes législatrices à environ
25 pour cent, selon des chiffres du gouvernement. Le même système
prévoit que les femmes soient représentées à 30 pour cent dans le
service public.

Une initiative similaire a été prouvée en Tanzanie où le parlement a
voté en 2000 une loi pour accroître les sièges des femmes au parlement
et dans le service public à 30 pour cent au moins.
Le cas du Rwanda a été le plus spectaculaire, qui présente actuellement
le taux le plus élevé de femmes au parlement - 56 pour cent - dans le
monde. La constitution du pays prévoit un système de quota qui réserve
aux femmes 24 sièges sur 80 à la Chambre basse et six sièges sur 20 à
la Chambre haute. La constitution demande également que les femmes
occupent 30 pour cent des postes de prise de décisions dans le service
public.

"Je pense qu’au Rwanda, l’écart qui existait entre l’homme et la
femme est en train de se réduire ; comme vous pouvez le remarquer, nos
pourcentages sont chaque fois élevés, comparativement aux années
antérieures, alors pour nous, nous sommes en train de gagner la lutte pour
l’égalité", affirme Winnie Muhumuza du Réseau des femmes du Rwanda.
L’expérience du Rwanda démontre que les quotas constituent un point de
départ pour mettre un pont sur le vide de l’inégalité de genre dans le
leadership.

Malgré cette leçon, les autorités kenyanes ont manqué à leur promesse
de réserver des quotas pour les femmes dans le service public ainsi
qu’au parlement. En 2006, une déclaration du président, selon laquelle
30 pour cent des nominations dans le service public seraient attribuées
aux femmes, ne s’est pas concrétisée.

Trois années plus tard, des femmes leaders sont en train d’accuser les
autorités de manque d’engagement à atteindre ce chiffre. Leur
mécontentement s’est intensifié suite à la nomination d’une équipe
de 12 membres pour aider dans la résolution des disputes qui ont submergé
le gouvernement de coalition au pouvoir. Une équipe composée uniquement
d’hommes a été nommée par le président le 15 janvier à la déception
des femmes leaders qui se sont plaintes d’être marginalisées. Depuis,
deux femmes ont été ajoutées à la liste suite à un tollé général.
Mais il existe encore de l’insatisfaction, puisque cela est encore en
dessous de l’objectif des 30 pour cent promis.

"Il y une la nécessité que la directive du président soit traduite en
une loi, et des mécanismes pour sa mise en œuvre clairement définis", a
souligné le professeur Wanjiku Kabira, un consultant en genre au Centre de
collaboration pour le genre et le développement, basé à Nairobi.
"Jusqu’à ce que cela se produise, la nomination des femmes dépendra de
la bonne volonté de ceux qui sont au pouvoir. Le nombre de femmes dans le
gouvernement est parle de lui-même", a-t-elle ajouté. Actuellement, seuls
sept des 37 ministres sont des femmes tandis que sur les 53 ministres
délégués, seuls six sont des femmes.

S’inspirant du Rwanda, de la Tanzanie et de l’Ouganda, des femmes
parlementaires et des femmes activistes au Kenya veulent réintroduire le
débat sur une discrimination positive qu’elles ont déposé sur la table
du parlement. "Nous voulons le présenter comme un projet de loi mais avant
cela, nous devrions mettre la pression sur nos homologues afin qu’elles
soutiennent une telle initiative", a déclaré à IPS, la députée Millie
Odhiambo.

Voter une telle loi, disent des analystes, demeure une attente monumentale
étant donné que la majorité des députés sont des hommes. De tous les
222 députés, seulement 21 sont des femmes, une augmentation par rapport
aux 18 femmes membres du parlement précédent.
Le Kenya a d’abord tenté d’introduire une législation de
discrimination positive en 2000, dans une loi qui a été par la suite
rejetée par l’ancien président Daniel Arap Moï.

Comme le débat sur une discrimination positive en faveur des femmes monte,
il devient plus clair qu’atteindre les Objectifs du millénaire pour le
développement (OMD) - qui demandent l’égalité de genre dans le domaine
politique - peut ne pas être une tâche facile pour le Kenya.
"Avec seulement une poignée de femmes en politique, nous n’avons fait
aucun progrès dans la réalisation de l’OMD 3. C’est triste et honteux
que nous traînions derrière nos voisins, qui ont tous fait de pas géants
dans ce domaine", a indiqué Monica Amolo, directrice exécutive du
’Kenya Women Shadow Parliament’ (Parlement fantôme des femmes du
Kenya).

L’OMD en question est l’un des huit objectifs des Nations Unies et vise
à promouvoir l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes. Aux
termes de cet objectif, les pays doivent développer une législation et
des politiques qui assurent une représentation équitable entre l’homme
et la femme à tous les niveaux de prise de décisions, y compris en
politique.

Certains députés ainsi que des activistes ont déclaré que la création
de sièges spéciaux aux femmes au sein du parlement n’assure pas
totalement une égalité politique entre les sexes, affirmant que les
femmes doivent lutter pour gagner plus de postes électifs.
"Les femmes doivent être encouragées à rechercher des postes électifs
bien qu’elles soient confrontées à de graves défis comparativement aux
politiciens hommes", a dit Amolo.
Mais les femmes candidates qui ont tenté cela au Kenya, y compris Amolo,
rencontrent tout un tas d’obstacles, notamment un manque de ressources
pour faire campagne, et la façon traditionnelle dont les femmes sont
perçues, qui autorisent peu d’activités en dehors du foyer.

3 février 2009
(Eunice Wanjiru à Kigali a contribué à ce reportage)

Source : Inter Press Service News Agency

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