Agir ou ne pas agir ?

S’engager dans le combat féministe revient à emprunter un chemin semé d’embûches où la violence, la peur et l’insécurité sont souvent des compagnes de route. Faudrait-il pour autant refuser d’agir et laisser ainsi se perpétuer le cours de l’histoire ?

Entendre des femmes venues de plusieurs continents témoigner de la création d’un mouvement féministe dans leur pays fait prendre conscience des défis, plus que des opportunités, que suppose un engagement de cette envergure. L’atelier « Défis et succès dans la construction d’un mouvement féministe efficace : études de cas du Fonds mondial pour le réseau de femmes bénéficiaires » qui s’est intéressé à des exemples en Algérie, en Bosnie Herzégovine, au Congo et aux Îles Fidji, en est la preuve.
Quel que soit leur pays d’origine, les femmes qui ont témoigné pendant l’atelier ont toutes vécu l’insécurité. Toutes, sans exception, ont eu peur pour la sécurité des leurs avant d’avoir peur pour elles-mêmes. Toutes se sont remémorées les souffrances infligées. La majorité d’entre elles a été violentée, physiquement et psychologiquement. Les blessures sont nombreuses, celles de l’âme sont les plus difficiles à cicatriser. Certaines ont été confrontées à des détracteurs fondamentalistes, d’autres à des conflits dans leur pays ou encore à la dictature. Leurs récits étaient entrecoupés de sanglots retenus. La tension était palpable dans la salle.
Dilemme vital
Toutes ces femmes ont subi des menaces. Or, ces menaces, au lieu de les faire taire, les ont poussées à s’organiser encore plus, avec acharnement et de manière stratégique. Les leçons que l’on pourrait tirer de ces témoignages se résument à agir ou ne pas agir.
Agir peut faire changer le cours de l’histoire d’un pays. Mais cela nécessite beaucoup de temps et exige beaucoup des individus qui décident d’emprunter ce chemin semé d’embûches. Les difficultés seront toujours énormes et paraîtront souvent insurmontables. Agir, en effet, revient à risquer sa vie, au sens propre comme au sens figuré. Des portes se fermeront sûrement. Des menaces suivies ou non d’actes d’agression pourront être formulées car agir, dans ce cas précis, est synonyme de lutte. Par contre, ne pas agir signifiera perpétuer la même histoire, se laisser faire mais surtout laisser en héritage à notre descendance féminine les mêmes injustices que celles vécues par des générations de femmes avant nous.
Comment choisir entre ces deux possibilités ? Il suffit d’écouter ce que notre cœur nous dicte de faire. Le plus dur sera de s’organiser et de réunir les moyens nécessaires pour avoir une emprise sur le cours de l’histoire et ainsi impulser le changement. Mais, loin de faire peur à l’assistance, les témoignages entendus pendant l’atelier ont conforté les participants dans l’idée que le changement ne pourra se faire sans mobilisation massive et sans action organisée. Une femme avertie n’en vaut-elle pas deux ?

Amina Ahmed - FAWE Sous-Antenne Antananarivo - Madagascar

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