Algérie : de l’activité professionnelle à l’engagement politique

Les affaires politiques sont dans l’inconscient collectif des affaires d’hommes. Cette idée s’est développée à la faveur d’un désintérêt relatif de la femme vis-à-vis de la chose politique. Une mentalité qu’on retrouve même chez les femmes universitaires. (…) L’ouverture politique et économique a, selon le point de vue de la ministre déléguée auprès du ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière chargée de la Famille et de la Condition féminine, Mme Nouara Saâdia Djaffar, suscité chez la femme de nouvelles ambitions.

Ces ambitions ont été nourries par une large scolarisation et par une évolution des mentalités. A cet effet, elle nous a indiqué que 56 % des lycéens sont des filles et que les étudiantes représentent plus de 60 % de l’effectif des universités. En milieu professionnel, 33 % des cadres sont des femmes. Cela dénote de l’insertion socio-économique de la femme, a ajouté Mme Djaffar.

Les universitaires et la politique

S’agissant du rôle de la femme en politique, Mme Maâtouk, professeur à l’Institut des sciences politiques, a rappelé la forte présence de la femme durant la guerre de libération. « Elle a toujours fait face au colonisateur et a grandement contribué à la lutte de libération nationale, avant de résister à la horde terroriste ».
Le contexte actuel, estime-t-elle, ne favorise pas beaucoup la participation de la femme dans la vie politique et partisane. « Elle reste minoritaire dans la vie politique et publique. La situation évolue très lentement dans ce domaine. »

La question qui reste posée, note l’interlocutrice, est de savoir comment est-il possible de construire la démocratie sans une participation effective et publique des femmes.
Pour certaines, dit-elle, les problèmes se posent au niveau du contenu des lois. Pour d’autres, c’est le texte constitutionnel qui est en cause, et d’autres encore proposent que soient prévus des quotas. D’une manière peut-être involontaire, souligne Mme Maâtouk, il y a quelques réticences à voir la femme assumer un rôle politique et, d’une façon générale, de voir celle-ci réussir.

« Il y a une idée assez répandue qui cherche à faire accréditer l’idée selon laquelle la femme n’est pas rentable, pour différentes raisons, notamment politiques. C’est aussi un problème de culture. La société algérienne reste encore profondément traditionnelle, ancrée dans l’impératif de la continuité plutôt que dans celui du changement ».
Cette situation doit changer et le combat des femmes dans ce domaine doit se transformer en une forte conviction, précise-t-elle.
Pour cela, de nouvelles formes de pensée sont à inventer : « Agir sur le volet de la formation, encourager le dialogue, favoriser la prise de décisions, apprendre le commandement, l’art d’influencer et la façon de s’organiser ».
M. Berouane, professeur à l’Institut des sciences politiques, a affirmé qu’en dépit de la présence importante des femmes dans la magistrature (34,7 %) et à l’université (50 %), l’image de la femme est déformée.

Pour l’orateur, les médias ne donnent pas non plus « une image positive de la femme ».
De son côté, Mme Oufréha, professeur à l’université des sciences sociales de Bouzaréah, a proposé de mêler analyses anthropologique et sociologique pour appréhender ce phénomène. L’oratrice plaide pour une séparation entre l’emploi urbain et rural.
« La femme rurale ne travaille pas. Elle exerce une activité qui n’est généralement pas rémunérée. »

Une participation féminine au monde du travail plus active

Par contre, la femme algérienne est fortement présente dans le monde du travail en milieu urbain.
La scolarisation massive et l’impact de la relance économique ont contribué à favoriser l’emploi en général et l’emploi féminin en particulier. Mme Nouara Saâdia Djaffar rappelle, que grâce à la politique mise en place par le président de la République, la femme peut accéder à des postes de responsabilité, des postes qui requièrent la prise de décisions. Il y a une volonté politique tout à fait visible dans ce sens, est-il relevé.
« Les institutions publiques ont pour mission de traduire sur le
terrain les principes qui définissent cette politique, et assurer la prise en charge des problèmes que vivent les femmes dans ce contexte. »

56 % des femmes actives ont moins de 40 ans

Si l’on se réfère à une étude réalisée sur les transformations de la structure familiale, on mesure l’ampleur des réalisations accomplies en matière de la promotion de la femme.
Cette étude a démontré que la participation de la femme dans le monde du travail est devenue plus active et de nouveaux besoins ont alors émergé pour faire augmenter le taux de main-d’œuvre féminine de 7,7 % en 1977 à 18 % en 2005. Par ailleurs, la politique mise sur pied en matière de promotion de la femme, notamment à travers l’investissement dans le domaine de l’enseignement et de la formation, qui repose sur les principes de la gratuité et de l’obligation, a eu des résultats positifs puisque le nombre global des femmes ayant bénéficié d’une formation est passé de 76 400 en 1995 à 191 141 en 2005.

Une autre étude, réalisée par le ministère sur l’insertion socio-économique de la femme algérienne, a fait savoir que 56 % des femmes actives ont moins de 40 ans, et que le taux de femmes universitaires actives est plus élevé que celui des hommes.

Les premiers résultats

Ce qui a poussé les pouvoirs publics à élaborer un plan national visant à encourager l’insertion socio-économique de la femme, laquelle a sensiblement émergé dans le monde des affaires et effectué une entrée, quoique encore timide, dans le milieu de la politique en occupant des postes de responsabilité dans les plus hautes fonctions de l’Etat et au niveau du Parlement, a ajouté la ministre. En ce sens, depuis 1999, au moins quatre femmes ont été désignées au poste d’ambassadeur, et une à la tête du Conseil d’Etat, ainsi que la première femme wali, suivie de deux femmes walis hors-cadre, une femme wali déléguée, 11 femmes chefs de daïra et 3 secrétaires générales de wilaya.
« Ces expériences pionnières dans le monde arabe sont tout de même à saluer parce qu’elles ont le mérite d’ouvrir le champ à d’autres acquis. »

source : http://www.algeria-watch.org/fr/article/femmes/chose_politique.htm

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