Algérie : les tests ADN au secours des mères célibataires ? L’appel de Kahina

L’auteure de ce texte, Kahina M, a choisit de s’emparer d’une tribune du journal El Watan pour raconter son histoire de mère célibataire et des nombreuses difficultés auxquelles elle a dû faire face. Elle pose ici un problème de société inhérent en Algérie et lance un appel pour que les femmes parviennent à faire reconnaitre leurs droits et changer les comportements, les mœurs de la société algérienne.

S’est-on un jour demandé pourquoi une fille de bonne famille instruite et ayant reçu une bonne éducation se retrouve mère célibataire ?
Les juges, les imams et les hommes intransigeants condamnent et vouent à la vindicte populaire et aux flammes de l’enfer toute femme ayant eu une relation hors mariage. Croient-ils que leurs propres filles sont immunisées et qu’elles ne risquent pas de tomber entre les griffes de beaux parleurs et d’être engrossées, elles aussi, avant le passage devant Monsieur le maire ? Dans un pays musulman, où l’avortement est proscrit, où le harcèlement sexuel au travail et ailleurs est le sport favori de la gent masculine, où les filles sont soumises aux chantages odieux de fiancés libidineux qui imposent cette fatidique sentence : «  Ou tu cèdes ou je te quitte  », c’est la mort dans l’âme et la peur au ventre que certaines malheureuses se soumettent au diktat de leurs bourreaux ; les unes pour garder une activité salariée vitale pour la famille, les autres pour ne pas perdre des amoureux mythomanes dont elles boivent les paroles comme du petit lait.
Ajoutez à cela le fait que la majorité de ces malchanceuses novices n’a jamais reçu d’éducation dans le domaine de la procréation, comment voulez-vous arrêter le fléau des mères célibataires et des abattoirs clandestins d’avortements ? Notre pays, toujours à la traîne, se voile la face et joue la politique de l’autruche. Il ne veut pas admettre que toutes les filles célibataires avec un ventre un peu rond qui se rendent en Tunisie n’y vont pas pour passer des vacances, mais pour ne pas devenir des mères célibataires et mettre un terme à des grossesses non souhaitées dans des conditions hygiéniques humaines. Moi-même, étant une de ces écervelées qui ont cru aux boniments de beaux parleurs, je n’ai jamais imaginé, dans mes cauchemars les plus effroyables, faire vivre à mes parents un tel déshonneur et une telle honte.

Aujourd’hui, je souhaite soulever un débat au sein de notre société en me confiant à travers les colonnes du journal El Watan pour que toutes les victimes d’hommes irresponsables sachent que nous pouvons agir ensemble pour faire connaître nos droits et cesser de nous terrer comme des bête traquées. Je m’appelle Kahina M. et mon histoire est la suivante :

« C’est le jour où j’ai voulu passer mon permis de conduire que je suis tombée dans les filets d’un personnage affable et charmeur, c’était mon moniteur de conduite (Z. S), un séducteur-né, qui doit avoir accroché plusieurs proies à son tableau de chasse. Il a vite fait de me mettre en confiance en me jouant la comédie de l’amoureux transi, ayant eu un coup de foudre en me voyant. Jeune innocente, du haut de mes dix-huit ans, j’ai fait la bêtise de croire à ses boniments. Il m’a fait toutes sortes de promesses et de compliments imaginables. Il m’avait promis qu’il allait voir mes parents pour me demander en mariage, que j’étais la femme de sa vie, qu’il n’imaginait pas pouvoir vivre sans moi, et beaucoup d’autres stupidités du même genre. Etant mon moniteur, il a profité de l’emprise qu’il avait sur moi pour arriver à ses fins.

Calculateur et manipulateur, il ne cherchait, en fin de compte, qu’à assouvir ses bas instincts. Naïve que j’étais, j’ai fini, pour mon malheur, par succomber à ses avances, et ce qui devait arriver arriva ; je me suis retrouvée enceinte de lui avant notre passage à la mairie. Terrorisée et affolée, je l’ai supplié de régulariser notre situation et de respecter ses engagements avant que le scandale n’éclate. Mais lui, lâchement et sans aucun remords, voulait à tout prix nier l’évidence, il trouvait des subterfuges pour fuir ses responsabilités, puisque, dans sa tête, il n’a jamais été question d’union durable ni de mariage.

Laissée seule et abandonnée, j’ai dû fuir de chez moi dès que mon ventre commençait à s’arrondir. J’ai eu peur d’un déchaînement de fureur d’un père autoritaire et intransigeant sur les questions d’honneur. Je passe sur toutes les ignominies et avilissements que j’ai eu à subir pendant cette fugue. Le 21 août 2006, comme orpheline n’ayant personne au monde, j’ai mis au monde un petit garçon, et à partir de cette date, la descente aux enfers a commencé pour moi. Là aussi, je ne vais pas trop m’étaler en racontant toutes les épreuves auxquelles j’ai dû faire face moi et mon petit enfant dans cette jungle qu’est la rue. Sachant que j’ai commis l’irréparable, j’ai accepté les insultes, les commérages, les méchancetés gratuites et toutes sortes d’affronts.
Je suis même prête à la lapidation si tel est le sort que je mérite, mais je me bats et me battrai comme une forcenée pour que mon fils ait le droit de porter le nom de son géniteur.
Je précise qu’il n’est plus question de mariage avec ce monsieur qui semait et sème toujours sa semence au gré des vents. Je voulais juste qu’il ait le courage de reconnaître son fils, c’était tout ce que je demandais. J’avais cru qu’avec les progrès de la science, il est facile de le confondre avec un test ADN , il suffit d’un bout d’ongle, d’un peu de salive, ou même d’un simple cheveu pour prouver qu’il est bel et bien le papa de mon petit. Constatant qu’il voulait toujours nier l’évidence, j’ai entamé une procédure judiciaire auprès du tribunal de Béjaïa, (dossier n° 695065), afin de le contraindre à effectuer un test ADN et prouver qu’il est le père de mon enfant.

Mais il a préféré prendre un avocat et dépenser beaucoup d’argent pour ne pas se soumette à cette irréfutable preuve de paternité. Et à deux reprises, ma demande de ce test m’a été refusée ; son avocat trouve à chaque fois des excuses et des astuces pour lui éviter de faire ce test, de peur qu’il soit indiscutablement confondu. J’ai transmis mon dossier à la Cour suprême d’Alger et j’attends toujours. Les affronts, les brimades et les souffrances qui ont parsemé mon triste parcours ont fini par forger mon caractère de battante.

Je ne lâcherai pas prise avant que mon fils ne porte le nom de son père. Je lance un appel à toutes les femmes qui, comme moi, veulent se battre pour nous réunir à travers une association légale afin de faire valoir notre droit auprès d’une société autiste. »
Pour toute suggestion ou proposition, mon adresse mail est la suivante : kahina-061 chez hotmail.fr
P. S. : En soulevant un débat sur le parcours tragique des mères célibataires, dont j’en suis une, peut-être que notre société acceptera de nous rendre justice et que nos enfants soient reconnus par leurs pères irresponsables.
_M. Kahina

***

Quelques réactions d’internautes :
zizille :
courage
à première vue, je dirais à cette femme de se méfier, car si jamais le père décidait un jour de reprendre son enfant, qu’aurait elle gagné ? mais si toutes les jeunes femmes abusées par ce genre d’individu entamaient ce genre de démarche, les beaux parleurs auraient de quoi se faire du souci .. l’intérêt du test ADN n’est pas de faire donner le nom du géniteur-suborneur à l’enfant,(quelle horreur !) mais de lui faire payer une pension alimentaire et des dommages et intérêts pour avoir menti . et à tous ceux qui condamnent ces mères célibataires, n’oubliez pas que dans l’affaire, il faut être deux .
makhlouf :
Bon courage !
Comme je dis, c’est à l’état de régler ce gros probléme de socièté, il suffirait que dans ce genre de situation d’obliger le test ADN et toute la lumière sera faites avec l’accompagnement des obligations en droit et héritage pour que cela cesse une fois pour toute, je crois que les beaux parleurs vont mesurer leurs obligations avant toutes actes réprehensibles et ils le feront en connaissance de cause, mais dans cette situation, tant que ça ne bougera pas au niveau des lois, les jeunes femmes continueront à subir le même sort. Il faudrait que des millions de femmes s’unissent pour défendre leurs droits et bonne chance dans vos démarches.
hakimus :
l’ ADN peut concerner pas mal d’algériens. si on commancait a éffectuer des test ADN sur les hommes y’aurai des surprises même parmi les fils de "bonne famille " les violeurs de passage les épouses infidèles pas uniquement les mères célibataires. Il faut faire face à l’hypocrisie religieuse et civile.

***

Source : El Watan

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3 Messages

  • bonjour je voudrais signaler que pour le droit a l heritage cet enfant meme reconnu n en benefiera pas car en algerie seuls les enfants issues d un mariage legal sont affiliier a leur peres , tous les autres sont des batards : voila encore une injustice qu il faut combattre car j en suis moi meme victime .mon pere a epouser une francaise et a eu dix enfants tous reconnus .lorqu il est decedee nous avons appris avec stupeur que nous n heritions de rien .tout ces biens allaient a ses freres et soeurs qui ont vite disparu et on me dit que c est une obligation en islam de proteger l orphelin et de ne pas lui voler son bien . FOUTAISE . alors a quand une loi qui reconnait l enfant reconnu par son pere si vous m entendez cher president aider nous car nous sommes nombreux a laisser nos biens a des profiteurs voila mon cri et j espere qu il sera entendu

  • Bonjour, bravo pour cet article, c’est très courageux. Je réalise une étude sur les droits de l’enfant en Algérie, et j’ai une question à vous poser.
    J’ai de la peine à savoir clairement si la fameuse loi sur l’action en paternité par ADN est entrée en vigueur, ou si on en est toujours au stade de projet.
    Merci d’avance pour votre réponse et continuez à lutter !
    Salutations

  • il faut savoir qu’il y a plus 5000 naissance sous X par ans , et il y a de plus en plus de mères
    Célibataires de la on constate qu’il y a une Faille dans notre système qui régisse notre vie sociale.
    Notre loi algerien les nie et leur ôte les droit d’existante, je pense que si on oblige l’homme a
    assume son acte ainsi sa paternité il y pensera mille fois avant d’aborder une femme et de lui promettre quelle que chose qu’il est même pas capable de l’assumé.
    Je voudrais précise aussi que dans la société algérienne c’est mere la, n’ont pas le droit d’ emmener le père de leur enfant devant la justice pour qu’il assume sa part de responsabilité.
    car elle pourra faire appelle a la justice que si il y eu contrat de mariage ou de la fatiha , car meme
    si elle veut faire appéle a l’utilisation du teste ADN elle ne le pourra pas car l’article 40 du code
    de la famille ajouté ressemant en 2005 dit que le teste ADN ne peut être utiliser que dans le cas
    de mariage légale, c’est a dire en applique cet article quant les parent de l’enfant veulent confirmer
    seulement la paternité de l’enfant .
    c’est-à-dire enfant de Zina aura le droit de porter le nom de sa mère mais pas la reconnaissance
    de son père, une fois de plus la femme assumera l’acte de Zina seule . et pourtant :
    1-les lois coranique ou républicaine puni la zina et la punissions s’applique pour les deux partie
    L’homme et la femme car cet enfant il faut être deux pour le concevoir.
    3-la devise de la loi est ce lui qui a plus de droit a plus de responsabilité .dans notre société en
    Constate dans la vie réelle ou par des textes religieux ou législatifs que l’homme a plus de droit
    Exp :( la femme pour ce marié a besoin d’un tuteur, elle ne peut pas prendre de décision concernant
    ses enfant qu’avec l’autorisation paternelle. c t’as dire qu’en la considère comme un mineure qui ne
    peux pas prendre ces décisions seule ……et de la en la pénalisé seule pour un acte dont elle sont enfant sont victime et la le père de l’enfant la loi le protège et ne le responsabilise pas .pour quoi cette injustice ?
    LA DEVISE DE LA LOI PLUS DE DROIT C4EST A DIRE PLUS DE DEVOIR . ALORS LES HOMMES ASSUMEZ VOS ACTE ENVERS LES FEMMES ET VOS VERS VOS ENFANTS .

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