Aliaa Almahdy, nue pour être libre

D’un courage sans limite, Aliaa Almahdy, jeune étudiante égyptienne, pose nue sur son blog intitulé « Confessions calmes ». Pour se révolter contre ce qu’elle appelle une société hypocrite et dominée par la religion et les interdits, son message crée une agitation sans précédent à la veille des élections législatives dominées par les islamistes.

A l’heure où cet article est rédigé, le compteur du blog d’Aliaa Almahdy ne cesse de ciller. Trois millions de visiteu-rs-ses sont allé-e-s voir ce nu récemment devenu célèbre, symbole de liberté pour les uns ou offense suprême pour d’autres.

Dans le court texte posté entre les deux photos, Aliaa, qui se présente comme une étudiante en médias et communication, regrette que les modèles nus aient été interdits à la faculté des beaux-arts, que les livres d’arts soient désormais expurgés de toute nudité, que les statues antiques soient brisées. Elle revendique haut et fort sa « liberté d’expression ».
Elle milite « contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie ».

En plus de poser nue, elle s’affirme athée, ce qui est passible de prison en Egypte.

Le 1er novembre, elle avait déjà créé la sensation en demandant aux hommes de se voiler. Plusieurs hommes, essentiellement occidentaux, avaient posté leur photo, avec un voile, sur sa page personnelle, en signe de solidarité.

Contexte de radicalisation du discours religieux

Le Monde

Aliaa n’est pas une blogueuse politique mais une militante de la liberté personnelle. « J’ai le droit de vivre librement n’importe où », revendique-t-elle. Sa démarche est sans précédent. Elle a suscité une avalanche de reproches mais aussi des commentaires de soutien. La presse égyptienne s’est fait l’écho de cette initiative et des débats mais n’a pas reproduit la photo d’Aliaa Almahdy.

Pour l’instant, la jeune femme ne fait pas l’objet d’une campagne des salafistes, ces fondamentalistes musulmans de plus en plus visibles et influents depuis la révolution de février qui a chassé le président Hosni Moubarak. Dans le contexte actuel de radicalisation du discours religieux, plusieurs blogueurs disent craindre pour la vie d’Aliaa. Se dire athée et montrer son corps revient à briser deux fondamentaux tabous de la société égyptienne.

En revanche, le geste d’Aliaa Almahdy et les encouragements qu’elle a reçus témoignent d’une fragmentation et d’une individualisation croissantes de la société. De plus en plus de jeunes, souvent engagé-e-s dans le mouvement révolutionnaire, revendiquent haut et fort le droit de vivre et penser comme bon leur semble.

Aliaa Almahdy est la petite amie de Karim Amer. Ce dernier, originaire d’Alexandrie, avait été condamné à quatre ans de prison en 2007 pour « insulte à l’islam » : il avait, en fait, reproché à l’Université d’Al-Azhar, vitrine de l’islam officiel égyptien, sa dérive fondamentaliste.

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Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le Blog de Aliaa Almahdy

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Lire également l’article su Nouvel Observateur sur le soutien des femmes israéliennes à la blogueuse

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