Appel à articles : "Être femme en Afrique subsaharienne : la fin des “cadets sociaux” ?"

Un appel à articles sur le thème "Être femme en Afrique subsaharienne : la fin des “cadets sociaux”, sous la direction de Muriel Gomez-Perez et Marie Brossier (Université Laval), à paraître dans la revue Recherches Féministes.
Les propositions (300 mots maximum) sont à envoyer avant le 10 septembre 2014.

Dans le contexte d’une approche de relations de pouvoirs construits, plusieurs écrits ont désigné les « cadets sociaux » comme l’ensemble des catégories sociales dominées, principalement les jeunes et les femmes, par opposition à leurs « aînés sociaux » dont l’autorité repose tant sur l’âge, la position dans la lignée que sur leur possession de ressources symboliques et matérielles.

Ces rapports de subordination sociale organisés sur des rapports de séniorité ont permis la reproduction du système politique hérité de la colonisation (Bayart, 1989) tout en maintenant les « cadets » dans une position de marginalisation, ce qui limite leur mobilité sociale et l’accès aux positions de pouvoir.

Pourtant, à la faveur de nouvelles dynamiques sociales devant les plans d’ajustement structurel et le retrait de l’État dans les secteurs clés de l’économie, d’une part, les divers processus d’urbanisation et le rôle influent des médias, d’autre part, et, enfin, devant les transformations des rapports d’autorité dans les familles, les rapports de domination ont évolué et les critères de hiérarchisation sociale ont changé (Brossier 2004).

Les femmes ont été amenées à assumer de nouveaux rôles depuis les années 80 (Coquery-Vidrovitch 2013) et surtout après l’adoption de la Déclaration et programme d’action de Beijing en septembre 1995, à la suite de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Elles ont, de ce fait, montré leur capacité redistributive et créative.

Malgré les structures patriarcales de domination, voire parfois le renforcement des inégalités hommes-femmes, certaines femmes vont jusqu’à parvenir à négocier, dans la sphère privée comme dans la sphère publique, une nouvelle place sans nécessairement bouleverser totalement les logiques d’organisation socioculturelle. Certaines, de la jeune génération comme de l’ancienne, sont devenues chefs de famille, chefs d’entreprise, leaders d’opinion en raison de leur militantisme actif, leaders politiques ou figures religieuses charismatiques.

Le numéro de la revue Recherches féministes qui sera consacré à ce thème invite à porter un regard croisé au carrefour de plusieurs disciplines de sciences humaines et sociales afin de rendre compte d’histoires particulières de femmes, individuelles ou collectives ou encore de voies différenciées d’affirmation féminine pour mieux comprendre les profonds changements qui ont eu cours en Afrique au sud du Sahara depuis les 30 dernières années. Dans cette perspective, trois axes de réflexion sont proposés.

Premier axe : Rapports intergénérationnels : négociation ou confrontation ?
La littérature invite, ces dernières années, à mettre en valeur les relations entre générations en vue d’analyser les continuités et les discontinuités dans les dynamiques relationnelles entre les générations, les relations conflictuels avec le passé qui modèlent le présent et les reconfigurations identitaires entre les générations à travers des contextes politiques, sociaux et familiaux diversifiés (Gomez-Perez et LeBlanc 2012 ; Reynolds Whyte et alii 2008). Dans cette avenue, le premier axe invite dès lors à réfléchir à l’échelle micro en analysant les relations entre femmes dans l’espace des femmes, par exemple en milieu urbain ou rural, dans les activités associatives de quartier, dans les tontines, dans les groupes d’intérêts économiques ou à l’occasion de célébrations familiales. Il s’agira tout d’abord d’appréhender la manière dont les femmes négocient leurs responsabilités et contournent certaines normes sociales ayant trait à la procréation, aux relations sexuelles ou matrimoniales ; puis de voir la façon dont ces représentations et ces pratiques font l’objet d’une transmission et définissent les relations entre mères et filles. Enfin, l’enjeu de leur réception par ces dernières constituera une piste à explorer.
Le regard porté sur la prescription des rôles féminins dans des sociétés aux prises avec des changements socioéconomiques très profonds permettra de mieux appréhender les logiques d’autorité entre différentes générations féminines. Celles-ci sont modelées par des processus d’agentivité (Plancke 2012 ; Moghadam et Senftova 2005) et d’autonomisation (empowerment) (Calvès 2009 ; Chant 2007 ; Kabeer 2005) mais aussi des pratiques comme la débrouillardise et les stratégies de survie dans des situations de forte insécurité socioéconomique, voire de violence extrême.

Deuxième axe : Itinéraires de militantisme et mobilités sociales
Le deuxième axe interrogera les trajectoires de militantisme des femmes dans les différents secteurs de la société, notamment associatifs, religieux et politiques. Il s’agira, d’une part, de voir en quoi les femmes s’engagent dans des formes de mobilisations collectives et d’examiner, les savoirs et les savoirs-faire qu’elles y acquièrent ; d’autre part, de souligner les processus d’individuation et d’individualisation (Marie 1997 et 2007) à l’œuvre. De plus, la formation de véritables « figures de la réussite » (Banégas et Warnier 2001) féminines permettra de voir dans quelle mesure cette mobilisation constitue un vecteur de mobilité sociale donnant aux femmes l’occasion de convertir les ressources acquises dans le champ militant pour se positionner dans d’autres espaces sociaux. Cet axe mettra également en lumière les formes de mobilisations collectives et citoyennes sur des faits de société (luttes contre la réforme du Code de la famille, contre la polygamie, contre le mariage précoce, contre les mutilations et les violences sexuelles, contre la vie chère, pour la parité, pour l’égalité des sexes, pour le planning familial, etc.), et ce, afin d’interroger la constitution d’un espace de la « cause des femmes » (Bereni 2007). Cela mènera à une réflexion sur l’identification de ces mobilisations par les militantes à la cause féministe et les débats qui portent sur leur ancrage national et africain et s’articulent à des processus de transnationalisation dans le contexte des mobilisations altermondialistes (Sow, 2009 ; Imam, Mama et Sow, 2004).

Troisième axe : Reconfigurations de l’intime et du public
Le troisième axe s’intéresse aux effets de la remise en question des rapports intergénérationnels et de mobilités sociales engagées par les pratiques militantes dans le rapport aux hommes. Les reconfigurations des structures de domination patriarcale permettent de mettre en lumière les reconfigurations des espaces de l’intime et du public. Il s’agira de révéler les négociations des rôles prescrits aux femmes au sein de la famille (nucléaire et élargie) par rapport aux figures conventionnelles de l’autorité (maris, pères, grands-pères, oncles notamment). Il s’agit ici de questionner les reconfigurations des rapports entre autorité et légitimité qui en résultent, notamment autour des modalités mises en œuvre par les femmes pour acquérir des formes de légitimité sociale à la fois au sein de l’espace familial mais également en dehors de ce dernier, comme dans des espaces rituels de pratique de la foi, dans un espace de la société civile ou de production culturelle ou encore dans un espace politique. On s’interrogera enfin sur les reconfigurations des rapports entre femmes et hommes dans les espaces publics et politiques, afin d’appréhender les carrières choisies par des femmes (militantes, leaders d’opinion, leaders politiques, chefs d’entreprise, cadres de la fonction publique, élues) et leur impact sur leurs trajectoires biographiques.

Les propositions (300 mots maximum) accompagnées d’une notice biographique (50 mots, précisant le statut et l’affiliation), sont à envoyer conjointement aux directrices du dossier avant le 10 septembre 2014.

Muriel Gomez-Perez, Département des sciences historiques, Université Laval, muriel.gomez-perez chez hst.ulaval.ca

Marie Brossier, Département de sciences politiques, Université Laval, marie.brossier chez pol.ulaval.ca

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