Arabie Saoudite : "Derrière le niqab"

"L’Arabie Saoudite, pays incompris entre tous, n’est souvent perçu que par clichés interposés, surtout s’agissant des femmes !" Dans l’un de ses articles, la journaliste Maha Akeel tente de renverser certains points de vue et perceptions occidentales erronées en s’appuyant sur le quotidien des femmes saoudiennes et sur leur combat pour l’égalité des sexes, qui pour l’instant est toujours passé inaperçu à travers les médias.

"Djedda (Arabie Saoudite) – L’Arabie Saoudite, pays incompris entre tous, n’est souvent perçu que par clichés interposés, surtout s’agissant des femmes !

En un sens, certaines représentations négatives des Saoudiennes sont peut-être justifiées. C’est vrai, nous sommes le seul pays qui ne permet pas aux femmes de conduire, même si le gouvernement a déclaré à maintes reprises qu’il ne s’opposerait pas à délivrer un permis de conduire à une femme. Les Saoudiennes sont aussi privées de nombreux autres droits pourtant accordés aux femmes en islam. Dans le système saoudien, ce sont des tuteurs mâles qui contrôlent pour les femmes toutes décisions en matière d’éducation, d’emploi, de voyage, de mariage, de divorce, de garde des enfants, de rapports avec la justice et de santé – en somme dans tous les aspects de leur existence. C’est un système qui relègue la moitié de sa population dans l’impuissance et la dépendance.

Malgré tout, certaines perceptions occidentales de la Saoudienne doivent être décortiquées objectivement.

Lorsque les journalistes occidentaux se rendent en Arabie Saoudite, ils rencontrent des femmes de la bourgeoisie, instruites, professionnellement actives, épanouies, reconnues dans leur communauté. Ils leur posent toutes sortes de questions et reçoivent des réponses franches et transparentes. Mais, trop souvent, ces journalistes ne se renseignent que sur les banalités habituelles – hijab, niqab, ségrégation hommes/femmes dans la plupart des lieux publics et privés, sans parler de l’interdiction de conduire une voiture.

La ségrégation gêne les femmes dans leurs activités quotidiennes et leur carrière. Mais elle provient plutôt d’attitudes coutumières et traditionnelles, ainsi que de certaines interprétations autres que religieuses qui ont cours dans notre pays. L’observation de ces coutumes n’est donc ni stricte, ni généralisée

Le hijab et niqab relèvent d’un problème social et religieux qui n’est pas propre à l’Arabie Saoudite. En islam, les femmes doivent s’habiller pudiquement, et chaque société musulmane a sa propre idée de ce que cela veut dire. A fortiori, comme l’Arabie Saoudite est le berceau de l’islam et des villes saintes que sont La Mecque et de Médine, ses habitants ont naturellement tendance à se présenter pudiquement vêtus en public.

Mais cet aspect de la vie des Saoudiennes est souvent mal compris. Une de mes amies haut placée dans l’administration m’a raconté, furieuse, comment, après s’être entretenue pendant deux heures avec un journaliste sur les progrès réalisés par les Saoudiennes, leurs réussites, les obstacles, les défis, celui-ci a consacré l’essentiel de son papier au fait qu’elle s’était couvert les cheveux pour la photo.

Lorsque la photo d’une Saoudienne est publiée dans les médias occidentaux, c’est généralement avec le niqab noir, alors que de nombreuses femmes ne couvrent ni leur visage ni leurs cheveux et se laissent photographier sans voiler leur visage. En voulant insister sur une certaine image de la Saoudienne, les journalistes occidentaux ne s’attirent que la méfiance et le discrédit.

Une autre amie disait à un journaliste européen, ce qui compte, c’est ce que j’ai dans ma tête, pas sur la tête.

Les Saoudiennes qui choisissent le hijab ou le niqab sont souvent des femmes qui travaillent, qui sont cultivées, intelligentes, et épanouies. Le foulard et le voile sur le visage ne nous empêchent pas d’atteindre nos buts et nos objectifs.

Ce n’est pas à l’aune de ce que je me mets ou ne me mets pas sur les cheveux qu’on doit me juger. Cela ne permet pas de me qualifier de traditionaliste ou de progressiste. Cela ne permet pas de dire si je suis opprimée ou libérée, car de nombreux facteurs interviennent dans ma décision de porter le hijab ou le niqab.

Bien sûr, le droit de conduire une voiture est le symbole du manque de liberté des Saoudiennes. Mais, s’il faut parler de nos droits, il y a beaucoup plus grave. Tant que nous ne serons pas reconnues comme des adultes indépendantes, à égalité, dans la société, avec les hommes, nous continuerons à être marginalisées et discriminées de multiples façons.

Malgré les images perpétuées par la presse occidentale, nous avons fait un chemin considérable. En dépit de tous les obstacles, nos avancées sont bien réelles. Nous sommes à la tête d’entreprises multimilliardaires, nous sommes des scientifiques renommées, présidentes d’universités, PDG de banques, sous-secrétaires d’Etat, et directrice du Fonds des Nations Unies pour la population.

La presse occidentale ne doit pas réduire nos problèmes à notre habillement ou à notre possibilité de conduire une voiture. Nous gagnons du terrain, chaque jour. Comme pour toutes les femmes de la planète, la conquête de notre indépendance est un combat permanent. Un combat qui mérite d’être reconnu dans les médias et ailleurs."

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Maha Akeel, journaliste saoudienne.

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Source : Service de presse Common Ground

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