Arabie saoudite : le combat contre les mariages précoces

Alors que le Comité des droits de l’Homme de Riyad a fait part de son mécontentement face à la profusion des mariages des jeunes filles mineures, qualifiant ce phénomène "d’atteinte aux droits de l’enfant", le mufti d’Arabie saoudite, Abdelaziz Al-Sheïkh, vient de lancer une nouvelle fatwa, autorisant le mariage des jeunes filles âgées de dix ans (révolus). La bataille entre libéraux et radicaux fait rage autour de la question des mariages précoces.

Le mufti d’Arabie saoudite, Abdelaziz Al-Sheïkh, vient de lancer une nouvelle fatwa, autorisant le mariage des jeunes filles âgées de dix ans (révolus). Al-Sheïkh ne se tient pas à émettre son décret religieux, mais dénonce aussi ceux qui luttent contre le mariage des mineures, considéré comme un mariage forcé.

En effet, après l’ouléma marocain qui estimait que certaines jeunes filles de neuf ans sont meilleures au lit que des femmes de vingt ans, "l’étatisation de la pédophilie" touche désormais l’Arabie saoudite. Le mufti du royaume tente en effet de bloquer les tentatives des libéraux, soutenus par le Roi à travers sa propre fille, de réglementer l’état civil et d’interdire les mariages des mineures.

Lors d’une conférence tenue lundi soir à l’université islamique de l’imam Mohammed Ben Saoud, Abdelaziz Al-Sheïkh a dénoncé "la campagne menée contre le mariage des filles mineures. Certains disent qu’il ne faut pas marier les filles avant d’atteindre 15 ans. Ils se trompent lourdement. Les filles peuvent être mariées à l’âge de 10 ou 12 ans. Ceux qui le refusent portent atteinte aux filles et les oppriment".

Cette campagne du mufti intervient alors que le Comité des droits de l’homme (étatique) a fait part de son mécontentement face à la profusion des mariages des jeunes filles mineures, qualifiant ce phénomène "d’atteinte aux droits de l’enfant". Le Comité affirme travailler en étroite collaboration avec les autorités pour lutter contre ce phénomène. Le Comité s’appuie sur la Convention internationale de protection des enfants, signée par l’Arabie en 1996, et sur la convention des droits de la Femme, entérinée par Riyad en 2000, pour obtenir des réformes fondamentales interdisant ces mariages forcés qui "portent atteinte à la fois aux enfants et aux futures mères mineures". Le Comité met en garde contre les effets néfaste de la maternité des jeunes filles, dangereuse pour leur santé...

La polémique entre les libéraux et les radicaux a récemment pris une tournure judiciaire, après qu’une activiste saoudienne des droits de l’homme se soit plainte, auprès des ministres de la Santé et de la Justice, contre le mariage de ses deux filles âgées de 13 et 14 ans, demandant l’annulation de ces mariages voulus par le père. La justice, souvent aux mains des islamistes, encourage les mariages arrangés, à l’exemple du tribunal de Unayzah (ou Onaïza, dans le Najd, un fief des Wahhabites) qui vient de rejeter une demande de suspension d’un mariage forcé d’une jeune fille, promise par son père à un cinquantenaire. Le juge a décidé de "trancher à la majorité de la fille". Ce qui signifie que la jeune fille, mariée de force, pourra se rétracter à sa majorité.

14 janvier 2009

Par Randa Al Fayçal

Traduction et synthèse de Randa Al Fayçal
source : Women under muslim law

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