Au Maroc, les défenseurs de l’avortement ne jettent pas l’ancre

L’image vaut bien quelques youyous. Jeudi, à quelques mètres d’un port bouclé par les voitures de police et les bateaux de la gendarmerie - donc, en théorie, inaccessible -, un petit voilier de plaisance donne quelques coups de cornemuse et hisse sa voile aux couleurs de l’association Women on Waves, une organisation néerlandaise qui défend la légalisation de l’avortement.

Au Maroc, où interrompre une grossesse est passible de prison, sauf quand la vie de la mère est en danger, et où la venue du bateau pro- avait été interdite, l’image a de quoi faire sourire. Mais c’est un joli coup médiatique et une première en pays musulman.
Seule une dizaine de militants, et le double de journalistes, surtout étrangers, étaient présents pour assister à l’arrivée de ce pavillon féministe. « C’est normal quand on défend un acte tabou dans un pays conservateur », se défend Ibtissam Lachgar, coorganisatrice de l’événement avec l’association marocaine Mali (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles). Pour la jeune Marocaine, « il fallait une opération choc pour ouvrir le débat, quitte à être avant-gardiste ». A une centaine de mètres, 150 Marocains conservateurs sont venus scander leur haine, à coups de slogans religieux et de photos de fœtus démembrés. Ils crient au complot étranger et dénoncent ce qui, pour eux, équivaut à un assassinat. « Avorter n’est pas la solution, même en cas de viol ! La vie appartient à Allah, ce n’est pas à l’être humain d’y toucher », martèle Hanan Idrissi, un médecin. Mariama se dit choquée par ce bateau venu d’un autre pays. « Nous avons un débat ici sur l’avortement, nous avons des lois, une Constitution, nous n’avons besoin de personne pour nous dicter ce qu’il faut faire. » Une femme tient une pancarte « Non à une violation de la souveraineté nationale ». A l’abri d’une marina où elle s’est réfugiée après avoir été houspillée, Rebecca Gompertz, présidente de l’association Women on Waves, rappelle qu’elle a été invitée par une association marocaine. « Au Maroc, 78 femmes meurent chaque année des suites d’un avortement clandestin »,souligne-t-elle. En cause, les articles 449 à 458 du code pénal, qui condamnent jusqu’à vingt ans de prison toute personne aidant à pratiquer une IVG.
Au moins 600 femmes avortent clandestinement tous les jours. « Une véritable tragédie, s’indigne Ibtissam Lachgar. Et le gouvernement n’en est pas conscient. D’où l’idée de proposer aux femmes qui le désirent un avortement médicamenteux sécurisé sur le bateau. » Personne ne montera à bord du navire, immédiatement saisi par la police. Après de longues négociations, il sera expulsé. Reste une hotline que les Marocaines peuvent utiliser pour savoir comment avorter avec un médicament disponible en pharmacie, l’Artotec. Vendredi, à la mi-journée, une cinquantaine de femmes avaient appelé.

Sources : Libération, par Léa-Lisa Westerhoff

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