Brésil : la résistance des femmes indigènes face à la déforestation

Dans l’ouvrage « Women and Eucalyptus : Stories of Life and Resistance. Impacts of Monocultures on Indigenous and Quilombola Women in the State of Espirito Santo », publié en janvier 2008, Gilsa Helena Barcellos et Simone Batista Ferreira développent une étude contenant de nombreux témoignages sur les effets négatifs des plantations d’eucalyptus d’Aracruz Celulose sur les communautés locales en général et sur les femmes en particulier.

Gilsa Helena Barcellos et Simone Batista Ferreira rappellent que « Le 8 mars 2006, Journée internationale de la Femme, avant l’aube, 2 000 femmes de Vía Campesina occupèrent la pépinière d’arbres d’Aracruz Celulose, située dans l’État de Rio Grande do Sul, au Brésil. Leurs visages cachés derrière des foulards pourpres, elles firent une descente éclair pour détruire des milliers de plants d’eucalyptus. Leur objectif était d’attirer l’attention du public brésilien sur les conséquences de la monoculture d’eucalyptus et de pins pour la population et les écosystèmes de la région. [...] Dans leurs déclarations, elles assimilèrent les déserts vers des plantations d’eucalyptus à l’aridité et à la mort, et soulignèrent les rapports de la diversité et la fertilité, qui rendent la vie possible, et ceux de la monoculture et la désertification, qui représentent la mort ».

En se fondant sur les témoignages de ces femmes, elles expliquent que : « Dans ce nouveau contexte, certains problèmes sont les mêmes pour les hommes et les femmes, mais d’autres sont spécifiques à chaque sexe. En perdant leur territoire, les femmes ont perdu leurs fermes, les endroits où faire un jardin, élever du petit bétail et planter des herbes médicinales.Le remplacement des forêts par des plantations d’eucalyptus a provoqué la disparition des aliments qu’on obtenait auparavant par la cueillette, la chasse et la pêche. La destruction de la forêt tropicale a fait disparaître aussi les fleuves et les ruisseaux, autrefois des lieux de réunion pour les femmes et un espace privilégié pour échanger leurs savoirs. Les femmes indigènes et quilombola ont été obligées de vivre dans un environnement pollué par les produits chimiques utilisés dans la monoculture industrielle. La disparition des forêts a entraîné aussi la perte des matières premières employées pour la production d’ustensiles et d’objets artisanaux, une activité qui était surtout du domaine des femmes dans les communautés indigènes. »

Conséquences néfastes sur la santé et le travail

Elles poursuivent en précisant que la diminution de la diversité biologique a impliqué la disparition d’un grand nombre de médicaments naturels tirés des plantes, des racines et des animaux de la forêt. Les femmes guarani, qui avaient recours aux plantes pour stimuler ou réduire la fertilité, ont été privées du droit de planifier leur famille et ont dû recourir aux pilules contraceptives et à la ligature des trompes. En outre, les femmes indigènes et quilombola ne trouvent plus les plantes grimpantes, les arbres et les graisses animales dont elles se servaient autrefois à des fins médicinales.
Certaines femmes indigènes, dépositaires d’un vaste savoir sur la flore et la faune indigènes, sont aujourd’hui domestiques, journalières, baby-sitters ou cuisinières chez les fonctionnaires d’Aracruz Celulose. L’obligation d’entreprendre ces nouvelles tâches a porté atteinte à leur rôle de mères, les forçant à sevrer leurs enfants en bas âge ou à les laisser chez d’autres pour aller s’occuper des enfants des femmes des villes.

Renforcer leur capacité de résistance

Gilsa Helena Barcellos et Simone Batista Ferreira concluent que« Face à des transformations aussi radicales, ces populations ont formé des alliances avec des mouvements sociaux et des ONG qui appuient leur lutte. Elles appartiennent aujourd’hui à un réseau pour renforcer encore leur capacité de résistance. Les femmes, qui jouent un rôle capital dans ces combats, ont elles aussi entrepris de s’organiser dans des domaines spécifiques pour discuter des répercussions de la monoculture d’eucalyptus sur leur vie et des moyens de contribuer à ressusciter le style de vie de leurs peuples. »

L’ouvrage est disponible en portugais, en espagnol et en anglais sur le site http://www.wrm.org.uy/countries/Brazil/Book_Women.html

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