Bulletin Juin 2011

Trois lettres. Une affaire. Un tsunami médiatique. Depuis le 14 mai dernier, « l’affaire DSK », puisque c’est ainsi qu’elle est nommée, inonde les médias français et étrangers, mais aussi les blogs (féministes ou non), les conversations et débats publics et privés.

Puisque vous avez déjà certainement lu, vu, entendu une quantité titanesque d’informations et de désinformations à ce sujet, je ne m’aventurerai pas, ici, à revenir sur le procès, les 7 chefs d’accusation qui pèsent sur Dominique Strauss-Kahn, le traitement médiatique qui agrippe l’affaire, ni même les propos choquants et révoltants d’un grand nombre de personnalités politiques françaises. « Choqué-e-s » et « révolté-e-s », elles et ils le sont aussi, celles et ceux d’Osez le féminisme, La Barbe et Paroles de Femmes, qui ont lancé l’appel « Sexisme, ils se lâchent, les femmes trinquent ». Un appel, qui a rassemblé à ce jour plus de 30 000 signatures et qui évoque la colère, la révolte et l’indignation suscités suite à « l’expression publique d’un sexisme décomplexé ». Un sexisme aussi décomplexé qu’ordinaire, empli de propos misogynes banalisés, qui ne cesse de renvoyer les femmes à leur sexe et au rôle social qui leur a été assigné, et non à leurs réalisations, rêves, espoirs, accomplissements et réussites.

Lutte des classes, des sexes, des races. Les symboles sont forts, entre un homme blanc, riche, du Nord, puissant parmi les plus puissants, dans la force de l’âge, et une femme noire, modeste, immigrante, mère célibataire, femme de ménage. Avec cette affaire, les amalgames entre libération sexuelle, séduction et violences ne cessent de voir le jour. Le pouvoir et la sexualité. Les violences sexuelles et les relations de pouvoir. Dans leur article publié le 18 mai dernier dans le quotidien français Libération, Stéphanie Hennette-Vauchez, professeure de droit à l’Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense, et Ruth Rubio Marin, professeure de droit à l’Institut universitaire européen à Florence, posent de réelles questions à ce sujet en demandant s’il est « normal que nombre de dirigeants importants soient aujourd’hui suspectés d’abus de position et/ou de violences sexuelles graves et illégales sans que, finalement, le monde s’arrête ? Qu’est-ce que cela dit de la nature de nos régimes démocratiques ? » Qu’est-ce que cela nous apprend également sur nos sociétés ? Nos valeurs ? Nos codes ? Cela renvoie également à notre vision et notre réflexion face au sort légal et pénal réservé aux hommes de pouvoir, aux hommes puissants, et plus largement, à tous les hommes, qui ont fait, font ou feraient ce dont DSK est aujourd’hui accusé.

Finalement, cette affaire n’aura pas constitué qu’un tsunami médiatique. Entre autres, parce qu’elle met face à face « deux grands symboles des inégalités extrêmes de notre temps », comme l’a écrit Irène Théry, dans un article publié dans Le Monde, le 28 mai dernier. Les vagues de protestation et de mobilisation déferlent ici et là et interpellent la société autour des rapports sociaux de sexe, de pouvoir, de domination. Les vagues déferlent donc, cognent et éveillent les consciences, trop souvent endormies.

Et pendant ce temps-là, je suis sûre que vous continuez d’avancer, de vous battre, de lutter pour l’égalité entre les sexes, l’égalité des droits, des chances, ressources et opportunités. Mais on ne vous voit pas dans les journaux, à la télévision ou sur les ondes… Mais qu’importe ! Vous êtes ce vent qui souffle sur les vagues.

Bonne lecture des nouveautés de notre site et bon mois de juin à vous.
Marie Devers, coordinatrice de Genre en Action

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter