Bulletin Mars-Avril 2011 - Une bataille à mener ensemble

Assise derrière mon volant, je trompe le temps et l’embouteillage monstre qui m’empêche d’atteindre normalement le bureau de Genre en Action en écoutant France Inter. 8h30 : l’heure est à la revue de presse. Mon oreille est attentive mais mes sens sont en alerte ! Les fous du volant sont nombreux et j’ai bien l’intention d’arriver saine et sauve au travail ce matin !

Dès la première phrase du chroniqueur Bruno Duvic, j’augmente cependant le volume : « L’égalité entre les sexes au travail : si une femme seule mène la bataille, elle ne s’en sortira pas. Si elles sont plus d’un million, ça change la donne ». Le chroniqueur enchaîne et m’a déjà happé à sa chronique sur ce que le journal Les Echos qualifie de « Procès du siècle ».

J’apprends alors qu’aujourd’hui, mardi 29 mars 2011, à la cour suprême des Etats-Unis s’ouvre une audience sans précédent, historique, inédite ! Et les superlatifs ne manquent pas pour qualifier ce procès qui met à l’honneur les actions juridiques collectives (« class action ») : la cour suprême des Etats-Unis doit dire si oui ou non, le combat de plus d’un million de femmes salariées de Wal-Mart aux Etats Unis est légitime. Leur combat ? Poursuivre pour discrimination sexuelle le N°1 mondial de la grande distribution. Un combat qui dure depuis 10 ans et qui oppose ces centaines de milliers de femmes à Wal-Mart. Le géant de la distribution, premier employeur privé aux Etats-Unis, est accusé par ses employées et ex-salariées de discrimination sexuelle : les femmes seraient systématiquement sous-payées et sous-représentées aux postes à responsabilité. Pour l’instant, la cour suprême américaine doit décider si oui ou non un procès peut se tenir sous la forme d’une action collective qui réunirait jusqu’à 1,5 millions de femmes. A la clef ? Le possible versement de dizaines de milliards de dollars de dommages et intérêts ! La pire menace judiciaire de l’histoire de Wal-Mart et peut-être le premier épisode de nombreuses autres batailles collectives de femmes, qui pourraient faire trembler d’autres grandes et moins grandes entreprises dans le monde.

De l’autre côté de l’Atlantique, j’écoute donc la revue de presse de France Inter avec une attention accrue avant que le chroniqueur n’enchaîne : « En France aussi, il y a du travail, même dans l’éducation nationale. Libération publie ce matin l’extrait d’une lettre. C’est une femme qui l’a écrite. Elle est inspectrice pédagogique régionale. Elle s’adresse à une autre femme, enseignante à Limoges, et qui s’étonnait de ne pas avoir été informée qu’un poste de prof d’histoire en khâgne était à pourvoir. »

« Chère collègue,
ce n’est pas un oubli de ma part, ce poste demande une énorme charge de travail très peu compatible avec le métier de mère de famille (même si les choses évoluent, c’est très lent), je ne l’ai donc signalé qu’à des collègues hommes ou des collègues « femmes » sans enfant, c’est sûrement une vision très passéiste mais très réaliste. La question tournante en khâgne (classe préparatoire littéraire française) est très (trop) éprouvante pour soi et pour son entourage.
Bonne journée. »

QUOI ???!!! Je ne peux m’empêcher de pousser un cri dans ma voiture. Derrière mon volant, à quelques mètres du bureau de Genre en Action, je suis consternée. Etre mère de famille est donc un métier ? Et être « femme » sans enfant, ce n’est qu’être une femme entre guillemets, avec ce message à lire entre les guillemets qu’une femme qui n’est pas mère n’est pas vraiment une femme ?! C’est en colère que je sors de ma voiture.

La colère, c’est un sentiment qu’une participante du FSM (Forum Social Mondial) m’a confié ressentir début février à Dakar, en quittant un atelier organisé par ONU Femmes, autour de la projection d’un documentaire sur les violences faites aux femmes et aux jeunes filles. A l’issue de l’atelier, alors que le public se disperse, je vois cette jeune femme s’approcher de moi. Emue et bouleversée, elle vient me remercier d’avoir pris la parole suite à l’intervention d’une responsable d’organisation qui, lors du débat qui suivait la projection du documentaire, a accusé les jeunes filles de provoquer les hommes par leur tenue vestimentaire. Les mettant ainsi sur le banc des accusées. Quand j’ai demandé à prendre la parole à ONU Femmes pour dénoncer ce préjugé infondé, j’ai croisé le regard de cette jeune femme. Un regard fort, puissant et droit. Dans lequel j’ai lu qu’elle ne voulait plus entendre, lire ou ressentir que les femmes et filles violées l’ont bien cherché.

Chercher... C’est ce que notre équipe d’observation du genre présente à Dakar pour couvrir le Forum Social Mondial a fait pendant toute la tenue de l’événement ! Chercher où le genre se cachait et où il était représenté ! Conclusion : les associations féministes étaient bien présentes en grand nombre, dynamiques, originaires de plus de 100 pays mais... Mais les femmes ont été peu impliquées dans les processus décisionnels du FSM, elles ont dû se battre pour avoir une place lors du Forum (cf le « village des femmes » sous une tente au bout d’une des allées). Mais les ateliers qui traitaient du genre et de l’égalité hommes-femmes étaient composés à 90% de femmes. Les 10% restant laissaient la place aux rares hommes intéressés, mobilisés et engagés pour une réelle égalité entre femmes et hommes.

Alors, oui, « un autre monde est possible », mais il faut nous battre pour... Il y a quelques années, quand je travaillais au Burkina Faso pour Oxfam-Québec, Monique Ilboudo, alors Ministre de la Promotion des Droits Humains, me confiait lors d’une interview, que, « les hommes ne nous donneront pas le pouvoir, il va falloir l’arracher ! ». C’est ce que font un grand nombre de femmes chaque jour, partout dans le monde, aidées parfois d’hommes impliqués auprès d’elles et c’est grâce à leur engagement, leur action, leur implication que le monde évoluera vers un monde plus juste, plus solidaire et où hommes et femmes auront leur place, en toute égalité !

Avant de vous laisser découvrir les dernières nouveautés sur le site, qui sont aussi nombreuses que passionnantes, je souhaitais vous confier mon bonheur et mon enthousiasme d’avoir rejoint Genre en Action il y a quelques mois. Reprendre la coordination après l’immense travail relevé par Elisabeth Hofmann est un merveilleux défi. Travailler avec elle et l’équipe de Genre en Action est un plaisir quotidien.

Bonne lecture et bonne découverte des nouveautés sur le site !

Marie Devers, coordinatrice de Genre en Action

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1 Message

  • Bulletin Mars-Avril 2011 Le 03/05/11 à 10:50 , par Jean-Paul

    J’ai suivi bons nombres d’ateliers au FSM de Dakar dont plusieurs avec comme thème la lutte des femmes pour la parité particulièrement en Afrique ou il y a beaucoup à faire (hélas) j’ai pu admirer la force et le courage de ces femmes africaines jeunes et plus âgées, je crois que c’est ce qui m’a le plus marqué (et le plus ému). Au CADTM (comité contre la dette) de Grenoble nous avions eu déjà ce thème comme sujet d’étude (il y a une large majorité féminine au seing de l’assos) et nous avons fait plusieurs ateliers à Kaolack (Sénégal) en préliminaire au FSM (et avant aussi).

    C’est d’ailleurs à cette occasion que je t’ai rencontré Marie, tes photos sont excellentes (elles rendent bien l’ambiance incroyable de la marche dans Dakar), ton papier est aussi très bien, je te reconnais bien là, je suis enchanté de te voir en bonne forme, je t’envoie mon amitié et j’espère avoir de tes nouvelles bientôt.

    Jean-Paul

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