Bulletin Octobre 2011 - Les fonds et la forme

Il y a quelques jours, lors d’une rencontre à laquelle je participais, un échange a eu lieu sur la nécessité de sauver la bio-diversité du mouvement social, et notamment des associations de droits des femmes. Comme un écho, quelques jours plus tard, Claudine Drion du Monde selon les femmes (Belgique) s’inquiétait, sur un réseau social, de la perte de la bio-diversité parmi les ONG de développement, suite à la disparition d’une organisation « mythique » dans son pays : « ATOL disparait du paysage (...). Elle remplissait des fonctions dont je ne vois pas très bien comment elles seraient reprises par d’autres acteurs. Les ONG forment un monde basé sur les principes de la biodiversité : des différences naissent la complexité et la résilience du secteur. Oserais-je poser la question : qui sont les prochaines à disparaître ? ». Sur son site, ATOL (http://www.atol.be/fr) explique clairement le rôle des bailleurs de fonds dans sa disparition.

Le tout résonne sombrement avec ce que vit actuellement WIDE, le réseau Européen basé en Belgique qui œuvre depuis 22 ans pour les droits des femmes dans le monde. WIDE, menacé aussi de disparition, a lancé un récent appel à la solidarité en ces termes : « dans le contexte de la crise financière globale, WIDE – comme beaucoup d’autres associations de femmes et ONG – fait face à une vulnérabilité financière élevée. Avec la montée des gouvernements de droite en Europe, et les programmes d’austérité radicaux des différents gouvernements européens, la plupart des sources de financement dont WIDE pouvait disposer se tarissent. En conséquence, comme c’est également le cas pour beaucoup d’autres ONG, WIDE s’est vu contrainte de trouver des financements sur base de projets, pour la plupart soumis à la Commission européenne, au lieu d’appuis à son programme stratégique (…) » (Vous pouvez lire l’appel dans son intégralité sur le site de Genre en Action).

Ne nous méprenons pas. Les difficultés communes à ces organisations n’ont rien à voir avec le fait qu’elles sont basées en Belgique ! Les mêmes constats arrivent de Grande-Bretagne, des pays Nordiques, et bien sûr des pays du Sud. Que dire de la France, où les organisations des droits des femmes se battent pour préserver l’infinitésimale proportion d’argent public qui leur est destinée ? La pensée régressive des gouvernements fusionne avec la pensée économique unique : les banques sont renflouées, les associations de droits mises au pilori. Vous avez dit « justice sociale » ?

Problème de fonds donc, mais aussi de forme.

Oui, nous nous réjouissons de la création de ONU femmes et de l’accroissement de son budget, oui, nous voulons que la Commission Européenne financent des projets « genre », oui, nous appelons de nos vœux les fonds des bailleurs bi-latéraux … mais NON, nous ne nous voulons pas que la main qui nous « nourrit » nous étrangle en même temps avec ses conditions administratives sans fins, ses obligations de co-financement aux 25 000 critères, ses demandes organisationnelles inadaptées qui forcent le fond à s’incliner face à la forme et qui placent la créativité loin derrière les figures imposées. Les associations, comme les réseaux, ne sont pas des entreprises ! La plupart des associations n’ont pas de liquidités pour faire des avances sur fonds qui tardent à venir, ne peuvent pas emprunter aux taux bancaires. Elles n’ont souvent même pas les moyens de payer quelqu’un … qui va les aider à chercher des moyens ! Dans ces conditions, il est facile, de tomber dans la spirale que décrit WIDE. Et que dire de la précarité des emplois qui dérivent de ces « projets » à court terme, des militantes qui naviguent entre bénévolat et les contrats à durée hasardeuse, qui sont prêtes à travailler sans salaire (comme dans le cas d’ATOL et de WIDE) pour sauver leur association, très loin des parachutes dorés. Vous avez dit « durabilité » ? …

Dans le monde anglo-saxon, notamment aux Etats-Unis, les grosses corporations et les fondations d’entreprises financent la « société civile » à coup de millions de dollars. En Europe, les associations hésitent à les solliciter, par tradition, par méfiance et/ou par idéologie/éthique. Par bêtise, affirment certain-es en martelant qu’il n’y a plus d’autres solutions, que Bill Gates et Goldman Sachs sont les nouveaux banquiers du développement, et les agences de cotation l’avenir du mouvement social. Est-ce là le seul « choix » qui nous reste face à la démission des pouvoirs publics et à l’inadéquation des « services » des bailleurs de fonds ? Si c’est le cas, alors je reprends à mon compte la question posée par Claudine Drion : « qui sont les prochaines à disparaître ? »

Pour assurer le développement durable et la justice sociale dans tous nos pays, équilibrer les droits et les pouvoirs entre les femmes et les hommes est aussi, voire plus, important qu’équilibrer la balance des paiements. A quelques semaines du G20 (Cannes, les 3 et 4 novembre) et du sommet de Busan sur le financement du développement, redisons haut et fort que le financement des organisations qui soutiennent le développement social et défendent les droits humains universels des femmes est une obligation morale et légale des gouvernements. De droite ou de gauche. Au Nord comme au Sud.

N’hésitez surtout pas à rejoindre et relayer les campagnes et activités liées au G20 et à Busan !

Claudy Vouhé, Présidente de Genre en Action

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1 Message

  • Bulletin Octobre 2011 - Les fonds et la forme Le 12/10/11 à 16:31 , par marguerite djouzo

    Salut mes chères collègues dans le social.
    Juste pour vous dire que Beaucoup de petites associations de base qui pourtant mènent des grands combats sur le terrain sans appui risque le même sort que le réseau WIDE si nous ne prêtons pas attention à leurs existence. Car ces associations ne reçoivent aucun appui, pourtant sont en contact direct tous les jours avec la cible violentée.
    Merci

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