Bulletin Septembre 2011 - Le son de moral

Ça y est. C’est la rentrée. En bonne mère moderne et aimante que je suis, je me réjouis à l’idée de pouvoir me retrouver avec des journées entières devant moi sans repas à préparer, sans jouet à piétiner, sans bobo à panser, sans drame enfantin à gérer (tout ça se fera désormais en tir groupé entre 17h et 21h). Je vais enfin pouvoir me consacrer sans interruption au GENRE !

Seulement voilà… Le chômage technique me guette car le genre n’existe pas à en croire 80 députés français de la majorité qui ont adressé au ministre de l’Education nationale une lettre visant à faire supprimer du curriculum des Sciences de la Vie et de la Terre de nouveaux manuels scolaires contenant un enseignement de la théorie du genre. Indignation d’une députée conservatrice : « Comment peut-on présenter dans un manuel, qui se veut scientifique, une idéologie qui consiste à nier la réalité : l’altérité sexuelle de l’homme et la femme ? [… ] ». Manifestement, Mme la députée a du mal à distinguer altérité sexuelle et genre… Elle n’est, de toute évidence, pas la seule. Un journaliste de même croyance s’insurge contre un « échafaudage intellectuel qui s’oppose aux grandes traditions de l’humanité, à l’aune d’un constructivisme généralisé qui fait de l’arbitraire la clé de notre humanité. » Woaah ! Bel exemple de gromologie. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Si ce n’est qu’on voit se profiler entre les lignes du manuel diabolique … la pomme d’Adam et le serpent d’Eve venus remettre de l’ordre dans tout ça ! Après « trouble dans le genre », voici donc « trouble dans la genèse ». La fronde est menée par la droite catholique pour qui « il s’agit d’imposer une idéologie fabriquée aux Etats-Unis et dont le caractère philosophique, militant, voire intrusif, est patent. » Vraiment ?! Parce que l’idéologie du gromologue, elle, n’est ni philosophique, ni militante, ni intrusive ?

A l’heure où les manuels scolaires partout dans le monde sont mis à jour pour lutter contre les stéréotypes, où les rapports de domination entre les femmes et les hommes sont clairement repérés comme des facteurs clés dans la perpétuation des inégalités multiples entre les sexes, y compris de la violence, quelle belle leçon d’archaïsme et de non-laïcité nous donnent ces députés ! Cette fronde burlesque aura permis aux féministes de (re)monter au créneau et de faire (encore) de la pédagogie autour du genre. Usant, mais nécessaire.

Face à l’adversité, gardons le moral. A ce propos, les leçons de morales vont être réintroduites dans les écoles primaires de l’hexagone ! Ne boudons pas notre plaisir… Il y a tant de sujets essentiels à notre moral(e) de féministes que les enseignant-e-s pourront illustrer à travers l’actualité de l’été (à retrouver sur notre site) : le respect des droits humains (Syrie, Lybie), la solidarité entre les peuples (Somalie), l’équité entre les nations, les riches, les pauvres (G8/G20), la liberté (lois sur l’immigration en Europe), l’indépendance de la presse (traçage des sources des journalistes en France), etc. Parions enfin que (tous) les droits de (toutes les) femmes y figureront en bonne place, car l’actualité, à Paris, New York, Kinshasa ou Mogadiscio, nous donne tous les jours raison et des raisons de dire et redire l’injustice des rapports entre les sexes et le bien fondé de nos luttes. Reste à savoir comment les enseignant-e-s vont aborder ces leçons de morale sans philosophie ou une pointe de militantisme ? Car la morale, n’en déplaise aux irréductibles de l’altérité sexuelle, est comme le genre : elle n’est pas neutre. Quant à celles et ceux qui prévoient d’aborder ces leçons sous l’angle du féminisme, qu’ils lèvent la main et ne se taisent jamais.

La rentrée est dense. Les informations fusent. Des actions mais pas assez de synergies. Des mots mais pas assez d’engagements. Des positionnements des politiques mais aussi de l’instrumentalisation. Des militantes remontées mais des moyens en chute libre. Mais contre ça, il y a aussi les Tunisiennes qui maintiennent le cap de la parité, des femmes engagées qui se présentent aux prochaines élections présidentielles camerounaises, les féministes qui se mobilisent pour rappeler aux dirigeants du G20 que les droits des femmes ne sont pas négociables, les associations des femmes francophones qui s’organisent pour obtenir le financement de l’égalité au prochain forum de Busan et aussi pour faire une place au genre dans la rencontre Rio+20, le planning familial qui ne baisse pas les bras même s’il est amputé tous les jours un peu plus… J’en passe et j’en oublie. L’espoir fait un joli bruit. Le son de moral.

Bonnes lectures sur notre site.

Claudy Vouhé
Présidente Genre en Action

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