Bulletin avril 2006 : Quand des lois tuent des femmes

L’accès des femmes à des soins de santé est en principe un droit
fondamental incontestable. Mais à regarder de près, on se rend compte que
ce droit continue à être contesté, surtout au Sud, mais aussi au Nord, et
entre autres à travers le manque d’accès à des avortements sans risques.

Pendant quatre jours au mois de mars à Addis Abeba, plus d’une centaine de
chercheurs, des responsables clés au gouvernement et des professionnels de
la santé venant de 16 pays africains, se sont réunis pour prendre part à
la ’Consultation régionale sur l’avortement à risque en Afrique’. D’après
ces experts, chaque année, plus de quatre millions de femmes subissent des
avortements à risques en Afrique, où peu de pays autorisent l’interruption
volontaire de grossesse (IVG). Ces pratiques clandestines ont des
conséquences médicales, souvent graves, pour des centaines de milliers de
femmes. On estime qu’au moins 30 000 d’entres elles meurent chaque année à
la suite de telles interventions, mais le phénomène est en réalité peu
connu, car pas assez étudié. Concernant des cas particuliers, comme les
femmes séropositives, le manque de connaissances est encore plus flagrant,
alors qu’il est évident que ces femmes subissent une discrimination quant
à l’accès aux soins de santé en général et à l’avortement sans risque en
particulier
.
La vice-présidente de l’IPAS, une des structures organisatrices de la
consultation a déclaré : ’’Il y a une guerre silencieuse qui est menée
contre les femmes, notamment dans le monde en développement, et contre
leur droit à la santé de la reproduction - en particulier à un avortement
sans risque. Nous devons nous demander si nous allons laisser de « 
vieilles lois » tuer les femmes. Si nous avons une loi qui tue des gens,
nous devons la réviser’’
.
Quelques semaines plus tard, un téléfilm sur France 2 rappelait que
l’abolition d’une telle loi fait partie de l’histoire récente de la
France, ce qui est trop souvent ignoré, notamment par la jeune génération.
En s’inspirant du procès de Bobigny qui a permis l’acquittement d’une mère
dans la fille mineure avait avortée clandestinement, ce film montrait une
des facettes des combats féministes pour la décriminalisation des
avortements en France. La mise en scène de l’excellent plaidoyer de
Gisèle Halimi lors de ce procès donnait la chaire de poule, en plaçant
cette mise en question d’une loi injuste dans le contexte plus large du
combat contre les inégalités dont pâtissent les femmes, inégalités qui
restent très largement d’actualité, même si l’IVG est légale en France
(sous certaines conditions) depuis 1975 et pris en charge par la Sécurité
Sociale depuis 1982
.
Des lois
restrictives contre l’avortement sont d’ailleurs toujours en vigueur dans
certains pays de l’Union Européenne et dans certains Etats des Etats
Unies.
Toutefois, en Europe, dans des pays du Sud, comme ailleurs, il ne faut pas
se leurrer : les modifications aux lois sur l’avortement ne mettent pas en
elles-mêmes un terme aux avortements à risque, car avoir les lois est une
chose, et faire en sorte que les lois fassent effet pour tout le monde est
autre chose. Les lois doivent également être en place pour s’assurer que
les services sont disponibles pour les plus vulnérables des femmes.
Saluons à cette occasion le soutien formidable fourni à cette cause par le
Planning Familial (www.planning-familial.org) en France qui a soufflé ses
50 bougies au mois de mars. Et n’oublions pas que ces acquis sont
fragiles, car des initiatives anti-IVG restent fréquentes dans nombreux
pays du Nord.
Bien entendu, le combat pour une loi qui garanti aux femmes le libre choix
sur leur corps en cas de grossesse non-désirée
n’enlève en
rien l’importance de la fourniture de la contraception aux femmes pour
empêcher de telles grossesses. Et ne nous arrêtons pas là : le nombre
important de grossesses non désirées restent lié aussi (entre autres) au
pourcentage important de rapports sexuels subis plus que choisis, et ceci
à l’intérieur aussi bien que hors du mariage
. Or,
rappelons-le, le droit à l’auto-détermination des femmes devrait commencer
là, au libre choix sur leur corps.
Pour terminer sur une note anecdotique, vous trouverez ci-jointe une photo
envoyée par Equilibre et Population (ONG qui s’engage très fortement en
faveur de la santé des femmes, sur le terrain également que sous forme de
lobbying auprès des décideurs - (www.equipop.org), avec son bulletin
du mois d’avril : C’est encourageant que ces messieurs n’oublient pas les
femmes, mais quand vont-elles enfin pouvoir occuper ces places qu’on leur
accorde dans les discours ? Il n’est point étonnant que des droits comme
celui à un avortement sans risque ne sont pas sur l’agenda tant que ce
sont surtout des hommes qui sont autour de la table (et sur la photo…).

Le bulletin papier no. 5 sur des initiatives maliennes autour de la
journée internationales de lutte contre l’excision est au courrier (et
déjà sur le site
) - n’oubliez pas
de réagir sur le forum à ce sujet qui s’inscrit aussi dans le droits à la
santé que les femmes ont du mal à faire valoir. D’autres nouveautés tout
azimut ci-dessous.

Solidairement
Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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