Bulletin avril 2010 : Les OMD = Occasions pour Mobiliser les Décideurs

Cela fait dix ans que les grands de ce monde se sont engagés à lutter contre la pauvreté. L’heure est maintenant au bilan intermédiaire, à 5 ans de l’horizon temporel fixé pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement (2015). Les chefs d’Etat vont se pencher sur ce bilan lors du sommet des Nations Unies en septembre cette année. Du coup, la société civile tout azimut se mobilise pour faire entendre sa voix au sujet des OMD.

Bien entendu, la cause de la lutte contre la pauvreté est centrale et nous concerne tous… mais les OMD ? Les voix critiques contre les OMD proviennent du camp « généraliste » aussi bien que de celui des défenseur-es des droits des femmes. Elles dénoncent le cynisme des nombreux indicateurs d’OMD. Par exemple, l’objectif 1, qui vise à « réduire de moitié » le nombre des personnes pauvres (…et l’autre moitié, alors ?) ; le caractère uniquement quantitatif des cibles (hausse de la scolarisation, d’accord, mais quelle qualité d’éducation ?) ; le décalage entre les performances souvent médiocres des appareils statistiques nationaux et la précision des données attendue de leur part pour le suivi des OMD ; et – plus important que tout – le caractère tellement apolitique de cette approche : n’est-on pas davantage dans un « management de la pauvreté » plutôt que dans une approche efficace pour s’attaquer à ses vraies causes ?

Les remises en question d’un point de vue plus spécifiquement genre et féministe s’ajoutent aussi en grand nombre, même si la révision des indicateurs en 2005 en a atténué certaines. La critique centrale concerne le fait qu’il y a un objectif spécifique (Objectif 3) sur les femmes, comme s’il s’agissait d’un secteur à part, et que les enjeux de genre ne soient pas intégrés transversalement dans tous les autres OMD (même si théoriquement tous les indicateurs sont aujourd’hui « sexospécifiques », donc renseignés en distinguant femmes et hommes, ce qui représente déjà une amélioration) ; le décalage entre la formulation de l’objectif 3 et ces indicateurs, axés surtout sur la scolarisation et l’alphabétisation – comme si « l’autonomisation » des femmes allait se produire toute seule une fois que cette condition nécessaire mais absolument insuffisante sera remplie ; les faiblesses de certains indicateurs : la scolarisation des filles n’indiquant rien sur leur performance, l’utilisation de moyens de contraception modernes (un des indicateurs introduits en 2005) passant à côté des enjeux majeurs car limitée aux adultes mariés, etc. ; l’absence de certains thèmes clé, comme la violence contre les filles et les femmes, pourtant essentielle et en lien direct avec la majorité des autres objectifs.

Que faire alors de ces OMD, avec leurs imperfections criantes, tant sur le fond que sur la forme ? Les utiliser comme des « Occasions pour Mobiliser les Décideurs », c’est l’option la plus prometteuse !

En faire des leviers pour un plaidoyer qui porte tant sur les atteintes des objectifs (aussi imparfaits soient-ils), que sur tout ce qui manque dans cette batterie d’indicateurs et qui est pourtant indispensable si l’on veut les atteindre durablement et pour le plus grand nombre de femmes et d’hommes. Et surtout : faire le lien avec d’autres engagements de cette même communauté internationale – la Plateforme de Pékin et la Convention pour l’élimination des discrimination à l’égard des femmes - introduire une approche par les droits et remettre toujours les enjeux politiques de la lutte contre la pauvreté sur le devant de la scène. Revenir sur la déclaration accompagnant les OMD qui a bien stipulé que l’atteinte des OMD était impossible sans une égalité des femmes et des hommes. Et rappeler encore et encore que la pauvreté est très féminisée, que les stratégies pour dépasser durablement le seuil de la pauvreté passent très fréquemment par les femmes, mais qu’il ne faut pas pour autant déresponsabiliser les hommes en la matière… (accès des femmes à l’ensemble de droits humains, oui, mais pas la mythification d’une « wonderwoman » qui doit tout assumer toute seule, avec des journées de travail toujours plus longues, pénibles, se déroulant dans une insécurité dans le foyer comme dehors…).

Concours « genre et OMD » – pour alimenter le plaidoyer mené par Genre en Action

Vous êtes sans doute nombreu-ses à avoir déjà opté pour cette stratégie de mobilisation des décideurs à tous les niveaux et partout autour des OMD, pour l’utilisation de l’attention médiatique que reçoivent les OMD afin de revendiquer encore et toujours l’égalité femmes-hommes. Afin de connaître vos initiatives, pour les rendre le plus visible possible, et aussi pour inspirer d’autres organisations à aller dans le même sens, nous vous proposons un « concours » : décrivez-nous vos initiatives (passées, en cours ou prévues très prochainement) de plaidoyer en faveur d’un prise en compte du genre dans les OMD, au niveau local, national ou régional. Vos « bonnes pratiques » vont alimenter notre bulletin sur les OMD et nous souhaitons « primer » la meilleure initiative par un co-financement de 1000 euros (pour les détails, voir : http://www.genreenaction.net/spip.php?article7714)

Et n’oubliez pas de répondre à notre GPS – Garanties, Processus et Suivi du genre dans les OMD (http://www.genreenaction.net/spip.php?article7654)- qui permettra de faire émerger une voix francophone et de la faire entendre sur la scène internationale - notamment à New York, lors du forum de la société civile en juin et le sommet en septembre.

A vos claviers, nous avons hâte de vous lire !

Et bonne lecture des nouveautés sur le site !

Elisabeth Hofmann

(coordinatrice)

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