Bulletin de Juillet 2013 : L’égalité en moins de deux ?

Nous avons deux ans pour inscrire durablement l’égalité femmes-hommes à l’agenda Post-2015 ! Ce nouveau programme formera le futur cadre de politiques publiques, de coopération internationale et de développement pour les années à venir.

2015, une date butoir. La Conférence internationale "Rio + 20" en juin 2012 avait lancé un processus de définition d’Objectifs universels de Développement Durable (ODD) devant intégrer de façon équilibrée les dimensions sociales, environnementales, économiques, ainsi que les liens entre ces aspects et la gouvernance. Parallèlement, les 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), adoptés en 2000, arrivent à échéance en 2015 – en étant loin d’être atteints.

ODD et nouveaux OMD : les deux processus devraient converger vers un Agenda Post-2015. Un enjeu pour Genre en Action et de nombreuses organisations de la société civile à travers le monde : nous avons deux ans pour inscrire durablement l’égalité femmes-hommes dans ces objectifs, qui formeront un nouveau cadre de politiques publiques, de coopération internationale et de développement.

Egalité et empowerment des femmes, un enjeu pour l’agenda Post-2015. L’Objectif 3 consacré à l’autonomisation des femmes (empowerment) et l’égalité est resté un parent pauvre des précédents OMD [1]. A part des résultats quantitatifs notamment en matière de scolarisation des filles dans le primaire, les autres indicateurs stagnent : pour atteindre l’indicateur de parité dans les parlements nationaux par exemple, il faudrait 40 ans au rythme actuel …

Pour préparer les ODD - désormais connus sous le nom de "Agenda post-2015" -, le Secrétaire Général de l’ONU a chargé un "Panel de haut niveau" de présenter des propositions à l’ONU. Les propositions du premier rapport du Panel remis fin mai intègrent l’objectif suivant : « Autonomiser (empower) les filles et les femmes et parvenir à l’égalité des sexes ».
Pour y parvenir quatre axes sont définis :

  • Prévenir et éliminer toute forme de violence à l’encontre des filles et des femmes,
  • Mettre fin au mariage des enfants,
  • Accorder aux femmes des droits égaux à ceux des hommes en ce qui concerne l’acquisition et l’héritage de biens, la signature de contrats, l’enregistrement d’une entreprise et l’ouverture d’un compte bancaire,
  • Eliminer la discrimination à l’encontre des femmes dans la sphère politique, économique et publique. Un rapport définitif sera remis en septembre au Secrétaire National de l’ONU.

Plaider pour une intégration transversale du genre. De son côté, ONU Femmes a lancé en juin 2013 un appel mondial pour un plan de transformation vers l’égalité afin que le programme Post-2015 intègre un objectif spécifique genre : "la réalisation des droits des femmes nécessite que l’on s’attaque aux causes structurelles des inégalités entre les sexes, telles que la pandémie de violence contre les femmes, les soins non payés qu’elles dispensent, l’accès limité aux biens et propriétés, et la participation inégale aux prises de décision privées et publiques.

Comme les organisations de la société civile dans leur majorité, ONU Femmes appelle également, en plus d’être un objectif spécifique fort, à une intégration transversale de l’égalité dans tous les autres domaines prioritaires du programme de développement pour l’après-2015, avec des indicateurs pour chaque cible.

L’absence de transversalité du genre dans les précédents OMD a montré les limites d’un objectif spécifique isolé. Des moyens financiers insuffisants et une trop faible implication de la société civile, des femmes notamment, n’ont pas permis de rectifier le tir. Cette fois, il faut que le genre traverse tous les enjeux : sécurité alimentaire, eau, énergie, éducation, santé, économie et création d’emplois, gouvernance…, que des moyens conséquents soient alloués et que les associations de lutte pour l’égalité de genre prennent part à toutes les étapes du processus.

Les francophones restent assez absent-e-s des nombreuses consultations mises en œuvre par les Nations-Unies, des discussions thématiques via les groupes de travail ouverts (Open Working Groups) et des travaux menés avec les « groupes majeurs » de la société civile. En février, un groupe de travail ouvert sera consacré à l’égalité de genre. En mars 2014, la 58ème Session sur la Condition de la Femme, à 18 mois de leur clôture, sera consacrée à l’accélération des OMD et à la préparation de post-2015.

Les francophones, les femmes en particulier ont des choses à dire, des expériences à partager, des besoins à exprimer. Pour obtenir que le genre soit inclus comme objectif spécifique et transversal prioritaire, et pour s’assurer qu’il sera mis en œuvre, les associations et les individu-e-s de tous bords doivent communiquer. Il leur faut des compétences, des stratégies de plaidoyer, des outils et indicateurs de suivi, des TICs, des fonds pour travailler, du soutien politique et organisationnel.

Agir avec Genre en Action. En septembre, Genre en Action va apporter sa contribution en lançant une discussion en ligne sur le site dédié à Post-2015 (The World We Want) et en alimentant un dossier thématique sur le sujet [2], en synergie avec la rubrique tenue par Adéquations [3]. D’autres actions suivront. Rendez-vous en septembre pour y participer.

Yveline Nicolas (Adéquations/Genre en Action) et Claudy Vouhé (Genre en Action)

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