Bulletin décembre 2010 : L’association Genre en Action, entre utopies partagées et contraintes réelles

L’association Genre en Action a soufflé sa première bougie… ou plutôt : ne l’a pas soufflée, les activités courantes ayant pris le dessus sur l’anniversaire ! Cependant, la période de fin d’année étant propice aux rétrospectives, je vais en tenter une, car je suis intimement convaincue que les questions que nous nous posons ne sont pas spécifiques à Genre en Action, mais feront écho pour beaucoup d’entre vous. Rétrospective donc sur cette première année de l’association qui porte sur le fonctionnement de l’association et non pas sur le développement de ses activités (le rapport annuel sera en ligne après l’Assemblée Générale début 2011)

D’abord, je tiens à exprimer mon admiration à nos membres (31 pour l’instant), des personnes riches et impressionnantes, de fortes têtes pour le dire autrement, des « personnes charismatiques » et militantes de la cause féministe qui nous unit. C’est d’ailleurs pour ces qualités et pour leur engagement au sein du réseau GeA que nous les avons sollicitées quand l’idée de l’association a germé.
Parce qu’elles sont engagées, elles (comme 28 de nos 31 membres sont des femmes, je fais fi des règles de la grammaire française et fais dominer pour une fois le genre grammatical féminin) sont aussi très prises, voire totalement débordées : leurs contributions aux discussions internes arrivent souvent en retard avec un petit mot disant « je n’ai pas le temps d’approfondir pour l’instant », et, souvent, plusieurs relances sont nécessaires avant d’obtenir un taux de réponses suffisant.
Et comme nos membres sont des « personnes à fort caractère », ce sont aussi, des personnes pas forcément faciles à « coordonner ». Prenons l’exemple de nos listes de diffusion électroniques. Pour éviter les spams et une surcharge des boites mails, la plupart des listes sont modérées (par moi). Les consignes sont claires et en principe tout le monde est d’accord : ces listes sont réservées à des messages qui concernent l’association uniquement. Cependant, j’y trouve régulièrement des messages qui ne respectent pas ce principe, par exemple des annonces de mariages ou de décès dans la famille d’un de nos membres. Chaque fois, je suis embêtée : dois-je « censurer » ces messages pour limiter l’encombrement de nos boites mail ? Jusqu’où, en tant que membres d’une même association, est-il aussi important de partager nos joies et tristesses privées ? Est-ce que le genre ne prône pas justement l’importance de la prise en compte du domaine privé ? Et chaque fois que je fais passer ce type de message, je constate un peu désemparée qu’il suscite un grand nombre de réactions, souvent plus nombreuses et plus rapides que quand on lance un appel à contributions pour faire avancer nos projets.

Ensuite, il y a le casse-tête de la communication à distance. Comme nous voulons « dur comme fer » un fonctionnement inclusif, des structures horizontales plus que verticales et une concertation la plus large possible, nous avons beaucoup recours aux TIC. Mais, presque tous les jours, la fracture numérique se manifeste : des connexions instables et coûteuses, du délestage à répétition, du bas débit, des conférences vidéos … sans le son … bref, la liste est longue ! Les modes de communication à notre disposition restent insatisfaisants. C’est sans parler des nombreuses incompréhensions ou malentendus que génèrent les échanges par mails parce que ce mode de communication « spontanée » ne convient guère quand il s’agit de fournir des explications complexes et peut contribuer à la confusion des débats, voire semer la zizanie …

« Il nous faut des rencontres physiques ! ». C’est évident et l’idée revient tout le temps. Mais réunir les membres d’une association vraiment internationale, avec un équilibre « Nord-Sud » (« France – reste du monde »), demande un budget énorme (sans parler des difficultés de visas !) et il n’y a pratiquement aucun bailleur qui soit prêt à financer le « fonctionnement de la vie associative ». Il faudrait donc « cacher » notre projet de réunion associative en marge d’un colloque ou d’une autre initiative … cela devient vite compliqué et demande une gymnastique qui ne porte pas toujours de fruits, d’ailleurs.
Notre première « réunion » du Conseil d’Administration par exemple, s’est faite par échanges mails, selon des blocs thématiques et s’est étirée sur plus de 3 semaines avec près d’une cinquantaine de mails, dont beaucoup très passionnants. Bilan : ce fonctionnement est usant, les bénévoles qui ont les rôles clé au sein du CA ne sont pas suffisamment disponibles pour lancer, gérer et capitaliser ce type de processus régulièrement et le travail est trop inégalement réparti. Alors que nous préparons la première AG de notre association, nous nous interrogeons sur la marche à suivre, car, à la vérité, nos expériences nous ont davantage montré ce qui ne marche pas … que ce qui marche !

Dernier dilemme : comment mobiliser nos membres sans les culpabiliser, sans les mettre encore un peu plus sous pression (car elles le sont déjà, pratiquement toutes), sans semer un esprit défaitiste et contreproductif ? Est-ce qu’on doit considérer les membres inactifs comme des « soutiens moraux tacites » ou comme des « passagers clandestins » qu’on devrait « pousser vers la sortie » pour ne garder que des membres « réellement actifs » ?

Bref, vous l’aurez compris, nous sommes une association comme il en existe des milliers de par le monde, un espace vivier et vivace où la réalité de nos membres formidables (mais débordés), même armés de la meilleure volonté du monde, pose un défi permanent à la mise en œuvre de nos projets et de nos utopies de gouvernance. Faut-il abandonner pour autant la voie que nous avons décidé de suivre collectivement ? Faut-il, à l’instar du monde des affaires – et, de plus en plus, du monde « du développement », opter pour un fonctionnement plus « efficace » peut-être, mais moins inclusif et concerté ? Mais si je repense à la citation de Théodore Monod "l’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé !", je me dis que le tour n’est quand même pas joué, et que nous avons tout à gagner à persévérer dans cette voie.

Un mot pour finir à l’attention de toutes celles et ceux qui auraient envie de rejoindre l’association (malgré ce que je viens de dévoiler… ) : pour l’instant, nous sommes encore en phase de consolidation, mais « l’ouverture » de l’association à d’autres membres actifs du réseau Genre en Action est régulièrement discutée dans les différentes instances, à suivre ! En attendant, vous n’avez pas besoin d’être membre de l’association pour nous contacter et discuter comment commencer ou approfondir un partenariat ou collaborer sur des actions. Contactez-nous avec vos idées et propositions (coordination chez genreenaction.net) !

Pour nous soutenir, une première chose tout simple à faire pour les « facebookistes » : allez voir :
http://www.facebook.com/pages/Genre-en-Action/112940998778396?v=info#!/pages/Genre-en-Action/112940998778396?v=info, faites savoir si vous « aimez » et faites circuler à vos "amis facebook" le lien pour qu’ils "aiment" à leur tour… une manière d’apporter votre petite pierre à l’édifice de la visibilité de Genre en Action – merci d’avance.

Bonne lecture des nouveautés sur le site et une belle fin d’année !

Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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