Bulletin février 2007 : Le blues du 8 mars...

Ca ne vous le fait jamais, d’avoir des appréhensions à l’approche du 8 mars ? En voyant passer toutes ces annonces pour des manifestations autour de la Journée Internationale de la Femme (dont vous trouverez une petite sélection sur l’Agenda du site : http://www.genreenaction.net/spip.php?page=article3518), petit à petit ce sentiment s’installe : et si le 8 mars n’était qu’une farce et en fin de compte plutôt contreproductif pour les femmes, notamment pour les plus vulnérables, les travailleuses pauvres, les femmes chefs de famille, les victimes de violences, les exclues des postes décisionnelles, celles qui se cassent tous les jours la tête comment jongler avec leurs charges et responsabilités trop nombreuses, avec un budget trop réduit ? Celles qui risquent de ne pas se trouver dans les auditoires pour écouter les paroles d’espoir du 8 mars…

Je ne veux pas critiquer les organisatrices-teurs de ces évènements, mais des réflexions pas très nouvelles ni originales s’imposent et méritent d’être rappelées une fois de plus :
-  n’est-ce pas une journée où notamment ceux qui ne font pas grande chose pour les femmes le reste de l’année se donnent bonne presse et une bonne conscience ?
-  n’est-ce pas une journée où trop d’évènements ont lieu, se faisant concurrence mutuellement et perdant d’impact par leur simple concentration ?
-  n’est-ce pas une journée où on a tendance à mettre sur un piédestal cette « superwoman » qui est mère, épouse, entrepreneure, gardienne de la tradition, de l’environnement, des savoirs ancestraux et je ne sais pas quoi d’autre, tout en même temps, sans s’interroger de la dangereuse déresponsabilisation des hommes qui va de paire ?
-  n’est-ce pas une journée où le genre est le grand absent, où on retombe dans les écueils de l’approche IFD où les femmes, prises à part, sont le « problème à résoudre », mais où on ne met pas vraiment les rapports inégaux entre les femmes et les hommes au centre des considérations ?
-  n’est-ce pas une journée où les femmes se retrouvent beaucoup entre elles, entretenant ainsi l’idée que l’égalité des femmes était de leur responsabilité à elles et non pas un enjeu central de toute société, dans son ensemble ?

Mais pourquoi suis-je méfiante au lieu de me réjouir de cette journée permettra de faire un bilan (voir par exemple http://www.genreenaction.net/spip.php?page=article5453), de rappeler des enjeux, et aussi les promesses non-tenues ? C’est l’ambiance générale qui fait que je ne peux pas me défaire de mon scepticisme…
Prenons cette campagne électorale française, sujet incontournable ces jours-ci : les descriptions journaliers des tenues de Ségolène Royal (avant de décrire ce qu’elle a fait et dit) sont agaçantes – on ne nous embête pas non plus avec la couleur de la cravate de ses adversaires masculins, non ? Pourquoi cet acharnement sur sa féminité ? Bien sûr, il s’agit pas non plus de la nier féminité, mais on voit très vite surgir les commentaires (comme sur France Inter lundi matin) : quand finira-t-elle de brandir sa féminitude chaque fois qu’elle ne sait pas la bonne réponse à une question ? Evidemment, ça sous-entend que la féminitude (terme expliqué par un sociologue marocain : http://www.genreenaction.net/spip.php?page=article5441) est le « cache incompétence » de la femme qui n’avait qu’à rester dans son coin, on la fêtera à l’occasion du 8 mars et puis c’est bon !
Bien sûr, ma susceptibilité à l’égard du 8 mars est aiguisée aussi par le fait que le réseau Genre en Action est de nouveau dans une crise budgétaire (et nous ne sommes pas les seules : http://www.genreenaction.net/spip.php?page=article5432), que je suis une fois de plus sans salaire et que nous sommes encore dans une situation où nous ne pourrons que gérer le court terme, dans l’incertitude. J’aurai pu faire grève pour le 8 mars, mettre une page blanche sur la « Une » du site, ne pas écrire ce bulletin, mais … j’en avais trop gros sur le cœur.
D’autres ont déjà eu cette idée : fêter le 8 mars en faisant RIEN, surtout rien de ce que nous, les femmes, faisons habituellement pour essayer d’illustrer toutes ces belles paroles d’un vécu de la part des hommes : qu’ils amènent les enfants eux-mêmes à la crèche ou l’école (à condition que les quelques hommes présents dans ces institutions arrivent à les faire tourner sans leurs collègues femmes), qu’ils fassent la queue au supermarché où très peu de caisses seront occupées par les « caissiers » ou devant les quelques stands restants une fois que les femmes auront désertées les marchés, sans parler du désarroi des médecins sans infirmières, des chefs sans secrétaires, les difficultés causées par des standards téléphoniques abandonnés, des saletés pas nettoyées, l’eau qui manquerait cruellement dans les zones sans adduction, des cuisinières ou des foyers qui resteront froids le jour où les femmes s’arrêteront…
Un jour est peut-être trop court pour permettre la prise de conscience qui fait tellement défaut et le risque est que dans les sphères très masculines (comme dans la politique française, par exemple), l’absence des femmes ne se remarquerait guère, ce qui sera en effet très contreproductif…
Après tout, il ne nous reste que de faire le mieux de cette journée unique par an qui nous est consacrée : critiquons, interpellons, revendiquons… au moins autant sinon plus que les autres 364 jours de l’année !

Bon 8 mars quand même !
Solidairement
Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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