Bulletin février 2008 : Etre femme, un handicap parmi d’autres ?

Handicap International (HI) fête ces jours-ci ses 25 ans d’existence et à cette occasion, un grand colloque international sur les ONG et la gouvernance mondiale s’est déroulé la semaine dernière à Lyon. Soucieux d’intégrer de plus en plus le genre dans leur approche par les droits, HI m’y avait conviée pour représenter le réseau.

Le constat qui s’impose en écoutant les questionnements soulevés par HI est flagrant : les défis auxquels on doit faire face pour lutter contre les inégalités dont pâtissent les personnes handicapées sont très sensiblement les mêmes qu’en s’attaquant aux inégalités entre femmes et hommes. L’approche inclusive des personnes handicapées se rapproche beaucoup du gender mainstreaming, avec les mêmes risques de se voir noyer le soucie pour cette minorité (au sens sociologique) dans d’autres considérations, soit disant plus centrales, cruciales, prioritaires. Et dans les deux cas (laissant de côté le cas des handicapés mentaux), on doit faire face à des discriminations qui se construisent à partir d’une perception de la personne fondée avant tout sur son corps.

Concernant plus particulièrement les femmes, l’ampleur quantitative des inégalités a été récemment rappelée par le nouveau rapport du « gender gap index » (http://www.weforum.org/pdf/genderga..., disponible seulement en anglais) du Forum économique mondial. Cet indice est fondé sur quatre « piliers » pour mesurer le degré d’égalité entre les femmes et les hommes : l’éducation, la santé, la participation économique et la participation politique.

Comme son nom l’indique, il mesure les « écarts de genre » - c’est-à-dire le retard relatif de la situation des femmes par rapport à celle des hommes - annuellement pour plus de 120 pays, regroupant plus de 90% de la population mondiale. Son analyse pour l’année 2007 montre que globalement, l’écart de genre est faible en ce qui concerne la santé, où près de 96% de l’écart est comblé et l’éducation, avec près de 92% de comblé, alors qu’il reste fort en économie, où seulement 58% de l’écart est comblé. L’inégalité est particulièrement forte dans la participation politique des femmes où l’écart commence juste timidement à se combler, avec 14% en 2007.

Afin de bien interpréter cet indice, il faut garder à l’esprit qu’un écart faible ne signifie pas automatiquement que la situation est favorable pour femmes et hommes (ou filles et garçons), elle peut aussi être peu favorable, mais semblable pour les personnes des deux sexes. De même, un écart ne se comble pas toujours par des rattrapages des femmes ou des filles, mais peut aussi se réduire si la situation des hommes ou garçons se détériore.

Concernant la santé, l’écart faible entre la situation des femmes et celle des hommes peut sembler étonnant, mais la question se pose si les savants statisticiens du Forum Mondiale Economique ont tenu compte de la différence des besoins en accès aux soins de santé, les femmes ayant des besoins particuliers et supplémentaires liés à la santé reproductive. Pour l’éducation, cet écart relativement faible ne doit pas faire oublier que seuls 51 pays, soit 40% des habitants de notre planète, ont atteint ou sont en bonne voie d’atteindre l’objectif de l’éducation primaire universelle d’ici 2015. Mais 24 pays enregistrent un recul et certains sont loin de réaliser la cible en matière d’éducation. Et 93 pays, abritant 40% de la population planétaire, ne disposent même pas de données d’évaluation ! Dans la situation mondiale actuelle, un enfant en âge scolarisable sur six (1 sur 6) ne va toujours pas à l’école primaire. Par ailleurs, la discussion relative à l’éducation des filles s’est concentrée sur leur inscription et leur accès à l’école, mais aucun lien n’a été établi avec les normes, la pertinence des programmes, les rapports enseignants/élèves, le matériel scolaire ou l’infrastructure. Le résultat est qu’après six ans d’éducation primaire universelle en Ouganda, par exemple, une enquête du "Uganda National Examinations Board" révèle que 96% des élèves des zones rurales et 56% des élèves d’écoles urbaines sont toujours illettrés et incapables de calculer (http://www.genreenaction.net/spip.php?article5588, p. 19-20). Une autre problématique qui a sans doute échappé aux considérations très quantitatives de cet indice est l’ampleur des violences genrée dans le cadre scolaire (http://www.genreenaction.net/spip.php?article4287).

En regardant l’indice construit pour chaque pays, sur la base des quatre critères évoqués, on constate que même le pays le plus avancé (la Suède) n’a que comblé 80% de son écart de genre (les quatre « piliers » confondus), alors que le pays plus « inégal » des 120 pays (le Yémen) a comblé à peine 45% de cet écart.

Cette quantification des inégalités indique bien que le fait d’être femme reste une forme d’handicap collectif. Les discussions en marge et dans certaines séances d’atelier du colloque de HI ont toutefois montré du doigt que malgré notre proximité en termes d’approches, nous avons encore du mal à réellement les croiser : est-ce que les mouvements de femmes, féministes et/ou de genre réussissent à inclure les personnes handicapées ? Et les associations de ou en faveur de personnes handicapées, accordent-elles une place suffisante aux femmes handicapées, avec leurs besoins et intérêts spécifiques ?

Il reste sans doute beaucoup à faire en la matière, un croisement réel des approches et une collaboration plus active ne pourra qu’être fructueux pour nous toutes et tous. Car si l’Homme le plus pauvre est sans aucun doute une femme, il y a des chances que ça soit une femme handicapée.

Bonne lecture des nouveautés !
Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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