Bulletin janvier 2007 : Des hommes et du genre...

Lors d’une récente intervention devant les membres d’une section régionale du GREF (Groupement des Retraités Educateurs sans Frontières, OSI française), la composition de l’auditoire m’a frappée : il y avait un tiers d’hommes – chose inouïe pour des présentations sur le thème « genre et développement » ! Pour bien situer le phénomène, il faut expliquer qu’il s’agissait d’une réunion de 3 jours, dont deux heures et demie étaient consacrées au genre – toutes ces personnes et surtout tous ces hommes n’étaient pas venus spécifiquement pour réfléchir sur le genre. Néanmoins, c’était un vrai plaisir d’être pour une fois devant une assistance sinon paritaire, du moins réellement mixte et non pas avec l’habituelle poignée d’hommes qui font exception à la règle… féminine.

Des hommes qui s’intéressent au genre, il y en a, mais il y en a de toutes sortes. D’après mes expériences et mon intuition, on pourrait tenter une petite typologie… En gros, je distinguerais trois types qui existent dans leurs formes pures, mais parfois aussi sous forme mélangée à divers degrés : l’opportuniste, le paternaliste et le féministe (oui, oui, des hommes féministes, ça existe !).
L’opportuniste est non seulement agaçant, mais il peut aussi porter tort à « la cause du genre » : il a saisi une opportunité pour occuper un créneau porteur et payant, son sexe le favorise dans ce domaine où « le ghetto féminin » est encore fréquent, mais il se positionne sur le genre sans forcément adhérer pleinement aux objectifs d’égalité entre femmes et hommes à tous les niveaux (aussi à celui de leur vie privée, par exemple) et sans la petite flamme militante qui anime tant d’entre nous. Son mode de fonctionnement reste fortement patriarcal : il s’impose, rentre dans des jeux de pouvoir, domine… comme d’hab. !
Le paternaliste est plus sympathique, parfois d’inspiration religieuse, très respectueux des femmes et surtout de leur rôle de mère. Il est plein de bonne volonté, veut les aider, faire quelque chose pour elles, leur montrer le droit chemin. Toute sa motivation ne le met pas à l’abri d’un risque de se substituer aux principales concernées, de ne pas être assez à l’écoute (parce qu’il connait déjà la condition féminine dans son moindre détail…), bref, de « prêcher la bonne parole » au lieu d’accompagner des processus de prise de conscience et d’empowerment qui sont toujours nouveaux et différents.
Le féministe existe en 2 variantes : d’abord le « lésé », variante plutôt Nord, par exemple un père séparé de la mère de ses enfants qui n’a pas obtenu le droit de garde. Du coup, il s’interroge sur le partage des rôles socialement accepté, sur les stéréotypes, sur l’évolution des rôles plus dans un sens que dans l’autre (énormément de mères ont une activité professionnelle aujourd’hui, mais peu de pères se consacrent pleinement à leur rôle paternel…). Parfois, la colère l’amène à être ouvertement antiféministe dans le sens qu’il conteste que les femmes voudraient toutes les fonctions pour elles, sans permettre un rééquilibrage, un meilleur partage… ce qui précisément m’amène, moi, à le qualifier de féministe car il revendique en réalité une véritable égalité entre les femmes et les hommes.
Ensuite, la deuxième variante du féministe est l’humaniste, celui qui a une vision (idéale) du fonctionnement de la société qui exclut les inégalités dont pâtissent les femmes, comme d’ailleurs d’autres inégalités dues à des discriminations sur d’autres critères que le sexe (ou combiné avec celui-ci). Ce féministe-là a l’âme militant et les quelques exemplaires rares qui croisent mon chemin me donnent tellement d’espoir que d’autres rapports de genre sont possibles… mais malheureusement, ils font cruellement défaut dans nos combats quotidiens, car ils sont trop peu nombreux et souvent embarqués aussi dans d’autres luttes.
L’absence (ou la faible représentation) des hommes est d’autant plus déplorable qu’elle est souvent sanctionnée : lors du colloque « Genre et développement : quels enjeux pour la formation ? » de février 2006, il nous a été reproché que le podium était trop peu mixte, et si nous faisons une table ronde 100% ou presque féminine sur le genre, la critique va vite se faire entendre que nous ne mettons pas en pratique nos idées (alors que des tables rondes sur le développement 100% ou presque « vieux, mâle et blanc » continuent à exister en France, sans que la majorité de l’assistance remarque ce triple déséquilibre…).
Bien sûr, sur le principe nous sommes d’accord : le but est d’arriver à une mixité, voire à la parité : c’est important effectivement pour le principe, mais aussi parce que nous voulons nous adresser à femmes ET hommes… et puis, qu’on se l’avoue ou pas, la parole d’homme en faveur du genre a encore tendanciellement plus de poids que celle d’une femme, au moins face aux auditeurs hommes.
Mais ce déséquilibre est aussi à l’origine de certaines dérives : des Messieurs Genre qui se voient invités partout, qui prennent parfois la place de Mesdames Genre beaucoup plus nombreuses et aussi compétentes, sinon plus. Que penser de cette bourse pour rédiger des articles sur l’égalité entre femmes et hommes uniquement ouverts à des hommes cette année (voir http://www.genreenaction.net/spip.php?article4508) ?
Le dilemme peut être de taille : comment ne pas reproduire l’emprise masculine de la part de la minorité d’hommes pour des raisons de parité (une parité de représentation, bien sûr, car elle n’existera que sur les tribunes, les petites mains invisibles dans les coulisses restant toujours très féminines…), tout en mettant toutes les chances de notre côté de faire comprendre aux hommes qu’eux aussi ont à gagner dans l’équilibrage des rapports de genre ? Ce n’est qu’à cette condition-là que les hommes vont aussi remettre en question le statu quo (voir http://www.genreenaction.net/spip.php?article4926 et http://www.genreenaction.net/spip.php?article4524).
Chers Messieurs, rejoignez-nous donc nombreux, mais pour les bonnes raisons, dans un esprit de synergie et de solidarité et pour travailler AVEC nous ! Comme le disaient si bien les deux rédacteurs de la revue Economie & Humanisme en titre de l’article final du dossier sur le genre : « nous ne serons pas trop de tous ». Dans ce sens là, bonne année 2007 à vous toutes et tous !

Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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