Bulletin juin-juillet 2010 : ONU-Femmes – une victoire qui interpelle

Nous vivons une période historique : l’Assemblée générale des Nations Unies a créé ONU-Femmes (www.unwomen.org), l’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Dirigée par un-e sous-secrétaire général-e, cette nouvelle structure remplacera les quatre entités dispersées – la Division de la promotion de la femme (DAW), l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW), le Bureau de la Conseillère spéciale pour la problématique hommes-femmes (OSAGI) et le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM). Elle est le résultat de la GEAR (réforme de l’architecture pour l’égalité de genre - http://www.gearcampaign.org/), une campagne de plaidoyer qui a duré 4 ans.

Dans tous les messages que je reçois, c’est l’enthousiasme qui prime : pour certaines (parce que ce sont avant tout des femmes qui s’expriment) il s’agit de « l’avancée la plus importante depuis le droit de vote pour les femmes ».
Il est évident que cette « naissance » est d’une symbolique très forte car elle reconnait au plus haut niveau l’importance de la lutte contre les inégalités dont pâtissent les femmes. La déclaration du Secrétaire Général des Nations Unies peut d’ailleurs servir de rappel à nos gouvernements :
« ONU Femmes découle d’une vérité toute simple : l’égalité pour les femmes et les filles est non seulement un droit humain fondamental mais aussi un impératif social et économique. Là où les femmes sont éduquées et jouissent d’une pleine autonomie, les économies sont plus productives et plus solides. Là où il y a une réelle représentation des femmes, les sociétés vivent dans une paix et une stabilité plus grandes.
C’est pourquoi j’ai fait de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes une mes grandes priorités, qu’il s’agisse de mettre fin au fléau qu’est la violence contre les femmes, de nommer plus de femmes à des postes de direction ou de réduire les taux de mortalité maternelle. »
Par les temps qui courent, après un bilan Pékin +15 plutôt décevant et des craintes multiples autour des menaces qui pèsent sur les droits des femmes dans de nombreuses sociétés, le fait que cette mobilisation internationale ait porté des fruits est du baume sur nos cœurs souvent inquiets, trop souvent déçus…

Mais au-delà des célébrations et d’une joie partagée, l’heure est à l’organisation de la suite : d’une part, il faut s’assurer de la place effective, des moyens substantiels et de la réussite politique et opérationnelle de cette entité. D’autre part, ne cessons pas de rappeler les enjeux vastes et nombreux que cette entité doit cibler.

L’inclusivité est à la fois un enjeu opérationnel et politique. Mama Koité, présidente de FEMNET et vice-présidente de l’association Genre en Action, a rappelé qu’un effort important doit être fait pour garantir que la société civile internationale ne se réduise pas aux grandes structures anglophones. Une implication des francophones (ainsi que des hispanophones, arabophones, etc.) est nécessaire non seulement dans les zones géographiques où ces langues sont dominantes, mais aussi au niveau international. Une société civile internationale réellement inclusive est un vrai défi qui demande des moyens importants : il faut des traductions, pas seulement de l’anglais vers les autres langues, mais aussi des autres langues vers l’anglais, car il ne s’agit pas seulement de tenir les « autres » au courant, mais de leur donner les moyens de réellement contribuer à l’élaboration de positions communes, etc. Il faut également veiller à ce que cette inclusivité aille au-delà des questions linguistiques et touchent toutes femmes : les moins valides physiquement, celles issues des minorités ethniques, religieuses, de caste, les plus pauvres, mais aussi les groupes marginalisés de par leur orientation sexuelle, les hommes féministes, les jeunes, et ainsi de suite. Ce moment-clé nécessite de rappeler ce qui devrait être une évidence, mais qui n’est souvent pas une réalité.
Concernant les enjeux qui attendent l’ONU-Femmes, les très nombreuses nouveautés sur le site (voir ci-dessous) attestent comme tous les mois de leur diversité et de leur centralité dans la question du développement et du respect des droits humains.

Pour finir, j’aimerais partager une interrogation avec vous : et si on avait créé « ONU-Genre » plutôt que « ONU-Femmes » ? Bien sûr, le risque de « dilution » des questions féministes et de l’accent crucial sur l’empowerment et le droit des femmes aurait été réel, mais à mon avis gérable. Cela aurait peut-être permis de mettre davantage l’accent sur le fait que ce sont les relations entre femmes et hommes qui doivent changer et que l’empowerment des femmes et leur accès aux pleins droits requiert que les hommes fassent un grand pas en avant dans leur manière de se voir et de considérer leur place et celle des femmes dans nos sociétés.

Soyons vigilantes pour éviter que l’ONU-Femmes n’entraine pas la responsabilisation des hommes et la promotion de la « wonderwoman », cette femme miracle qui ne compte pas ses heures, qui est capable d’être à la fois une entrepreneure fiable, une militante dévouée, une élue ou cheffe toujours à l’écoute, une mère de famille exemplaire, un pivot de la communauté et de la société, qui assume ses responsabilités souvent avec peu ou pas de soutien des hommes et qui prend trop peu de temps pour s’occuper d’elle-même, de sa santé, de son bonheur personnel, de son envie de rire, de danser, d’aimer et d’être aimée.

Bien sûr, le nom n’est qu’une étiquette et ONU-Femmes a le mérite d’en être une bien claire, explicite et comprise par tous et toutes. A nous de veiller aux contenant et au contenu derrière l’étiquette… Car en fin de compte, c’est l’accès à plus de libertés, d’épanouissement et de bien être de toutes et de tous qui est le véritable enjeu.

Bonne lecture, de bonnes vacances pour celles et ceux qui peuvent en prendre et rendez-vous pour le bulletin de septembre !

Elisabeth Hofmann
Coordinatrice

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