Bulletin mai 2006 : L’inconvénient de l’école et le « miralenta »

Cet homme malgache dans sa quarantaine s’était présenté comme « développeur » au début de notre discussion un dimanche après-midi, dans l’extrême Sud de Madagascar, dans le pays des éleveurs de zébus. « Quand j’étais petit, de retour de l’école en vacances chez mon oncle, je lui ai dit : Pourquoi tu n’aides pas tatie qui est si chargée, un fardeau sur la tête, un bébé dans le dos, alors que toi, tu ne portes que ta lance ? Ah mon petit, a répondu mon oncle, ça, c’est l’inconvénient de l’école. »

Se disant adepte inconditionnel du genre, le « développeur » a expliqué que « chez nous, les zébus sont plus importants que les femmes ». La femme nourrit la famille, la vêtit, paie l’écolage des enfants alors que l’homme s’occupe de son image social, en achetant des zébus et en contribuant aux cérémonies des funérailles, qui représentent des moments clé dans la vie de la société antandroy. « Les résistances aux changements sont fortes », explique-t-il. Ses beaux parents n’aiment pas le voir porter le panier du marché de sa femme parce que c’est un signe de la défaillance de leur fille dans son rôle d’épouse. Sa femme ne veut pas non plus qu’il lave la vaisselle ou du linge sale, car selon une croyance locale, la longévité de l’homme est en danger s’il touche des affaires sales.

« Mais après tout, » continue-t-il, « il ne faut pas sous-estimer l’influence de la femme chez nous ». En réalité, les notables prendraient des décisions qui sont bien en conformité avec la volonté des femmes, volonté qu’elles auraient su imposer à l’intérieur du foyer, loin de la sphère publique. « Les changements d’aujourd’hui reviennent à ce que les femmes font ouvertement ce qu’elles ont de toute façon toujours fait : prendre part à la prise de décision. »

Jolie pirouette au fil d’une conversation qui me laisse pensive : qu’en est-il alors des inégalités que subissent les femmes ? La participation dans la prise de décision qui semble si inégale reviendrait après tout seulement à une inégalité de visibilité ? Les discussions avec les femmes ne donnent pas cette impression, beaucoup d’entre elles confirment que ce sont bien les hommes qui prennent les décisions, et que c’est bien comme ça, parce que ça correspond à leur rôle et parce que ça a toujours été comme ça…

Le genre s’appelle « miralenta » en malgache, un néologisme qui signifie « poids égal ». Un réseau Genre existe à Madagascar, il est actif, a créé différents outils et réfléchi à la mise en place d’un observatoire. L’Union Européenne finance des formations-appuis en genre à Madagascar, d’autres coopérations et bailleurs aussi. Mais sur le terrain, l’application du « miralenta » reste difficile, pas seulement au Sud où les structures patriarcales traditionnelles sont encore plus fortes qu’ailleurs. Entre les perceptions et les réalités, et avec l’ancrage des inégalités dans les têtes des femmes et des hommes, les changements sont lents, comme un peu partout...

Qu’est-ce que l’approche genre peut vraiment apporter dans de telles situations (et dans d’autres) ? Le réseau Genre en Action entame une collaboration avec la revue Economie & Humanisme qui consacrera le dossier d’un des prochains numéros à la thématique genre et développement. Ce dossier comportera une vingtaine de contributions courtes, de 3-4 pages maximum. Notre pari est de montrer à travers ces contributions ce que l’approche genre change dans un projet, programme, dans une politique ou un processus de développement, au Sud comme au Nord. Selon la procédure de la revue Economie & Humanisme, il n’y aura pas d’appel à communication, mais plutôt une stratégie éditoriale qui tentera d’identifier des auteurs potentiels pour les différentes contributions. Avant le lancement du processus éditorial, je souhaiterai néanmoins recueillir des idées de contribution de la part des membres du réseau Genre en Action : quels témoignages sur les résultats et impacts concrets de l’approche genre, sur son rôle de ressort de développement, pouvez-vous apporter ? Merci de m’envoyer vos idées en quelques lignes avant le 10 juin à coordination chez genreenaction.net, ces éléments alimenteront alors la discussion lors de la réunion du comité éditorial. Le dossier de la revue pourra être prolongé par des articles sur le site de Genre en Action, permettant la diffusion du plus grand nombre de vos expériences.

Et ci-dessous, les nouveautés du mois du mois de mai, avec quelques jours de retard suite à un problème informatique, désolée. Bonne lecture quand même !

Elisabeth Hofmann

(coordinatrice)

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