Bulletin mars 2009 : Genre et économie – vos initiatives, vos expériences, vos idées ?

En décembre dernier, la coopération française a ouvert un chantier sur la valorisation du rôle des femmes dans l’économie. Dans ce cadre, nous voudrions pouvoir alimenter la réflexion par des éléments d’informations émanant de vous, les membres du réseau Genre en Action. Quelles sont vos initiatives sur la thématique « genre et économie » ? Quelles sont vos idées, expériences et suggestions pour le renforcement de la femme comme actrice économique, en même temps qu’actrice de la transformation sociale ? Quelles sont les lacunes des initiatives existantes, quels sont les aspects trop souvent occultés ? Faites nous savoir ce que vous faites sur cette thématique, ce que vous en pensez et ce que vous suggérez. Vous pouvez écrire sur le forum ou l’envoyer à coordination chez genreenaction.net. Merci beaucoup d’avance. Une synthèse de vos contributions et d’autres éléments nourrira un prochain bulletin papier du réseau.

Et ci-dessous quelques éléments rassemblés pour un communiqué de presse qui n’a finalement pas vu le jour…

SANS EGALITE FEMMES-HOMMES, PAS DE CROISSANCE ECONOMIQUE

« Oublions la Chine, l’Inde et internet. Ce sont les femmes qui mènent la croissance économique », titrait l’hebdomadaire britannique The Economist déjà en 2006. C’est une évidence : le travail des femmes qui s’est fortement développé depuis quelques décennies contribue d’une manière très significative à l’augmentation du PIB. En tenant compte en plus du travail non rémunéré au sein du ménage et pour l’éducation des enfants, on s’aperçoit que les femmes sont responsables de la moitié de la richesse mondiale produite. Et leur production est souvent vitale : selon de récentes estimations de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), les femmes de l’Afrique sub-saharienne constituent près de 70 % de la force agricole du continent et produisent environ 90 % des denrées alimentaires.
Mais ce « réservoir sous-utilisé de richesses et de compétences » que représentent les femmes ne peut pas développer son potentiel dans un contexte où elles sont beaucoup moins payées que des hommes, où elles se trouvent trop souvent seules à assumer les soins aux membres de leurs familles alors que les services sociaux publics reculent et où les barrières pour accéder à des postes de responsabilités restent encore trop fréquemment infranchissables.
Au cœur de la valorisation et du renforcement des femmes comme actrices économiques, on retrouve un enjeu central : l’égalité hommes-femmes. Les recherches des économistes du genre montrent l’existence d’une corrélation forte entre l’égalité hommes-femmes et la croissance économique, une corrélation qui peut se manifester dans les deux sens.
La Banque mondiale a intitulé son plan d’action 2007-2010 « L’égalité des sexes, un atout économique », annonçant clairement la couleur. Le raisonnement à l’origine de ce plan est qu’un développement orienté vers les femmes, leur offrant des opportunités économiques, combinées avec une augmentation de leur rôle dans la société, peut avoir un effet puissant sur l’économie d’un pays.
La réduction des inégalités dont pâtissent les femmes va de pair avec une amélioration de leur accès à l’éducation et la formation et de leur santé. Une meilleure égalité favorise également l’accès à des ressources comme le capital, la terre, des infrastructures, etc. L’augmentation du rôle politique accompagne et renforce ces acquis dans la durée, car la présence des femmes dans les instances décisionnelles leur permet de représenter efficacement leurs priorités, comme Esther Duflo l’a clairement pu démontrer dans ses travaux sur les conseils locaux en Inde. Les conséquences de la réduction des inégalités qui touchent les femmes favorisent indéniablement des hausses de productivité des femmes, contribuant ainsi directement à la croissance économique.
La corrélation de la croissance vers l’égalité hommes-femmes est moins automatique, mais d’autant plus nécessaire pour déclencher ce cercle vertueux où plus d’égalité hommes-femmes renforce la croissance économique qui à son tour facilite les initiatives qui renforcent l’égalité et ainsi de suite.
A titre d’exemple, un effet mitigé de la croissance sur l’égalité se manifeste dans le cas des travailleuses dans les zones franches qui accèdent certes à un revenu non-négligeable, mais qui voient très souvent leurs conditions de vie se détériorer, travaillant un nombre d’heures journalières excessif, vivant loin de leur famille pour exercer un emploi très précaire où le droit du travail n’est pas respecté. Dans des pays comme les Philippines, une autre évolution ambiguë est de plus en plus perceptible : les femmes accédant à des postes de responsabilité ou réussissant à faire fructifier leur propre entreprise ont fréquemment recours à des employées domestiques qui travaillent et vivent dans des conditions déplorables. Dans d’autres cas, le succès économique des femmes s’accompagne parfois d’un désengagement correspondant du budget familial de la part du mari, anéantissant tout effet positif sur le bien-être de la famille.
Pour que l’engagement grandissant des femmes dans l’économie puisse porter des fruits, il est non seulement nécessaire d’abattre les obstacles pour leur accès aux compétences et aux ressources, mais en parallèle, un accompagnement d’ordre social est nécessaire. Les femmes peuvent pleinement déployer leur potentiel économique, si les services sociaux les soutiennent dans leurs tâches « reproductives », si des dispositifs efficaces permettent d’atténuer les risques pour leur activité économique en cas de maladie des enfants, par exemple, et si la société dans son ensemble, femmes et hommes, évoluent lentement mais sûrement vers plus d’égalité.
Les discours qui font des femmes des « superwomen », menant de front une activité économique rentable, un engagement altruiste dans la communauté et un rôle principal dans les activités domestique et de soins, ne sont pas réalistes. Si toutefois elles sont soutenues par leur époux, leurs familles et leurs communautés, ainsi que par un système social qui répond aussi à leurs besoins et intérêts, les femmes peuvent en effet confirmer leur rôle d’agents économiques et sociaux incontournables qui produisent de la richesse et contribuent fortement et durablement à la croissance économique et à un développement socialement soutenable.

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