Bulletin mars/avril 2007 : Sexualité, genre et développement … une partie de plaisir !?

Vous le savez, le genre c’est comme de l’air, du CO2 socialement construit. Nous baignons dedans tous les jours, la plupart du temps sans nous en rendre compte. Et puis parfois, des atomes s’entrechoquent et ça fait tilt … c’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière.

Premier acte : je suis en voiture, un bulletin à la radio diffuse l’information selon laquelle l’OMS reconnait que la circoncision peut réduire de 60% les risques d’infection du HIV par voie hétérosexuelle pour les hommes. Bonne nouvelle. Je manque juste le virage quand un des invités du programme radio avance un hésitant … « la circoncision … euh … des hommes ? ». Je blêmis à l’idée que … Si vous êtes encore dans le doute, la lecture du communiqué de l’OMS devrait vous l’enlever : on y précise qu’il faut veiller à respecter « des principes des droits de l’homme, y compris le consentement éclairé, la confidentialité et l’absence de coercition ». ! Il s’agit bien d’interventions sur les organes sexuels des hommes et non des femmes. Pour ces dernières, les interventions ne s’encombrent pas d’autant de précautions ! Cela « s’explique » très bien si on considère que la circoncision des hommes dans ce cas a pour but de limiter un risque mortel, alors que les mutilations génitales des femmes ont pour seul objectif de limiter leur activité sexuelle. D’où le manque de « consentement éclairé » des fillettes …

Deuxième acte : je lis un article de Mona Chollet dans le Monde Diplomatique de ce mois-ci qui nous rappelle que le doux avertissement chrétien « Tu accoucheras dans la douleur » n’est pas, hélas, anachronique. Avec ou sans révolution sexuelle, avec ou sans péridurale, ça doit faire mal … si la technologie permet d’éviter que ça fasse mal dans le corps, la pensée, elle, continue à faire mal dans la tête, là où elle est fermement enracinée ! La sexualité c’est pour que les femmes procréent, perpétuent la race humaine : la récompense ultime qui justifie tant de douleurs sublimes. J’imagine en voix off l’invité de la radio … « les douleurs … euh … des femmes ? ». Oui, surtout. Mais également pour tous celles et ceux qui s’aventurent à revendiquer le plaisir pour les femmes et la sexualité pour autre chose que la procréation. Que ceux et celles-là soient prêt-e-s à subir des souffrances morales et physiques, à endurer de la violence domestique ou étatique, conséquences logiques de leur choix impudent.

Troisième acte : je suis en séance de « formation » et là, ce n’est pas une voix off mais bien celles, multiples, des participants, femmes et hommes, qui scandent les raisons culturelles et institutionnelles de leur résistance à la mise en œuvre de l’approche genre (lire aussi http://www.genreenaction.net/spip.php?article4359 – pas une nouveauté, mais toujours actuel !) : leur crainte de voir le genre devenir un prisme unique d’analyse, de ne pas pouvoir faire le lien entre le genre et les objectifs de leur programme, de voir le genre imposer des valeurs occidentales à des cultures traditionnelles etc. Et MA voix off qui chuchote « … eh … ne fais pas semblant de les croire, tu sais bien que ce n’est pas ça le problème ! »

Quatrième (avant dernier) acte : je mets mon nez dans le document « genre et sexualité » de Bridge (http://www.genreenaction.net/spip.php?article4197)… où on fait le lien entre deux bons amants, le « plaisir sexuel et le développement international », où on évoque le « pouvoir du plaisir », où on inclut le droit au plaisir sexuel, notamment des femmes, comme faisant partie intrinsèque des droits sexuels et humains. On y trouve des projets aussi, comme celui au Mozambique qui promeut le plaisir sexuel au sein du mariage afin de changer l’attitude des hommes envers le sexe extra conjugal. Ou cet autre, en Inde, qui entend développer la communication et la sensualité parmi la communauté homosexuelle masculine dans un cadre de « sexe sûr » pour la prévention du HIV/Sida. Ou encore, en Turquie, cette organisation qui à travers son programme d’éducation aux droits des femmes parle ouvertement des aspects positifs de la sexualité féminine pour ouvrir des brèches permettant aux femmes de conquérir leurs droits sexuels. Et puis, cette ONG au nord du Nigeria, dans un état sous les lois de la Sharia, où les outils de travail ne sont ni des guides sur le genre ni des check lists mais des « jouets sexuels », des ustensiles du plaisir en tout genre, des préservatifs aux formes et couleurs ludiques, etc. : « si les hommes veulent et croient au plaisir sexuel, ils doivent savoir qu’il existe une manière plus romantique d’accéder au plaisir que de battre sa femme. Enseigner le plaisir pourrait être un des moyens les plus efficaces de réduire la violence domestique ». Tous ces projets osent parler du grand tabou : non, pas le sexe mais le plaisir sexuel, le DROIT au plaisir pour les femmes et pour les hommes ! Ce qui frappe en lisant ces exemples, c’est qu’en fait, ce n’est pas si difficile d’en parler … Pourtant, qui ose le faire ?

Cinquième (dernier) acte : C’est l’évidence, le tilt … Oui, il est temps d’aborder ces questions dans les formations, dans les études, dans les approches institutionnelles. Il est temps de remettre au centre de notre questionnement cette négation ancestrale et banalisée du droit des femmes à la sexualité et au plaisir, pierre angulaire, peut-être de toutes les autres négations. Ceci apparaît de plus en plus comme un préalable indispensable, la condition sine qua none pour arrêter de gratter la surface de nos résistances, et, enfin, fouiller dans le magma de nos désirs et de nos craintes, pour mieux comprendre cette misogynie qui nous étouffe et nous prive de tant de droits … et de plaisirs, femmes et hommes confondus. Cet acte n’est pas encore écrit, écrivons-le ensemble !

Claudy Vouhé

PS : Le viol est un acte sexuel violent, de la sexualité sans rapport avec le plaisir, ou alors, si, le plaisir du pouvoir … l’antithèse du pouvoir du plaisir. Je n’en ai pas parlé. Acte manqué sans doute parce que c’est insupportable, en temps de guerre comme en temps de paix. Mais plusieurs nouvelles ressources sur le site sont consacrées à ce thème :
http://www.genreenaction.net/spip.php?article5483, http://www.genreenaction.net/spip.php?article5492, http://www.genreenaction.net/spip.php?article5494.

MOT DE LA COORDINATRICE :
Malgré le coup de main de Claudy pour l’édito, ce bulletin arrive en retard et couvrira donc les deux mois de mars et avril. Trop d’activités ont accaparé mon temps de travail : D’une part, le lancement d’un chantier avec la coopération française pour élaborer enfin une stratégie explicite de la France en terme de "genre et développement", déterminant les engagements fgrançais en la matière. La plateforme "genre et développement" de la France a consacrée une réunion à ce chantier qui s’étalera sans doute sur une bonne partie de cette année 2007. D’autre part, le montage d’un dossier de demande de subvention pour le réseau Genre en Action, tâche bien consommatrice en temps, comme on le sait tous (au sujet des financements, voir http://www.genreenaction.net/spip.php?article5482 et http://www.genreenaction.net/spip.php?article5515). D’après un premier examen en comission, le dossier a été accepté, ce qui devrait se traduire par une subvention de la part du ministère des Affaires étrangères à hauteur de 50.000 € (l’équivalent de 50% du budget 2006) et donc enfin un salaire à mi temps pour la coordination.
Les nouveautés sur le site sont néanmoins nombreuses - bonne lecture et au mois de mai !

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Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)

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