Bulletin novembre 2012 : Les femmes vouées à une économie de la réparation ?

L’économie sociale et solidaire représente 2,3 millions d’emplois en France, soit 10 % des emplois dans des secteurs aussi divers que le commerce équitable, le entreprises d’insertion, le tourisme social, les régies de quartiers, l’agriculture de proximité, la culture, l’éducation, les services de proximité.

Elle regroupe trois grandes familles au statut juridique réparti entre coopératives, mutuelles, fondations et associations. Les femmes occupent 44 % des emplois dans les coopératives et presque 70 % dans les mutuelles, fondations et associations. Elles y sont majoritaires dans les domaines de l’éducation, l’action sociale et la santé. Leur nombre important ne signifie pas forcément une réussite car la plupart de ces emplois prolongent leurs « rôles reproductifs » et se situent dans le champ des soins, du « care », ils sont donc considérés comme naturels et par là-même gratuits ou faiblement rémunérés comme tous les métiers qui sont une extension au champ professionnel des activités domestiques et familiales.

Dans le contexte de crise, le nombre d’emplois classiques a augmenté de 7 % et les emplois créés en économie sociale et solidaire de 23 %. On peut donc constater que, si la crise détruit surtout des emplois masculins en raison des restructurations du système production, elle favorise la création d’emplois dits féminins dans le secteur des services, aux emplois souvent plus précaires, et moins bien rémunérés. Ce qui a fait dire, à peu près en ces termes, à Benoit Hamon, Ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, à Amiens (France), le 29 octobre dernier, qu’il s’agit d’une sorte d’« économie de la réparation » par rapport à « une autre économie qui casse ».

En de nombreux pays d’Afrique ou d’Europe, ce sont souvent les femmes qui identifient les besoins locaux, les leurs bien sûr, mais aussi ceux de la communauté, en raison de la place qu’elles occupent toujours dans la famille et la communauté où leurs responsabilités familiales et éducatives les placent au centre des réalités quotidiennes. Quelles retombées ce rôle traditionnel des femmes va-t-il pouvoir leur offrir ?
Une fois les besoins pointés, elles les transforment en demandes sociales et soit, se font force de propositions pour les faire remonter auprès des élu-e-s locaux, soit elles lancent elles-mêmes des activités pour répondre aux besoins locaux non satisfaits. Elles comblent alors un réel vide de services publics défaillants ou se substituent à des prestations privées financièrement inaccessibles pour beaucoup. On les voit ainsi créer une garderie, un restaurant collectif, un circuit touristique, une association qui cherche à développer le village par des activités éducatives et culturelles. Par leurs initiatives, de nouvelles activités économiques s’inscrivent dans une optique territoriale de développement local, dont elles en sont à la fois actrices et bénéficiaires. Elles redynamisent des zones rurales dévitalisées et pacifient des quartiers urbains sous tension.

Tout cela peut sembler être une vision bien « rose », sans vouloir faire de jeu d’esprit, à propos des femmes ! Cependant, en dépit de la valeur sociale et économique que représente l’ESS (Economie Sociale et Solidaire), les initiatives des femmes demeurent souvent informelles dans les pays du Sud et restent trop souvent à l’échelle de microprojets dans les pays du Nord ! Pourquoi ? Pour de nombreuses et complexes raisons :

  • Les femmes sont prisonnières des mesures d’aide encore trop souvent dans une approche protectrice qui les cantonne à leurs rôles traditionnels, à la recherche de seuls compléments de ressources pour le foyer ;
  • Elles sont victimes des effets pervers du microcrédit empruntant pour rembourser et se trouvent alors prises dans cycle infernal ;
  • Elles deviendraient ainsi, selon l’expression de Francine Mestrum, de « bonnes pauvres », intégrées dans les dédales subtils du marché néolibéral.

Pour permettre la revalorisation et la reconnaissance des emplois des femmes dans l’économie sociale et solidaire, il faut d’abord que cette économie se fasse reconnaitre, se structure, se développe au Nord et au Sud pour ne plus apparaître comme une économie « au rabais ».
Il faut aussi que les femmes s’organisent collectivement comme le font les cuisinières de rue et les transformatrices agro-alimentaires accompagnées par ASMADE au Burkina Faso, structurées en associations cordonnées par un collectif. Leurs pratiques organisationnelles leur ont permis d’augmenter leurs ressources, de défendre leurs droits (emplacements publics de vente), d’être reconnues socialement et de participer aux prises de décisions.

Quant aux métiers et aux emplois des femmes dans l’économie sociale et solidaire dans les pays du Nord, il reste un grand chemin à parcourir pour adapter les mesures d’égalité professionnelle au secteur des métiers considérés comme traditionnellement féminins comme les services aux personnes.
Reste aussi à faciliter la formation et le recrutement de femmes dans des métiers émergents non frappés de stéréotypes sexistes (économie verte, alter natives thermiques, éco tourisme, etc.).

Du 17 au 25 novembre prochain, les associations françaises et européennes animeront de nombreuses actions pendant la Semaine de la solidarité internationale. L’occasion pour Genre en Action de rappeler que l’accès des femmes à l’économique et à l’emploi fait partie des Droits à l’Essentiel et que l’économie sociale et solidaire portée par les femmes a besoin du soutien de tous les acteurs du développement.

Marie-Lise Semblat
Présidente d’Aster-International, membre du CA de Genre en Action

***

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter