Burkina Faso : l’éducation passe par le pouvoir économique des femmes

L’Inter Press Service (IPS) a relayé une initiative du gouvernement burkinabé, visant à promouvoir l’indépendance économique des femmes à travers des activités génératrices de revenus. Le reportage indique également que cette initiative profite aussi aux élèves, notamment aux filles dont plusieurs sont toujours privées d’éducation à cause des traditions et de la pauvreté.

Selon Mariam Alou, membre d’une Association de mères éducatrices (AME) à Sebba, dans le nord du Burkina Faso, la vente de lait et d’autres activités liées à l’élevage de petits ruminants, leur permet d’assurer et de suivre l’éduction des élèves et des filles en particulier.

« Nous achetons souvent des cahiers et des stylos pour des élèves. Cela n’a l’air de rien, mais ça peut être un alibi pour qu’un enfant ne parte plus à l’école. Cela suffit pour qu’une fille soit confiée à un mari », explique-t-elle à IPS.

« Les femmes sont les plus regardantes pour l’éducation des filles car les hommes sont derrière les animaux », affirme Issa Compaoré, directeur régional de l’éducation de base et de l’alphabétisation dans la région du Sahel (nord du pays). « Il y a le maintien qui pose problème avec le mariage forcé ; nous savons que si la femme est alphabétisée, c’est un pas de gagné pour l’éducation des filles », ajoute-t-il à IPS.

Les activités génératrices de revenus ont commencé il y a cinq ans à travers une initiative du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en vue de renforcer l’éducation à l’école primaire, notamment en faveur des filles.

Devant les résultats de la campagne de sensibilisation sur l’éducation des filles, à partir de 2007, l’Etat a décidé de créer une AME par province. Depuis cette date, au moins 45 AME reçoivent l’appui du gouvernement chaque année. Cette année, le gouvernement annonce la création de 150 autres pour atteindre au moins 300 AME.

« Les mères doivent accompagner l’école parce qu’elles savent que les filles ont moins de chance d’aller à l’école, et cela par leur faute ; en général, ce sont les mères qui retiennent les filles à la maison pour les aider dans les activités économiques et les activités domestiques », explique Marie Claire Guigma, directrice de la promotion de l’éducation des filles.

Au Burkina, le taux d’achèvement à l’école reste parmi les plus bas, en particulier chez les filles. Selon le ministère de l’Education de Base et de l’Alphabétisation, ce taux est en moyenne de 41,7 pour cent dont 37 pour cent pour les filles et 45,6 pour cent pour les garçons.

Dans la région du Sahel au Burkina, où le ministère de l’Education de Base concentre ses activités de sensibilisation en raison des chiffres bas de la scolarisation, le taux d’achèvement total est de 21,2 pour cent dont 18 pour cent pour les filles et 24,3 pour cent pour les garçons.

« Les AME étaient limitées dans leur volonté par l’analphabétisme, le manque de moyens », explique Idrissa Diallo, directeur provincial de l’éducation de base et de l’alphabétisation du Yagha, dans la région du Sahel au Burkina.

« Il y a des bénéfices qu’elles réinvestissent dans l’apprentissage des enfants en utilisant cet argent pour acheter des lampes, du pétrole, qui permettent aux élèves les plus démunis d’aller étudier la nuit à l’école », souligne Diallo à IPS. Dans la province du Yagha, le taux d’achèvement total est de 25,1 pour cent dont 22,6 pour cent pour les filles et 27,6 pour cent pour les garçons.

Selon Awa Traoré, directrice régionale de l’éducation de base de la région des Hauts Bassins, dans l’ouest du Burkina, l’appui des AME a amélioré leur niveau au foyer et aidé à promouvoir l’éducation de la jeune fille.

« Nous leur disons qu’il ne suffit pas d’inscrire les filles à l’école et le message est passé. Les filles dans certaines classes sont plus nombreuses que les garçons aujourd’hui. Nous leur disons maintenant de ne pas s’arrêter à l’éducation des filles, mais aussi aux garçons », explique Traoré à IPS.

Ainsi à Foloni et Oumbara, dans la région des Hauts Bassins, on a enregistré cette année 66 pour cent de taux d’inscription pour les filles contre 15 pour cent en 2003, selon Traoré.

« Si la fille est malade et la famille indigente, les mères éducatrices soignent la fille, mais si cela cache des velléités de mariage forcé, elles vont voir le directeur pour signaler discrètement l’affaire et elles mènent beaucoup d’actions discrètes pour empêcher des mariages précoces ou forcés », révèle Guigma.

Ainsi le taux d’admission des filles au Certificat d’études primaires élémentaires est passé de 65,36 pour cent en 2005 à 69,70 pour cent en 2009. Le taux net de scolarisation des filles est de 54,5 pour cent en 2009 contre 61,4 pour cent pour les garçons au Burkina Faso, selon le ministère de l’Education de Base.

Selon Issa Alou, un parent d’élève de Tasmakat, dans la région du Sahel, les hommes qui vont s’opposer aux activités des femmes, sont désormais combattus. « Nous leur disons que non seulement ça aide les filles à aller à l’école, mais aussi que ça peut venir en aide au mari un jour afin qu’il ne donne pas sa fille en mariage précoce pour des problèmes d’argent ».

(FIN/2010)
Brahima Ouédraogo

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Source : IPS

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