Causeries éducatives en famille

Cet article a été rédigé par Jules Akeze, professeur certifié, éducateur aux droits humains, membre de la section camerounaise de l’Association Mondiale pour l’Ecole Instrument de Paix (EIP-Cameroun) et membre d’Equitas. Formé par le système d’Equitas, où la question de genre est une priorité dans l’éducation aux droits humains, Jules Akeze revient sur ses activités liées aux droits humains.

Dans une société où les véritables acteurs de l’éducation que sont la famille, l’école et l’église/la mosquée ne jouent plus véritablement leur rôle en terme de formation complète des futurs adultes que sont les enfants, il est plus que jamais temps de s’attarder sur des activités visant le changement social. L’éducation aux droits Humains (EDH) et aux valeurs occupe une place centrale dans la recherche de l’atteinte du but susmentionné, à travers la transmission d’un certain nombre d’enseignements sur les droits humains (DH), tant aux adultes qu’aux enfants. Or, la connaissance des DH ne peut générer le changement social que si l’EDH influence autant les attitudes et les comportements que les habiletés et les pratiques.

Constat a été fait que la plupart des éducateurs et des éducatrices aux DH sont des expert-e-s dans ce domaine en dehors de leur espace de vie, la famille. Ils/elles mènent beaucoup d’activités pouvant contribuer au changement social sans commencer par leurs propres familles ou sans même jamais rien y organiser pour cette dernière dans ce sens. Cela donne raison à ceux qui disent souvent : près de l’église, loin de Dieu, ou la maison du menuisier est souvent sans meubles, alors qu’il en fait de très beaux pour les maisons des autres, ou encore ce sont les conseillers matrimoniaux qui font les pires mariages. Comment peut-on justifier le fait d’être le mari/la femme, le fils/la fille, le père/la mère, le frère/la sœur, l’ami(e) d’une icône internationale, soit en DH ou en EDH, et qu’on ne bénéficie pas, en terme d’acquisition des connaissances, des diverses activités y relatives ?

Après ma participation à la session sous-régionale de formation aux droits humains (SRFDH) au Sénégal en avril 2011, j’ai décidé d’organiser, pendant mon congé annuel, une série de causeries éducatives au sein de sa grande famille. Effectivement, grande est la famille, car le grand-père paternel, polygame de son vivant, avait 10 épouses. De ces dernières, il a eu une soixantaine d’enfants, qui à leur tour ont réalisé l’exploit de donner à leur père plus de 300 petits-enfants. Ces causeries visaient principalement lesdits petits-enfants. C’est ainsi que j’ai formé des groupuscules, en réunissant les enfants de 2 ou 3 tantes/oncles pour une causerie.

La causerie dans chaque groupuscule consistait en des échanges sur les valeurs humaines, sur la nécessité d’une EDH et sur les questions de genre. Cela constituait une approche préventive, laquelle est plus bénéfique et cause moins de dégâts que l’approche curative. Toutefois, il est à noter que même si les causeries visaient principalement les enfants, la présence des parents a elle aussi été sollicitée, car les parents et les enfants doivent être au fait des mêmes dires, afin d’éviter tout désagrément dû à des contradictions survenues entre ce que l’éducateur dit aux enfants et ce que les parents savent (et qui n’est pas toujours correct). Les enfants doivent pouvoir compter sur les adultes (en particulier leurs parents) pour défendre leurs droits et les aider à développer leur plein potentiel.

A chacune des causeries, après avoir évoqué le caractère inhérent des DH et le fait qu’en tant que groupe spécifique, les enfants, tout comme les femmes, avaient des droits particuliers, j’ai donné toujours trois raisons fondamentales justifiant la nécessité d’une éducation aux droits humains pour tous :
-  Les personnes conscientes de leurs droits ont de meilleures chances de les respecter ;
-  Apprendre à connaître ses droits rend chacun plus respectueux de ceux d’autrui, ce qui conduit à des sociétés plus tolérantes et plus pacifiques ;
-  La connaissance des droits humains, largement répandue dans la collectivité, est la meilleure et la plus sûre défense contre les risques de violations desdits droits.

L’éducation aux droits humains, en plus de l’objectif général de l’éducation qu’est la transmission des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être, met également l’accent sur le savoir vivre ensemble. En parlant des enfants, elle permet de renforcer/cultiver les comportements positifs (ex : le sens des responsabilités) et elle favorise l’estime de soi et la participation active des enfants.

Chaque causerie avait un double avantage :
-  Pour les participantes et participants : favoriser l’intégration des valeurs des DH et des questions de genre dans leurs comportements et attitudes quotidiens ;
-  Pour moi : renforcer mes capacités à promouvoir les valeurs des DH.
En plus des valeurs des DH développées dans la trousse On ne joue pas avec les Droits – Trousse éducative en DH pour les enfants d’EQUITAS (Centre International d’Education aux Droits Humains) telles : collaboration – respect – équité – inclusion – respect de la diversité – responsabilité – acceptation, les participant(e)s et l’animateur tablaient sur d’autres valeurs fondamentales, à savoir : amour – pardon –tolérance – …

Parlant des questions de genre, l’on reviendra de long en large sur l’égalité d’accès aux mêmes avantages, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, et surtout essayer au maximum d’effacer de la tête de tout un chacun et de chacune les préjugés et images stéréotypées qui confinent les femmes parfois à certaines sous-tâches et leur interdisent l’accès à un certain nombre d’avantages ou de privilèges dans la société, tout simplement pour des raisons liées à la différence de sexe.

Précisons que des dinamicas (jeux, sketchs, histoires drôles, chants, etc.) permettaient d’agrémenter les causeries. Ces dinamicas avaient pour buts de briser la glacer (surtout entre les enfants et les parents), de faciliter la conversation et la prise de parole par tout le monde lors des causeries, de détendre l’atmosphère, de fouetter l’énergie du groupe lorsque cela était nécessaire.

Chacune des causeries se terminait par une petite évaluation et quelques recommandations par les participants et les participantes, également par l’animateur lorsque besoin d’ajout de connaissances théoriques se faisait ressentir. L’évaluation portait sur ce qu’ils/elles ont retenu de la causerie et ce qu’ils/elles en pensaient. Les enfants trouvaient intéressant d’avoir appris de nouvelles choses en s’amusant, dans un climat décontracté, malgré la présence parfois de leurs parents. Ces derniers quant à eux ont affirmé, pour la plupart, avoir appris beaucoup de nouvelles choses, et se sont engagés, tout comme les enfants, à revoir leurs habitudes et à essayer d’appliquer leurs acquis de la causerie dans leurs multiples activités et relations. Une question au bout de toute les lèvres, « à quand la causerie suivante ? ».

Des diverses causeries, il en est ressorti que le fait de s’asseoir avec les enfants pour discuter/échanger de ce qu’ils/elles ressentent, de ce qu’ils/elles aiment ou de ce qu’ils/elles n’aiment pas, fait en sorte qu’ils/elles se sentent plus impliqué-e-s et écouté-e-s. Ils/elles développent ainsi leur confiance en eux/elles. Chose notable, les parents disent avoir été impressionnés par tout ce que ces bouts de choux que sont leurs enfants connaissent ou savent sur la vie, ces enfants que tout le monde croit naïfs. Très souvent, les enfants se plaignaient du fait de se voir refouler par leurs parents lorsqu’ils/elles voulaient souvent venir échanger/discuter de certaines choses (considérées comme tabou, ou pas de leur âge) par leurs parents. Mais ces derniers ont été d’accord avec les conseils donnés lors de la causerie, du besoin de canaliser et de contrôler toutes ces connaissances de leurs enfants, afin que celles-ci soient utilisées à bon escient. Ils reconnaîtront aussi, pour certains, avoir souvent eu beaucoup de préjugés par rapport aux enfants en rapport avec leur sexe. Ceci découlant des considérations ancestrales avec lesquelles ils ont grandi. Il ressortira que les recommandations se trouveront souvent mélangées à l’évaluation de la causerie, tant par les parents que par les enfants.

Il est clair que l’éducation aux droits humains est axée sur le savoir, les compétences, les valeurs, les attitudes, les comportements nécessaires aux individus. Nous pensons fortement que de telles causeries devraient être entreprises sur différents thèmes un peu partout au sein de nos familles (il n’est pas besoin forcément de réunir une cinquantaine de personnes pour une causerie, ou d’en organiser une qui permet de faire un tapage médiatique pour nous mettre aux devants de la scène). Car aussi incroyable que cela puisse paraître, il est toujours des endroits où les enfants sont encore considéré-e-s comme des individus sans droits. Ces enfants qui sont si fragiles, si dépendant-e-s et si vulnérables.

***

Jules AKEZE
Professeur certifié d’EPS
Educateur aux Droits Humains
Membre de l’EIP-Cameroun
Membre de la Communauté EQUITAS
Diplômé en Archéologie
julesakeze chez yahoo.fr
DASA/DCOU Université de Maroua
BP 46 Maroua CAMEROUN

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