Certains pensent que les femmes doivent obéir aux hommes... Enquête dans les écoles

Jusqu’où peuvent aller les questionnaires destinés à sonder l’opinion des enfants ? Le contenu d’une enquête officielle, réalisée par la direction de l’évaluation et de la prospective du ministère de l’éducation nationale, a surpris bon nombre de directeurs d’écoles primaires, qui s’en sont émus auprès du Syndicat des enseignants (SE-UNSA).

LE MONDE | 08.06.05 | 14h15

Le questionnaire, envoyé dans 500 écoles primaires, doit permettre d’évaluer les "attitudes" des élèves de CM2 "à l’égard de la vie en société" . Il doit notamment donner à l’éducation nationale des indications sur les "niveaux de tolérance" des élèves sur des sujets sensibles (respect de la loi, racisme, sexisme, etc.).

La démarche est habituelle pour les statisticiens de l’éducation nationale. Mais la nature de l’enquête, commencée le 31 mai et qui doit se terminer le 11 juin, l’est moins, surtout lorsque les personnes interrogées (environ 15 000) sont des enfants de 10 ans. Ils doivent répondre à 89 questions, dont quelques-unes ont révolté les enseignants.

"POLITIQUEMENT CORRECT"

Les élèves doivent donner leur avis ­ "normal" , "pas très normal mais pas grave" ou "inacceptable" ­ sur des affirmations. Le SE-UNSA en a sorti un florilège, une quinzaine de phrases "problématiques" : "Certains disent qu’il faudrait aider les pauvres de France plutôt qu’aider ceux du bout du monde" ; "Il y a des personnes qui pensent que les hommes sont plus ou moins intelligents selon la race à laquelle ils appartiennent" ; "Certains pensent que les femmes doivent obéir aux hommes" ; "Certains disent qu’il n’y a que les Blancs qui peuvent être français" ; "Quand ils ne sont pas contents de leur salaire, il arrive que les travailleurs se mettent en grève ! " ; "Il arrive que certains se marient avec quelqu’un qui n’a pas la même couleur de peau ou la même religion" , etc.

Pour aider les enfants à répondre, le ministère a pris soin de publier un court texte de présentation à destination des élèves : "Il n’y a pas de "bonnes" ou de "mauvaises réponses" (...). La meilleure réponse est celle qui correspond à ce que tu penses vraiment." Le ministère précise que l’enquête est anonyme et n’a pas vocation à être publiée, comme le serait un sondage d’opinion : les données collectées doivent uniquement servir l’analyse des statisticiens.

Pour expliquer sa démarche, l’éducation nationale rappelle qu’une enquête similaire a déjà été conduite en 1994. Le nouveau questionnaire doit donc permettre une comparaison dans le temps des réponses des enfants.

La Rue de Grenelle met en avant le refus de se plier au "politiquement correct" : "Si l’on pose des questions très générales aux élèves, par exemple sur le respect de la loi, on obtient des réponses très classiques. Quand on leur pose des questions plus précises, les réponses sont moins politiquement correctes" , indique un des responsables de la direction de l’évaluation et de la prospective. Au ministère, on reconnaît toutefois qu’à 10 ans les enfants tendent d’abord à répéter les opinions des adultes qui les entourent.

Luc Bronner
Article paru dans l’édition du 09.06.05

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