Christianisme et misogynie : le procès est-il perdu d’avance ?

Cet article a été rédigé par Pauline Isabelle Ngo Nyouma épouse Hieh. Elle est membre du Réseau Genre en Action.

Au nom de la liberté d’expression, je voudrais m’attaquer à un sujet qui est devenu tabou, sous le prétexte facile de la laïcité. Mon analyse se veut différente et libre de tous préjugés. Elle s’inscrit en faux contre le diktat de certains penseurs, qui tendent paradoxalement à imposer un discours unique sur le débat sensible du statut de la femme dans le christianisme.

J’appelle à la barre, le christianisme. Face à lui tous ses détracteurs, qui l’accusent de misogynie, entendue comme le mépris, voire la haine à l’égard des femmes. L’accusé aura-t-il seulement les arguments valables pour prouver qu’il n’est pas coupable des oppressions et des discriminations faites aux femmes, alors que l’histoire nous dit qu’il a envoyé des milliers de « sorcières » au bûcher du temps de l’Inquisition, encouragé le confinement de la femme au foyer et légitimé l’idée d’une supériorité naturelle de l’homme sur la femme ?

Tenace, je me plais à jouer le rôle de l’avocate de la défense et ma mission n’est pas facile, loin de là, mais je ne saurais m’avouer vaincue. M’appuyer sur la religion chrétienne en tant qu’institution dont la structuration et le fonctionnement sont davantage basés sur des traditions et préceptes humains que sur des doctrines bibliques, ne me sera pas d’un grand secours. Je préfère plutôt me référer à la personne et aux œuvres de Jésus-Christ, en tant que pierre angulaire de la foi chrétienne, pour lever les clichés et préjugés au sujet de la prétendue misogynie du christianisme.

En effet, pour défendre efficacement la foi chrétienne, quoi de plus indiqué que la Bible, le Livre sacré des chrétiens, dont certains passages sont malheureusement convoqués partiellement et hors contexte pour justifier l’injustifiable. Qui a dit que chacun a le loisir d’interpréter la Bible à sa guise ? N’est-ce pas l’observateur ignorant de la chose chrétienne ou le lecteur occasionnel de la Bible, qui ne prend pas la peine, comme le firent les chrétiens de Bérée, d’examiner chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu’on leur enseignait était vrai (Actes 17 :11).

Pour moi, il convient tout d’abord de déconstruire certains postulats de la prétendue misogynie du christianisme, avant d’examiner quelques morceaux choisis de la Bible, assez illustratifs du statut honorable que le Christ accorde aux femmes. Je ne citerais pas l’exemple bien connu de Marie, Sa mère, mais je voudrais mettre sur le devant de la scène, des cas moins connus, mais ô combien riche d’enseignements !
I) Déconstruction des postulats de la prétendue misogynie du christianisme

• Que dire de la malédiction d’Eve ?
Ah la fameuse histoire du péché originel, objet de tant de polémiques, prétexte tout trouvé de la diabolisation de la femme, qu’on assimile à la complique de Satan. Cette histoire du péché originel tant haïe des féministes, etc. Pour ceux et celles qui ne s’y retrouvent pas, bien vouloir lire Genèse 3. Que cela nous choque ou non, selon la Bible, le péché originel est parti de la femme, quoique l’homme n’ait nullement été contraint de manger du fruit de l’arbre de la vie et de la mort que sa femme Eve lui proposait. Il va sans dire que les deux se sont rendus coupables et ont fait montre de leur faiblesse, car Eve n’a pas su résister au Serpent et Adam quant à lui n’a pas su dire non à Eve.
Comment Dieu a-t-il réagi face à tout cela ? Ce que beaucoup ne disent pas ou ne savent pas, c’est qu’Il n’a pas uniquement châtié la femme, mais tous les trois coupables, à savoir le Serpent (le diable), la femme et l’homme (pour plus de détails, lire Genèse 3). L’histoire ne s’arrête pas là, puisque l’espoir de la réhabilitation s’annonce autant pour l’homme que pour la femme, mais pas pour le Serpent.
Alors, pourquoi cette stigmatisation de la femme, sinon, une incompréhension ou une mauvaise interprétation de la Bible ?
• De la soumission des femmes à leurs maris
Dieu est un Dieu d’ordre et surtout un Dieu souverain qui est libre d’organiser le monde qu’Il a fait à sa guise. C’est d’ailleurs curieux que les humains reconnaissent et défendent la souveraineté des Etats et méprisent celle de Dieu.
« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l’Église, lui le Sauveur de son corps. Mais, comme l’Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris » (Ephésiens 5 :22-24). J’entends les hommes applaudir. Ah, ils sont contents ! Et les voilà qui revendiquent haut et fort leur autorité sur leurs épouses. Après tout, la Bible leur en donne le droit.
Ne comptez pas sur moi pour contester ce commandement divin. Dieu ordonne effectivement à la femme d’être soumise à son mari, ayant souverainement décidé que le mari est le chef de la femme.
Ce que plusieurs omettent par contre de souligner, c’est que dans la pensée de Dieu, le mariage entre un homme et une femme est l’image de l’union entre Christ et Son Eglise. Dans cette union, Christ est tout naturellement et sans contestation aucune, le Chef et l’Eglise, qui porte le doux nom d’« épouse du Christ », lui doit soumission. Tel est le modèle que Dieu a tout simplement voulu instaurer dans le mariage.
Ce que plusieurs ne mentionnent jamais est l’énorme responsabilité du mari, qui tel le Christ, a la lourde charge d’aimer sa femme. La Bible parle d’un amour bien au-delà du charnel et du sensuel : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle ; Il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole ; Il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; Il a voulu Son Église sainte et irréprochable. C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps » (Ephésiens 5,25-28).

Que chacun considère lequel de ces commandements est le plus contraignant : se soumettre ou aimer ? Est-ce facile de se soumettre à un mari exigeant, colérique, susceptible, ivrogne, violent ou infidèle ? N’est-ce pas un miracle quotidien de pouvoir aimer une femme acariâtre, méchante, infidèle, menteuse, brutale, orgueilleuse, égoïste ?
Qui a les arguments pertinents pour démontrer que Dieu a favorisé la femme au détriment de l’homme ?

II) Le statut honorable que Jésus-Christ accorde aux femmes
• Jésus face à la femme adultère (lire Jean 8 : 3-11)
Beaucoup de personnes, même parmi les non-chrétiens connaissent bien ce passage, qui contient la célèbre réplique du Christ face à ceux qui s’apprêtaient à lapider une femme prise en flagrant délit d’adultère : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! ».
Qu’à cela ne tienne, ce qui m’intéresse ici est la manière dont Jésus a pris la défense de cette femme et l’a sauvée d’une mort certaine. Pour information, selon la loi de l’ancien Testament, l’adultère était considéré comme un crime passible de mort. Voir Deutéronome 22 :22 « Si un homme a été trouvé couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux, l’homme qui a couché avec la femme, et la femme ; et tu ôteras le mal [du milieu] d’Israël ».

Bien que cette loi nous paraisse dure dans notre monde contemporain aux mœurs libérées, notez que Dieu ne fait pas de discrimination à l’encontre de la femme, quant à la punition réservée aux coupables d’adultère. D’où ma surprise de constater que les hommes qui ont amené la femme adultère chez Jésus ont épargné, au mépris de leur propre Loi, l’homme avec qui elle avait commis l’adultère.

Eu égard à tout ce qui précède, dans une société fortement patriarcale comme la société juive de l’époque, comment ne pas relever l’égale miséricorde dont faisait montre le Christ, tant à l’égard des hommes que des femmes.

• Jésus, proche des femmes
Jésus était incontestablement proche des femmes. La Bible nous parle de son amitié particulière avec Marthe, Marie et leur frère Lazare. Je pense sincèrement que Jésus avait accepté de ressusciter Lazare, en grande partie, en raison de Son attachement aux sœurs de ce dernier (Jean 11).
La Bible raconte aussi des exemples de guérisons christiques en faveur de la femme souffrant d’une perte de sang depuis 12 ans, de la femme courbée par un esprit d’infirmité. Il a également rendu à la veuve de Nain, son fils unique et offert son salut à la femme samaritaine.
Jésus faisait confiance aux femmes, qui pourvoyait à son entretien avec leurs biens (Matt 27 : 55-56), bien qu’elles ne fissent pas partie des 12 disciples. Et les femmes le lui rendaient bien. Le Livre de Jean 20, précise que Marie Madeleine avait été la première à se rendre à l’aube à la tombe de Jésus.
En conclusion, les déviances, les errements et les abus séculaires reconnus au christianisme, concernant le statut accordé aux femmes et bien d’autres sujets, sont imputés à tort à Dieu. Seuls les humains doivent en être rendus responsables, pour des motivations d’intérêts égoïstes, de pouvoir, parfois même dans l’ignorance ou l’aveuglement.
Je voudrais toutefois dénoncer l’attitude condamnable d’un certain Clergé, qui a volontairement falsifié ou édulcoré les doctrines bibliques. Nous avons tous en mémoire l’instrumentalisation honteuse de l’« évangélisation » par les colonisateurs en Afrique et en Amérique latine, et qui a conduit plusieurs à rejeter la Bible.
Permettez-moi de conseiller à tous ceux qui ont été déçu (e)s par les pages sombres du christianisme, d’essayer de se forger leur propre opinion fondée sur l’analyse rigoureuse de la Bible et non sur les agissements erronés ou les interprétations fantaisistes des hommes et femmes.

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Cet article a été rédigé par Pauline Isabelle Ngo Nyouma épouse Hieh. Elle est membre du Réseau Genre en Action.

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