Citoyen-ne-s et solidaires, réinventons le monde !

Dans la foulée du Sommet Rio+20, l’université d’été de la solidarité internationale du CRID, réseau d’ONG altermondialistes et de développement, a eu lieu du 4 au 7 juillet. Marie-Dominique de Suremain, coordinatrice d’un consortium de 7 ONG sur genre et économie en Afrique de l’Ouest et animatrice de « l’axe transversal genre » du réseau international Enda Tiers Monde, nous raconte ce rassemblement de près de 1000 militant-e-s et professionnel-le-s de la solidarité internationale et du développement.

Cet article a été publié par Égalité, le 16 juillet 2012

Près de 1000 militant-e-s et professionnel-le-s de la solidarité internationale et du développement, se sont réuni-e-s du 4 au 7 juillet à Lyon, durant l’Université d’été de la solidarité internationale du CRID, le réseau des ONG altermondialistes et de développement, dans la foulée du Sommet des peuples de Rio + 20.

Titre inclusif (Citoyen-ne-s et solidaires, réinventons le monde !), écriture « genrée », plénière plus que paritaire, accueil par la directrice et le président du CRID, accompagnés de l’élue aux relations internationales du conseil régional Rhône-Alpes, pas besoin, à première vue, de La Barbe pour venir chatouiller des mâles dominants.

Les indigné-e-s de Grèce, de France, des Etats-Unis, du Mali, du Brésil représenté-e-s par des femmes, ceux et celles de Palestine, de Tunisie et du Sénégal par des hommes, le compte y est. L’équilibre a été soigneusement étudié. Plusieurs hommes intervenants ont insisté sur les enjeux de la participation et des droits des femmes dans leurs combats, qu’il s’agisse de défendre la laïcité en Tunisie et au Mali, ou d’inclure davantage les jeunes filles dans les chantiers à venir du mouvement des « y’en a marre », ces étudiant-e-s restés indépendant-e-s des partis et qui ont largement contribué à mettre fin au règne long et corrompu de l’ancien président du Sénégal.

Les professionnel-le-s de la solidarité internationale (coopération, développement, humanitaire ou urgence) se recrutent aujourd’hui principalement parmi les jeunes femmes diplômées qui côtoyaient dans les modules, ateliers, et allées du village associatif, les militant-e-s aguerri-e-s des forums alternatifs. Leurs préoccupations et leurs formes d’expression nouvelles apportent un air frais aux questions d’inégalités de développement qui se posent depuis des décennies.

Parmi les modules proposés, l’un a été organisé par un collectif d’associations féministes (*) ou engagées dans une approche de genre, qui ont donné la parole principalement à des jeunes professionnel-le-s et militant-e-s pour débattre autour des enjeux de la situation des filles et des jeunes femmes dans les pays du Sud.

Dans le monde, sur les 130 millions de jeunes qui ne vont pas à l’école, 70% sont des filles et 39 millions d’entre elles n’ont pas accès à l’école primaire. Le destin des femmes de demain se décide très tôt, dès l’enfance ou l’adolescence. Une fille sur sept est mariée avant 15 ans dans les pays en développement et 38% avant 18 ans. Entre 15 et 19 ans, elles sont 14 millions annuellement à donner naissance, tandis que les complications médicales engendrées par les grossesses constituent la première cause de mortalité des femmes de cette tranche d’âge. En Afrique sub-saharienne, les nouvelles infections par le VIH touchent 8 filles pour un garçon selon Onusida et près de 50% des victimes d’agressions sexuelles sont des mineures de moins de 15 ans. Ces agressions se produisent principalement dans des lieux où elles devraient être particulièrement protégées, dans la famille et à l’école.

Briser ce cercle vicieux sera possible par un plaidoyer actif pour la scolarisation des filles, et leur maintien à l’école le plus longtemps possible, mais aussi par des actions sur le terrain :

– des programmes d’éducation aux droits sexuels et reproductifs, d’abord en direction des femmes, mais aussi de plus en plus des hommes, et des jeunes, garçons et filles ;

– des programmes de promotion de l’abandon volontaire de l’excision lors de campagnes visant le changement des normes sociales, afin qu’il ne soit plus socialement valorisant de le faire et qu’une jeune fille puisse devenir une « vraie femme » par d’autres rites de passage ;

– des projets visant non seulement le renforcement de l’offre sanitaire, mais aussi et surtout la promotion de la demande de soins et le changement culturel vis-à-vis de la sexualité, des relations hommes-femmes, pour mieux lutter contre le sida.

Les participant-e-s ont également fait connaitre par de nombreux exemples le dynamisme des organisations de femmes du Sud sur les différents continents, et leur rôle économique de plus en plus important, dans des sociétés en transformation rapide. Des jeunes couples formés en agroécologie et transformation agroalimentaire au Sénégal, ont discuté leurs « budgets-temps » et convenu que le père pourrait garder les enfants quand la mère s’absente pour faire fonctionner la décortiqueuse de la coopérative.

Au Bénin, des jeunes filles anciennement « placées » dans des familles ont été formées à des métiers nouveaux de médiation sociale, grâce à un travail leur permettant de reconstruire leur estime de soi et d’élaborer un projet de vie.

Un collectif de Lyon a fait connaitre le rôle moteur des blogueuses et étudiantes militantes dans les révolutions arabes. Une association inter-culturelle a présenté un jeu sur les stéréotypes qui nous font juger nos semblables selon les apparences.

Les discussions ont porté sur la déconstruction des catégories d’âge, de genre, ethniques ou de sexe, avec lesquelles nous sommes habituées à analyser la réalité et qui souvent nous enferment autant qu’elles nous informent. Mais pouvons-nous comprendre le monde sans catégories ?

Aboutissement d’un plaidoyer la première Journée internationale des filles (qui aura lieu le 11 octobre prochain), remise en cause de « l’obésité » des pays du nord, face à la faim de ceux du Sud, promotion du partage et de l’écoute, amélioration de la qualité de la vie, et pas seulement des revenus, décroissance des investissements inutiles, liberté de circulation des personnes et pas seulement des capitaux, redéfinition du « bien vivre » et même de la richesse, augmentation des libertés, les débats se croisent.

La construction de sociétés en transition sociale et écologique n’est pas une question d’experts, et elle ne se fera pas sans les femmes.

Marie-Dominique de Suremain

(*) Enda Europe, Coordination Sud, le CRID, le Planning familial, Équilibres & Populations, Aster International, Genre en action, Collectif femmes en révolutions, Teje et Plan France. Compte-rendu détaillé prochainement disponible sur le site www.universite-si.org et www.enda-europe.org.

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter