Colloque "genre et gouvernance" (Ile Maurice, nov. 2009) : Conclusions et pistes d’actions

Colloque "Genre et gouvernance" organisé par le réseau Genre en Action, Ile Maurice, Novembre 2009

Conclusions et pistes d’actions

"A chaud, à la fin du colloque, les participant-es ont formulé les points de convergence qui étaient ressortis en filigrane de ces deux journées de communications et débats. Cette tentative de rassembler les points saillants dans un document synthétique, enrichi par des commentaires faits lors de la dernière matinée du colloque, permet de garder trace de la richesse de ce colloque et complète tous les autres « produits » qui en ressortent (voir le sommaire de l’ensemble).

Les trois axes de la gouvernance évoqués lors de ce colloque (participation, décentralisation et éducation) ne peuvent pas être traités indépendamment.

Questions de vocabulaire : de quel pouvoir parlons-nous ? De quelle politique parlons-nous ? De quelle gouvernance parlons-nous : des systèmes patriarcaux dominés par les hommes à tous les niveaux ou de ceux pratiqués au quotidien et au niveau personnel par les citoyens et en particulier les femmes ?

1. Le patriarcat représente un système où s’ancrent les inégalités fondamentales, la hiérarchie des pouvoirs et les rapports de domination. Les inégalités des hommes et des femmes dans la gouvernance sont induites par ce système. Aussi, interroger le concept de patriarcat est un pré-requis de l’intégration du genre dans les processus de gouvernance ;

2. Les concepts de genre et de gouvernance existent séparément. Les articuler demande à en façonner de nouveaux concepts qui permettent de repenser la participation politique, la prise de décision et leur impact pour aboutir à des réflexions et actions systémiques sur le lien entre la gouvernance et la vie des femmes et des hommes ;

3. Les violences, dont les violences sexuelles, représentent une expression non seulement des rapports de force entre hommes et femmes mais aussi entre citoyen et pouvoir public - reconceptualiser la gouvernance impose de prendre en compte ces rapports de violence ;

4. La remise en cause des préjugés conformistes et essentialistes qui consisteraient par ex. à formuler que « les femmes sont naturellement porteuses de bonne gouvernance » est cruciale pour éviter une instrumentalisation de la revendication d’une participation politique des femmes ;

5. La gouvernance ne se joue pas uniquement dans les institutions formelles de gouvernance (ex. gouvernements) mais aussi dans des espaces publics citoyens qui restent à analyser et à construire. La sphère privée est aussi un espace de gouvernance à investir et à politiser ;

6. A travers la redéfinition de la gouvernance, il est possible de redéfinir aussi le concept de citoyenneté. L’acte citoyen et politique détermine une identité citoyenne, renouvelle le concept de citoyenneté et donc de gouvernance. A l’inverse, l’exercice de la gouvernance par les femmes et les hommes est décisif pour agir et représente un indicateur de la citoyenneté ;

7. L’invisibilité du caractère politique de l’espace privé occulte les impacts des actions publiques sur la vie quotidienne des femmes et des hommes. Il est donc essentiel de repolitiser le débat sur les budgets-temps, la charge du travail de reproduction des femmes, la répartition des responsabilités, les rapports de genre dans la division du travail et de leurs impacts sur l’espace public ;

8. Le niveau local (décentralisation) représente une porte d’entrée importante pour les femmes dans l’exercice de la gouvernance. Cependant, cette opportunité n’est ni automatique ni une fin en soi.

9. La coopération décentralisée peut créer des opportunités, peu exploitées pour l’instant, en créant des alliances stratégiques entre les acteurs luttant pour les droits et l’égalité des femmes dans les collectivités territoriales impliquées.

10. Les questions de participation égalitaire de genre ne s’inscrivent pas suffisamment dans des cadres législatifs (y inclus le niveau constitutionnel) et des initiatives doivent être renforcées pour faire évoluer ce niveau des droits formels, tout en, poursuivant les efforts pour s’assurer que ces dispositifs soient réellement appliqués.

11. L’engagement politique et l’existence des cadres législatifs ne suffisent pas. Pour passer du discours à la pratique, il est nécessaire d’avoir une stratégie permanente et sensible au genre qui interroge les systèmes d’institutionnalisation, les mécanismes de mise en œuvre … à la lumière de leurs réalisations ;

12. Les analyses historiques démontrent une friabilité des acquis en termes de participation des femmes à la gouvernance. Ceci appelle à une veille permanente (ex. observatoire) ;

13. Si l’éducation formelle est un droit et un facteur nécessaire pour la participation des filles et des femmes à la gouvernance, elle n’est pas suffisante. Les politiques publiques d’éducation privilégient le quantitatif au détriment du qualitatif. Aux niveaux national et local, il est impératif d’augmenter la part des dépenses publiques dédiées à l’éducation tout en infléchissant les modèles et formes éducatifs dans une perspective citoyenne (non-discriminatoire, égalitaire, …). Cela induit aussi d’exiger des formes d’éducation citoyenne afin de renforcer les capacités des femmes à s’engager dans les systèmes de gouvernance et la volonté des hommes pour les y soutenir.

14. La gouvernance demande en tant que système à être adressée selon différents axes tant économiques que sociaux et politiques, qui ne peuvent être disjoints. L’autonomisation financière des femmes représente une condition et un facteur d’impact en matière de participation politique, mais n’est pas suffisant ni décisif.

15. Les enjeux de la participation et du leadership des femmes amènent à questionner la place des élites féminines dans l’échelle des pouvoirs. Ces élites sont nécessaires à l’appropriation des modes de gouvernance mais ne représentent pas nécessairement un modèle pour les femmes de classes non privilégiées (d’un point de vue socio-économique, caste, religion, ethnie, etc.) qui peuvent également apporter leur perception et analyse des rapports de pouvoir. Cela passe également par la concertation des populations et des organisations de base, sous la forme d’une décentralisation vers des espaces ouverts « hors système » ou dans les espaces existants, ceux qui sont au plus bas de l’échelle ;

16. Les savoirs « communs » des femmes qui assurent la reproduction quotidienne représentent des modèles à conceptualiser afin d’inverser le paradigme de développement qui consiste à assister des femmes « victimes » alors qu’elles sont porteuses de solutions et de pratiques à valoriser au plus haut niveau ;

17. L’activité au sein des partis politiques ne suffit pas voire entrave la mobilisation et la solidarité des femmes autour d’enjeux communs. D’où la nécessité de trouver des synergies et de s’appuyer sur le réseautage (nord/sud/sud) dans une optique de changement global et durable.

Globalement …

18. Les bonnes pratiques en matière de genre et gouvernance appellent une stratégie de communication, de visibilité, de traduction en différentes langues, et de capitalisation concertée et conjointe, notamment via les TIC.

19. Les indicateurs demandent à être créés, tout comme les systèmes pour les déterminer, les mesurer et les utiliser à des fins de veille et plaidoyer.

Le chantier est ouvert … il faudrait :

• Définir des axes prioritaires, en fonction de chaque contexte, et faire des alliances stratégiques au niveau local, national, régionale et international.

• Travailler pour et avec des observatoires indépendants qui remplissent une fonction de veille cruciale

• Elaborer des stratégies pour confronter les problèmes du fossé genre grandissant dans le contexte de mondialisation, Nord/Sud, mais en tenant compte aussi des clivages urbain/rural, riches/pauvres, etc.

• Recueillir les bonnes pratiques et innover en matière d’articulation et réconciliation des temps de travail (privé/public)

• Investir aussi le domaine macro économique et de programmation et suivi budgétaires – à partir du Plan d’Action Accra sur les nouvelles modalités d’aide publique au développement (Déclaration de Paris) – et la question du genre dans la réforme de l’aide publique au développement et dans les politiques sectorielles

• Politiser la budgétisation sensible au genre pour éviter qu’elle soit trop « femmes/IFD » pas axée sur le pouvoir

• Revenir sur l’importance des instruments légaux et conventionnels qui représentent des engagements pris par nos Etats (CEDEF, Maputo, résolution 1325 …) et les utiliser comme leviers pour le plaidoyer

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