Comment la situation des femmes a-t-elle évolué en 2006 ?

Un bilan des événements relatifs aux droits des femmes en 2006

Les droits et le statut des femmes ont connu l’année dernière une évolution en dents de scie dans le monde entier. Un petit bilan de Kathambi Kinoti.

Par Kathambi Kinoti

Les droits et le statut des femmes ont connu l’année dernière une évolution en dents de scie dans le monde entier. Au Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à être élue au poste de chef d’état sur le continent africain. Mme Johnson-Sirleaf, qui dit qu’elle est une femme technocrate, accorde une attention spéciale aux besoins des femmes, des enfants et de la société. Jusqu’à présent, la principale réalisation de son gouvernement a été, selon elle, de remettre de l’ordre dans les finances du pays.[1]

La sociale-démocrate Michelle Bachelet est elle aussi entrée dans l’histoire du Chili en gagnant l’élection présidentielle. En France, la possibilité de voir une femme prendre les rênes du pays n’est plus si lointaine après que Ségolène Royal ait été choisie comme candidate de son parti pour l’élection présidentielle.

Plusieurs autres femmes ont accédé au poste de chef de gouvernement de leurs pays. Pour la première fois de leur histoire, la Jamaïque et la Corée du sud ont aujourd’hui des femmes premiers ministres, respectivement en les personnes de Portia Simpson Miller et Han Myeong Sook.

Au Swaziland, tristement célèbre par la danse annuelle des roseaux, Constance Simelane a été nommée vice-premier ministre, poste jusqu’alors réservé aux hommes. L’année dernière, la constitution du Swaziland a été amendée de façon à garantir l’égalité des droits entre hommes et femmes.
La capitale commerciale du pays, Manzini, a été le théâtre de manifestations dénonçant des violences commises par des femmes à l’égard des hommes. Ces cas sont toutefois rares et, selon les analystes, les hommes du Swaziland sont moins préoccupés par des actes isolés de violence commis par des femmes contre des hommes que par l’évolution du rôle des femmes dans la société.[2]

Au Koweït et dans les Émirats Arabes Unis, les femmes ont pu, pour la première fois, voter et se présenter à des élections. Une femme a réussi à obtenir un siège lors du scrutin des Émirats Arabes Unis. Au Koweït, aucune femme n’a été élue lors du scrutin de juin, mais les femmes ont recueilli un nombre important de suffrages. Tous les candidats, tant les hommes que les femmes, se sont vus dans l’obligation d’aborder les problèmes des femmes dans leurs campagnes. Ces élections ont également servi d’expérience aux femmes novices qui présentaient souvent leur candidature face à des opposants politiques expérimentés.[3]

Plusieurs changements de nature judiciaire et législative se sont produits l’année dernière dans le monde entier. Au Népal, la Cour suprême a révoqué une loi qui permettait aux hommes de divorcer lorsque leurs épouses étaient infertiles. La même cour a interdit le système dit « kamlari » par lequel les parents de familles pauvres vendaient leurs filles à d’autres familles pour lesquelles elles travaillaient comme domestiques. L’Inde, la Georgie et le Zimbabwe ont promulgué des lois contre la violence familiale. Le Parlement du Kenya a adopté une loi progressiste condamnant les délits sexuels et le parlement du Togo a promulgué une loi exhaustive contre le harcèlement sexuel.

Au Pakistan, les ordonnances Hudood, basées sur la Charia, ont été au centre des débats en 2006. Le pays possède deux systèmes juridiques parallèles, l’un basé sur la Charia et l’autre hérité de l’ancienne puissance coloniale, l’Angleterre. Le Président Pervez Musharraf a voulu apporter des amendements aux lois relatives au viol afin d’éliminer le poids des lois Hudood qui prévoient notamment qu’une femme dénonçant un viol doit présenter quatre témoins de sexe masculin qui corroborent son accusation, sous peine d’être poursuivie pour adultère. Les exigences pour faire la preuve du viol sont moins rigoureuses dans l’autre système juridique pakistanais. Cependant, en raison de l’opposition de forces conservatrices, les réformes proposées n’ont pas abouti et le viol reste un délit punissable en vertu des lois Hudood. Le Président Musharraf toutefois ordonné la libération sans caution de plusieurs femmes détenues dans des prisons pakistanaises et accusées d’avoir violé les ordonnances Hudood.

D’importants changements se sont également produits dans le domaine des droits sexuels et reproductifs des femmes. Le tribunal suprême de la Colombie a autorisé l’avortement dans les cas où la grossesse met en danger la vie ou la santé de la mère, en cas de viol et lorsque le fœtus présente des malformations incompatibles avec la vie en dehors de l’utérus. En revanche, au Nicaragua, le parlement s’est prononcé majoritairement contre tous les types d’avortement quelles que soient les circonstances dans lesquelles la conception a eu lieu. Aux États-Unis, plusieurs tentatives ont été faites sur le plan législatif pour torpiller l’arrêt historique rendu dans le cas Roe v. Wade, autorisant les femmes à décider d’interrompre la grossesse. Les autorités de l’état du Dakota du sud s’étaient prononcées en faveur de l’interdiction de tout type d’avortements, à l’exception de ceux pratiqués pour sauver la vie de la femme enceinte. Cependant, cette décision a été rejetée par les électeurs de l’état en question qui ont préféré d’interdire tous les avortements.

Dans le domaine de la santé des femmes, l’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré la santé des femmes une priorité de l’organisation. Les ministres africains de la santé se sont également engagés à mettre la santé des femmes au centre de leurs préoccupations, engagement qui ne sera tangible que dans la mise en œuvre de politiques promouvant la santé des femmes. Après avoir vu un documentaire sur les fistules obstétriques, le président du Sénégal, Abdoulaye Wade a promis que son gouvernement allait traiter gratuitement les femmes souffrant de fistules obstétriques. Les mutilations génitales féminines et les accouchements précoces favorisés par les mariages précoces sont les principales causes des fistules obstétriques. Le président Wade a également annoncé qu’il allait élaborer une loi constitutionnelle interdisant les mariages forcés et précoces.

Les situations de conflit dans plusieurs parties du monde ont exacerbé les violations des droits des femmes. En Irak, la situation des droits des femmes s’est détériorée. Une étude a démontré que la situation des femmes était meilleure sous le règne de Saddam Hussein que sous le régime actuel. Les femmes iraquiennes affirment que leurs droits étaient plus respectés à l’époque de Saddam que maintenant, notamment en matière d’éducation, de travail, de mariage et de divorce. Dans la nouvelle constitution, ces droits ont été restreints.[4] Au Darfour, on observe une escalade de la violence sexuelle et d’autres violences à l’égard des femmes. Cependant, la communauté internationale rechigne encore à intervenir de façon adéquate. Le conflit au Darfour s’est traduit, en 2006, par une persistance et une recrudescence des violations des droits des femmes.

Au sein des Nations Unies, l’idée d’une institution à part entière consacrée aux questions des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes commence à faire son chemin. L’envoyé spécial des Nations Unies, le très respecté Stephen Lewis, a cautionné la création d’une institution séparée, plus puissante et dotée des ressources adéquates qui fusionnerait et étendrait les domaines d’intervention de la Division des Nations Unies pour la promotion de la femme (DAW), du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et des éléments d’autres institutions des Nations Unies concernées par les droits des femmes. L’ancien Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, a déclaré que le moment était venu de voir une femme à la tête de l’organisation internationale.

Les femmes ont perdu une championne très appréciée des droits des femmes en Afghanistan : Safi Amijan a été assassinée alors qu’elle sortait de chez elle pour aller travailler au bureau provincial des questions féminines qu’elle dirigeait. Tout semble indiquer qu’elle a été victime de militants talibans qui s’opposent à la participation des femmes à la politique et à l’éducation.

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Notes :
1. Entrevue avec Ellen Johnson-Sirleaf. IRIN News. 29 juin 2006.
http://www.irinnews.org/report.asp?ReportID=54313&SelectRegion=West_Africa
2. ’Uproar as gender pendulum springs.’ [Vacarme quand la pendule du genre a sonné] IRIN News. 15 juin 2006.
http://www.irinnews.org/report.asp?ReportID=53965
3. ’No Women chosen in Kuwaiti vote.’ [Aucune femme n’a été élue lors du scrutin koweitien] Washington Post. 30 juin 2006.
http://www.washingtonpost.com/wp-
dyn/content/article/2006/06/29/AR2006062901990.html

4. ’Saddam better for women.’ [Saddam est mieux pour les femmes] 29 Mars 2006. IRIN news http://ipsnews.net/news.asp?idnews=32693

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Source : AWID Carrefour Vol.6 N°6

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