Conférence pour le 20ème anniversaire de WIDE

A l’occasion de ses 20 ans d’existence le réseau WIDE a organisé une conférence sur le thème « Pauvreté, inégalité et insécurité : Quelles sont les réponses du féminisme ? »

Compte-rendu par Vanessa Gauthier

WIDE, c’est un réseau d’organisations non gouvernementales, de spécialistes du genre et de militant(e)s des droits des femmes basé en Europe qui suit de près et influence les politiques et pratiques internationales relatives au développement en adoptant une perspective féministe.

L’année 2005 est une année-clé du calendrier international en ce qui concerne les droits des femmes. En plus d’être l’année de la revue de la Plate-forme d’action de Beijing (Beijing+10) et celle de la revue des Objectifs du Millénaire, c’est une année importante pour le réseau WIDE qui fête ses 20 ans d’existence et qui a, à cette occasion, organisé une conférence sur le thème « Pauvreté, inégalité et insécurité : Quelles sont les réponses du féminisme ? »

La conférence, qui s’est déroulée dans un esprit « bon enfant », a surtout été l’occasion de redéfinir le féminisme et ses priorités dans le monde actuel. La conférence était d’autant plus intéressante qu’elle réunissait des personnes d’horizons différents et du monde entier, même si les femmes universitaires anglophones étaient largement majoritaires.

En effet, seules trois participantes étaient francophones et les hommes n’étaient que deux …
A méditer….

Vendredi 24 Juin

La session du matin s’est ouverte sur une déclaration de bienvenue de Zohra Khan, membre du Conseil d’Administration de WIDE et du réseau Gender and Development (GAD) donnant les lignes directrices de la conférence en insistant sur l’importance de terminer la conférence en ayant déterminé où le mouvement féministe doit s’engager, quand et comment.

Le premier panel d’intervenantes était consacré aux questions de pauvreté, inégalité et d’insécurité.

Sous la présidence de Brita Fernandez-Schmidt, le panel a tenté de trouver les points de convergence entre ces différentes questions et de donner des pistes adoptant une approche féministe pour y répondre.

Le panel était composé de :

· Wendy Harcourt (WIDE, Italie)

· Khawar Mumtaz (Shirkat Gah Women’s Centre, Pakistan)

· Naila Kabeer (Université du Sussex, Royaume-Uni)

· Mary Wandia (FEMNET, Kenya)

Le panel n’avait pas particulièrement de cohérence, étant donné que chaque intervenante a fait ?) une présentation de son choix. Par contre, les intervenantes ont fait part de réflexions riches qui ont permis de mettre sur table des questions essentielles en revenant sur l’engagement féministe dans différentes régions dans un contexte de mondialisation. Des questions importantes ont été soulevées, parmi lesquelles :

-  le degré de visibilité des mouvements féministes
-  le degré d’efficacité des mouvements féministes depuis 20 ans
-  les stratégies à utiliser

Les conclusions ont essentiellement porté sur l’idée que malgré la longueur des processus dans lesquels le féminisme s’est engagé et malgré la faiblesse des engagements institutionnels en terme de prise en compte du genre - y compris dans les ojectifs du millénaire - les outils disponibles ne sont pas renégociables et doivent être utilisés tels quels, non seulement pour les pays du Sud mais aussi pour les pays du Nord. Les intervenantes ont insisté sur l’importance d’une plus grande participation féminine à tous les niveaux de prise de décision.

Par la suite, différents groupes de travail ont été mis en place sur les thèmes abordés lors du panel. Les recommandations qui en sont ressorties sont les suivantes :

-  Créer des alliances entre les différents mouvements sociaux solidaires de la cause féministe (mouvement alter-mondialiste par exemple)
-  Aborder la question de la sécurité avec une approche de droits humains, basée sur la diversité culturelle et non sur des considérations économiques ou politiques
-  Intégrer les questions de genre au niveau national, international mais aussi cibler les insitutions au niveau régional
-  Etre pro-actif plutot que réactif (ne pas répondre aux problèmes une fois qu’ils se posent mais les anticiper)
-  Savoir être auto-critique sur les actions menées depuis 20 ans
-  Créer un lien entre féministes universitaires et actrices de terrain

La session de l’après-midi était consacrée aux questions de politiques extérieures, commerce et droits reproductifs et sexuels.

Sous la présidence de Gisela Dutting, membre du Conseil d’Administration de WIDE, les intervenantes ont présenté différents points de vue en mettant particulièrement l’accent sur des questions telles que les migrations internationales, l’injustice commerciale, l’impact de la mondialisation et des fondamentalismes sur l’autonomie des femmes, les droits reproductifs et sexuels des femmes, la montée en puissance des questions sécuritaires et leur impact sur le développement.

Autant dire que ce panel traitait un peu de tout. Il fut donc plutôt l’occasion pour les différentes organisations membres de WIDE de se donner un espace de réflexion sur ces problèmes actuels.

Le panel était formé de :

· Yvonne Underhill-Sem (DAWN, Nouvelle-Zélande)

· Kathleen Boohene (Third World Network, Ghana)

· Shatha Besarani (Iraqi Women for Peace and Democracy, Irak)

· Ruth Marina Matamoros (GrupoVenancia, Nicaragua)

Les intervenantes, qui venaient d’horizons très différents, ont donné matière a réfléchir sur les thématiques proposées et ont, entre autres, fait les propositions suivantes :

-  Encourager l’engagement de féministes jeunes
-  Considérer la question environnementale pour les femmes
-  Prendre en compte la question de l’épidemie du SIDA d’un point de vue féministe
-  Intégrer le genre au niveau macro-économique
-  Avoir une meilleure représentation féminine dans les instances de prise de décision en situation de post-conflit
-  Mieux utiliser les ressources bibliographiques et statistiques disponibles
-  Mieux contrôler les ressources financières dans les pays en développement

Les groupes de travail mis en place par la suite étaient divisés entre les différentes questions abordées par le panel. Les suggestions mises en avant sont entre autres les suivantes :

-  Prendre en compte la « care economy » et le travail non-remunéré des femmes
-  Mettre véritablement en oeuvre les politiques sur le plan pratique
-  Renforcer le role de l’Union Européenne dans l’aide au développement et en tant que contre-pouvoir par rapport aux Etats-Unis
-  Prendre en compte l’impact négatif de l’AGCS sur les femmes dans l’accès des femmes aux services
-  Renforcer les organisations de terrain et les liens Nord/Sud
-  Prendre en compte des droits reproductifs et sexuels et leur impact sur le développement et le commerce international

La première journée s’est conclue par une soirée à laquelle de nombreux participant(e)s ont assisté avec l’intervention d’un groupe de danse.

Samedi 25 Juin

La deuxième journée, stimulée par les réflexions de la veille, a été plus riche en débats constructifs, les thématiques abordées étant plus ciblées. L’atmosphère y était également plus optimiste.

La session du matin a debuté avec un récapitulatif des conclusions de la journée précédente. Le panel qui a suivi, présidé par Maeve Taylor de l’organisation irlandaise Banulacht, portait sur la question des alternatives féministes à la globalisation néo-libérale.

Les intervenantes ont proposé différentes options en insistant particulièrement sur l’économie féministe, l’intégration du genre dans les budgetisations nationales et sur la nécessaire redéfinition de la sécurité avec une perspective féministe. La question de l’intégration de l’égalité, de la justice , du développement durable et de la démocratie dans les politiques extérieures a également été abordée.

Le panel était formé de :

· Diane Elson (University d’Essex, Royaume-Uni)

· Fatima Shabodien (Women on Farms, Afrique du Sud)

· Helen O’Connell (One World Action, Royaume-Uni)

· Christa Wichterich (NRO-Frauenforum, Allemagne)

Les principales recommandations des intervenantes sont les suivantes :

-  Continuer à utiliser la budgetisation sensible au genre malgré les critiques qui ont pu en être faites
-  Elargir la discussion sur la pauvreté en prenant en compte le fait que la pauvreté n’a pas la même incidence sur toutes les femmes
-  Renforcer les capacités des femmes au niveau local
-  Revitaliser le mouvement féministe pour faire en sorte que l’alternative au néo-libéralisme devienne une réalité
-  Recadrer l’économie pour qu’elle ne soit pas un outil de profit mais d’accès aux ressources
-  Changer les relations de pouvoir et de proposer un nouveau contrat social

Les groupes de travail mis en place par la suite ont apporté les idées complémentaires suivantes :

-  Intégrer le mouvement féministe dans les débats autour de la taxation des transactions financières transnationales
-  Suggérer des alternatives au lieu d’être dans une demarche critique
-  Traduire le langage économiste en pratique pour démystifier les concepts théoriques
-  Obtenir un engagement à long terme des bailleurs de fonds
-  Avoir un mouvement féministe créatif
-  Développer des modèles féministes d’organisation du travail
-  Multiplier les initiatives multi-sectorielles (telles que la « Ethical Trade Initiative », voir www.ethicaltrade.org )
-  Promouvoir une approche féministe et de droits humains aux questions sécuritaires

La session de l’après-midi portait sur la perspective féministe des droits humains. Présidé par Brigitte Holzner, membre de l’Agence de Développement Autrichienne, le panel a discuté les conclusions des sessions précédentes en adoptant une perspective féministe de droits humains.

Ce panel était formé de deux intervenantes :

· Joanna Kerr (AWID, Canada)

· Afua Hesse (DAWN, Ghana)

Les propositions suivantes ont été mises en avant :
-  Faire des analyses plus poussées qui croisent des éléments culturels, sociaux et politiques pour avoir des stratégies adaptées (interactions des données de genre avec la caste, l’origine ethnique et la classe sociale)
-  Repolitiser le concept de genre qui tend à être utilisé à mauvais escient (instrumentalisation du genre et plus généralement des droits humains par les IFI)
-  Encourager les conditionalités à l’aide au développement pour l’intégration d’une perspective féministe
-  Intégrer la dimension « genre » à la dimension « droits humains » pour toute action de lobbying au niveau du commerce international (la dimension « genre », seule, a parfois moins de cohérence et de consistance)
-  Renforcer la prise de conscience des femmes et leur donner les outils juridiques et politiques pour mieux protéger et promouvoir leurs droits

Joanna Kerr a profité de l’occasion pour annoncer le forum international de AWID qui aura lieu en Octobre.

Par la suite, le manifeste de la conférence a été lu par Zohra Khan et adopté par les participant(e)s.
La dernière partie de la conférence a été consacré aux témoignages de quatre femmes de différentes générations qui donnaient leurs impressions, plutôt positives, de la conférence et de son déroulement.

La conférence a été conclue par une nouvelle intervention de Wendy Harcourt, présidente de WIDE.

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