Contribution d’Annie Amat Mbambi, lue pendant la session sur les violences contre les femmes dans les conflits (Grands Lacs)

New, York, 54e session du CSW, bilan Pékin +15.

NU Commission sur le Statuts de la Femme 2010
Spécial événement organisé par les membres de WILPF DRC group
L’implication politique de la femme congolaise dans le changement
et dans la promotion de la bonne gouvernance en RDC
10 March 2010

"Le rôle et l’implication des femmes Congolaises dans le processus de la paix
en République Démocratique du Congo"

Annie Matundu-Mbambi, WILPF DRC-Group

Distingués invités,
Chers participants et
Membres du panel,

Avant de commencer mon propos, je tiens à remercier l’équipe WILPF International pour les efforts consentis pour nous permettre de pouvoir tenir ce panel.
Je remercie également tous les sponsors à savoir The Global Fund for Women, WILPF -RDC, l’Association Genre en Action et le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes Français pour leur support financier sans lequel il serait difficile de participer à ce grand événement. Nous ne pouvons oublier de remercier The Kvinna till Kvinna Foundation, The Friends of the Congo et the local Congolese women’s groups pour leur support matériel et technique qui ont assuré la préparation et la bonne tenue de cet événement pour que les femmes congolaises puissent faire entendre leur voix au niveau international.
Les conflits armés ont ravagé la République Démocratique du Congo et ont produit des conséquences néfastes sur tous les plans. Quatorze ans de guerre meurtrière, et de perte en vies humaines.
Cette guerre a bouleversé de manière fondamentale les conditions économiques, politiques, sociales, du pays, et a causé l’exode des populations, surtout civiles, les viols des femmes, les mutilations et diverses pillages des ressources naturelles du pays. Selon le rapport des Nations Unies 2008, on estime à 67% le nombre des femmes et des enfants décédés.
Cette situation à l’Est de la République Démocratique du Congo est toujours préoccupante et ne peut laisser la conscience des femmes congolaises indifférente .Elles sont choisies de jouer un rôle et de s’impliquer dans le processus de consolidation de la paix tant au niveau local, national, régional et international.
Les hommes et les femmes vivent les conflits de manière différente. Alors que les hommes interviennent dans les combats sur base volontaire ou à la suite d’un enrôlement obligatoire, les femmes se retrouvent le plus souvent seules pour porter toute la charge et assurer la survie de leur famille, victimes des violences, notamment sexuelles, esclaves sexuels, cuisinières ou porteuses des fardeaux des guerres. Nous devons faire les liens entre les conflits armés et la vie économique pendant la guerre car les structures sociales existantes sont démantelées et apparaissent des nouveau rôles et valeurs des femmes. Confrontées à des situations extrêmement pénibles, les femmes sont amenées à prendre de nouvelles responsabilités.

Le rôle et l’implication des femmes congolaises en République Démocratique du Congo dans les conflits de ces dernières années et leurs résolutions résultent d’un long processus. Bien que n’étant pas signataires de tout ce dit accord, les femmes congolaises se sont impliquées dès le début, dans la mobilisation multiforme pour une participation significative dans le processus de la paix.
Malgré l’engagement de la société civile et la volonté des femmes congolaises d’arracher 30 % de la représentation au pré-dialogue , au dialogue et autres conférences sur les négociations de la paix , l’engagement de l’Etat congolais à la mise en œuvre de la plate forme d’Action de Beijing en 1995, la ratification de la convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), et la résolution des Nations Unies 1325,le résultat de la représentativité des femmes à la table des négociations reste insignifiant.
Grâce aux efforts entrepris avec l’aide de la communauté internationale pour la résolution de ces conflits armés et qui ont débouchés aux accords politiques de Pretoria et de Sun City en 2002 visant l’installation d’un ordre politique nouveau, les femmes congolaises ont été très actives dans le retour de la paix en RDC.
A la différence des années antérieures, elles ont constitué des structures et des organisations plus dynamiques pour diffuser leurs idées et mobiliser les masses. L’objectif fondamental de ces mouvements des femmes fut la fin immédiate des guerres, des violences et le début de la négociation en vue de la pacification du pays, de la restauration de son unité, de son intégrité et de sa souveraineté nationale ainsi que la lutte pour la parité légale et institutionnelle entre les hommes et les femmes dans la gestion de la chose publique. Dans le domaine politique et de la vie associative, elles ont pris une part active en s’organisant en Associations, à des Organisations Non Gouvernementales pour le développement et la défense des droits de l’homme, etc.
A travers leurs différentes marches pacifiques, elles se sont engagées pour réclamer l’arrêt des hostilités et les débuts des négociations politiques à travers certaines villes du pays. Ces marches étaient accompagnées des slogans, des banderoles, des habillements avec des inscriptions hostiles à la guerre. Elles se sont présentées comme celles qui portent les vies et qui doivent les protéger. Elles ont tenu divers sit-in devant certaines ambassades, surtout de l’Union Européenne, des USA et de l’Afrique du Sud pour demander l’implication efficace, réelle et sincère de leurs différents gouvernements. Les mêmes sit-in étaient organisés devant les sièges de différents partis politiques ; des ministères et au Palais du Peuple, siège du parlement et du Sénat, pour réagir contre les viols et le massacre des femmes à l’Est du pays. Leur implication tant sur la loi électorale, la constitution, la gestion de la période préélectorale, et post-électorale ne fait nul doute.
Pour pallier à leur sous représentation ; les femmes congolaises ont suivi et parfois participés aux différents processus pour la consolidation de la paix

-  1999 : l’Accord de Lusaka pour un cessez-le –feu en RDC ;

-  2001 : le Pacte Républicain de Gaborone ;

-  2002 : les négociations politiques avec l’appel Dialogue Inter Congolais à Sun City,
L’Accord global et inclusif ;

-  2003 : l’Endossement de l’Accord Global et Inclusif par tous les délégués du Dialogue
Inter Congolais et la Constitution de la transition mis en place ;

-  2004 : la conférence régionale des femmes à Kigali pour la mise en œuvre effective
et mettre fin aux foyers des tensions dans les pays de Grands Lacs ;

- La déclaration de Dar-Es-Salam adopté par les chefs d’Etat de la Région des
Grands Lacs ;
Le referendum de la constitution de la 3 éme République ;

-  2006 : la signature à Nairobi (Kenya) de Pacte sur la Sécurité, la Stabilité et le
Développement ;

- Les missions de bons offices auprès des premières dames de certains pays
Africains pour tranquilliser le déroulement des élections Législatives et
Présidentielles et la mise en place des institutions démocratiques

-  2008 : Les Accord Amani pour la paix et la sécurité.
Les femmes ne doivent pas être réduites à des simples victimes en périodes des conflits. En tant que femmes congolaises, nous sentons l’obligation de devoir tirer la sonnette d’alarme sur Femmes et Conflit en RDC.

Les femmes congolaises demandent :

- que la fabrication, la vente et la circulation incontrôlées des armes qui contribuent à la persistance de l’insécurité et la déstabilisation de la sous-région et aussi du monde entier soient régularisées avec le processus du TCA ;

- que les gouvernements des pays des Grands Lacs résolvent les conflits par le dialogue sincère en associant les femmes conformément à la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies ;

- que les femmes soient reconnues comme actrices et négociatrices de la paix et qu’elles participent dans tous les processus de prévention, gestion et résolution pacifique des conflits ainsi que la reconstruction de leurs pays respectifs.

Nous recommandons que les besoins spécifiques de la femme se trouvant en zone de conflit soient pris en compte par le gouvernement et les agences internationales ;
Que soit élaboré en concertation avec le parlement, le gouvernement et la société civile le plan d’Action National sur la Résolution 1325 en RDC ;
Que soient soutenues les organisations de femmes pendant et après le conflit afin qu’elles participent aux processus de négociations et d’intervention sur la consolidation de la paix
Que des voyages d’échanges d’expériences soient menées pour tisser les relations de solidarité entre les femmes des pays en guerre ou en post conflit ;
Que soient développés des programmes post-conflit qui favorisent l’égalité des femmes et des hommes.

Les femmes congolaises s’engagent dans l’esprit de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité de l’ONU ainsi que dans celui des objectifs du Millénaire pour le développement à promouvoir les droits humains et particulièrement ceux de la femme dans toute sa dimension (civile, politique, économique, sociale et culturelle) en vue de garantir aux générations actuelles et futures un avenir meilleur.

Je vous remercie de votre attention

Une autre contribution d’Annie Matundu à un événement de la 54e session du CSW :

NU Commission sur le Statut de la Femme 2010
Spécial événement organisé par Le Fonds Mondial des Femmes
7 March 2010
Annie Matundu-Mbambi, WILPF DRC-Group

"Le Mouvement des femmes en République Démocratique du Congo : Changement
d’attitudes, Violence et Militarisme"

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
Distingués invités,

Je commencerais par remercier Le Fonds Mondial des Femmes, pour m’avoir cordialement invitée à participer à ce panel sur ‘’Le Mouvement des femmes en République Démocratique du Congo : Changement d’attitudes, Violence et Militarisme’’ et aussi d’avoir permis à l’une des nos membres de pouvoir participer à cette 54ème session de la Commission sur le Statut de la Femme. Ceci démontre une preuve de collaboration entre les donateurs et les associations féminines.

Je ne pourrais omettre de remercier le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes Français et l’Association Genre en Action d’avoir pris en charge tous les frais de séjour pour une bonne participation à ce grand événement.

Mon intervention s’articulera sur l’expérience du Mouvement des Femmes Congolaises des années 1996, période du début de conflits en République Démocratique du Congo.

Le mouvement des femmes et les organisations féminines du monde entier rencontrent de nombreuses difficultés à l’intérieur comme à l’extérieur quant à leur capacité stratégique et à la possibilité d’autonomiser les femmes et de promouvoir leurs droits humains.

En République Démocratique du Congo , très peu, sinon rien a été révélé du rôle joué par des milliers de femmes non seulement comme manifestantes mais aussi comme membres du mouvement de l’opposition, comme stratégistes de politiques et conseillères, organisatrices, négociatrices et médiatrices, journalistes et membres des medias, et opératrices de structures essentielles de soutien .

Le mouvement des femmes en RDC a réellement commencé à l’occasion de la journée panafricaine de la femme en 2001. Les femmes congolaises réunies au sein des différentes organisations non gouvernementales ont profité de cette journée pour plaider en faveur de leur participation équitable au dialogue inter congolais, un important forum qui engageait le pays sur de nouvelles bases.
A u delà de diversité qui les enrichissent, elles sont vécues une cohésion et un engagement unique. Bien que, ayant intégré un processus de dialogue à des moments difficiles et de manières toutes aussi différentes, elles ont crée un mouvement fort lors du dialogue Inter congolais à Sun City (Afrique du Sud).
Les femmes ont continué à s’impliquer davantage dans le processus de la paix, à se faire respecter par la dignité, à travailler dans la transparence et dans le partage de l’information.

Changement d’attitudes :

Les forces négatives de la politique, de la culture et de l’économie ont affecté le mouvement des femmes.
Et de surcroit, quelques membres des organisations ont aussi placé des agendas cachés au sein du mouvement et il s’est essoufflé. Peu d’associations ont survécu et rares sont celles qui sont
sur le terrain. Première accusée, la politique. Alors que, quelques femmes étaient considérées, il y a quelques années, comme des figures de proue, des icones du féminisme congolais, elles sont aujourd’hui accusées d’avoir été récupérées par le système politique.
Ensuite, le contexte économique au sein duquel les droits des femmes congolaises sont revendiqués, devient de plus en plus complexe. Les facteurs tels que la crise économique, le changement climatique, la mondialisation, les nouvelles technologies, le VIH/SIDA, la non -intégration de la dimension genre et les conflits armés jouent un rôle de plus en plus important dans la manière dont la vie des femmes est forgée, de telle sorte qu’ils menacent d’amenuir totalement les succès réalisés par les mouvements de femmes antérieurs.
Et enfin, le défi auquel se heurtent le mouvement des femmes en RDC relève aussi du domaine de la culture. Certaines femmes se sont senties obligées d’agir et se sont dirigées vers le mouvement ou des organisations féminines, une expression claire de leur engagement, d’autres par contre négocient encore les liens complexe de la culture et le processus interne du changement.

Violence :

Les violences envers les femmes ou le mouvement des femmes sont aggravées par le silence de la majorité de la société, des autorités civiles, militaires et ecclésiastiques face à ces crimes. Ceci est facilité par des stéréotypes qui discriminent et subordonnent les femmes. La structure patriarcale des guerres, exacerbe et accentue la violence contre les femmes.
L’Est de la République Démocratique du Congo s’est converti en territoire où les disputes par les multinationales et les militaires sont dirigées par les stratégies militaires vers les parties riches en minerais. Ces affrontements ont déclenché une guerre à mort pour le contrôle économique, social et politique des secteurs miniers.
Les femmes et les filles sont victimes de violations de leur droits fondamentaux entre autre raisons parce qu’elles vivent dans les parties en conflit.
Quelques associations féminines analysent constamment les tendances futures et les nouvelles méthodes d’organisation qui peuvent renforcer et régénérer le mouvement des femmes congolaises

Militarisme :

L’idée bien ancrée d’une supériorité masculine et d’une subordination féminine afférente, donne aux hommes le plus important des privilèges : celui de décider quelles questions seront mises à l’ordre du jour ou vaut la peine d’être traitées, et partant, de mettre aux oubliettes celle de la sexospecifité. Nous avons tous que le militarisme ne garantie pas la sécurité humaine, au contraire elle perpétue la violence et l’insécurité. Ceci est un débat que la Ligue Internationale des femmes pour la paix et la liberté (WILPF International) se dévoue à faire partager depuis1914.
Dans son éditorial Reaching Critical Will du mois de Septembre 2008, WILPF a crée un kit d’outils qui inclut les faits, donne les chiffres et parle des questions concernant les dépenses militaires. Ce kit à outils peut être utilisé par le mouvement des femmes comme un outil de mobilisation pour poser des questions aux parlementaires, au gouvernement ou faire du lobbying concernant les dépenses militaires. A titre d’exemple, la Missions des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUC) a une ligne budgétaire approuvée qui avoisine $ 957.83 millions par an.
La question que nous nous posons est celle de savoir :
Comment devons –nous nous battre pour développer des organisations et mouvements plus puissants qui soient durables, efficaces et transformatifs ?
La construction d’un mouvement des femmes congolaises aura un impact important dans un pays à post conflit. Non seulement pour revendiquer les droits de la femme ,mais pour faire pression à travers des mobilisations envers des interlocuteurs politiques, l’élaboration des agendas , la réalisation de consensus et d’accords avec d’autres mouvements et d’autres secteurs sociaux, en réclamant la parité dans les espaces de prise de décisions ou même étant un pays en guerre à exiger la fin du conflit armé.
Nous croyons que nous devons mener le changement dans le mouvement de manière à renforcer le pouvoir d’action et nous pouvons appliquer ce changement dans nos actions. Nous devons utiliser les instruments des droits internationaux pour générer le changement.
Le mouvement des femmes, partout où ils se trouvent doit faire comprendre aux membres, que l’activisme, l’organisation, l’autonomisation et le leadership des femmes constituent une force, et c’est la seule façon de reconnaître qu’il s’agit d’un pouvoir de mouvement des femmes, qui ni les gouvernements, ni les organisations nationales et internationales ne peuvent désormais ignorer. Pour cela nous devons développer de nouveaux modèles de leadership, de nouveau mécanismes d’efficacité d’inclusion et de diversité ,apporter une vision intergénérationnelles, élargir nos capacités collectives et institutionnelles de manière plus holistique au delà des enjeux politiques ,sociaux et économiques du pays et mieux trouver de financement.
La rencontre de ce jour, nous donne l’opportunité de nous interroger comment pouvons nous réellement travailler d’une manière efficace pour réaliser ce rêve d’avoir un mouvement fort des femmes congolaises ?
En nous constituant comme membre de la société civile, autonome, pluraliste et démocratique pour participer à la reconstruction de la paix et la reconstruction du pays, nous aurons à élaborer notre propre agenda pour la consolidation de la paix, non seulement pour la République Démocratique du Congo mais pour toutes les femmes du monde. C’est à ce prix que notre lutte aura un sens.
Je vous remercie.

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