Controverse liée au rapport 2009 de l’UNFPA

Suite à la publication du rapport du FNUAP 2009 intitulée "Face à un monde qui change : les femmes, la population et le climat", de vives réactions ont émergées de la part de journalistes, internautes et représentants d’associations.
La controverse a le mérite de mettre en lumière certaines déviances généralistes que présente le rapport pour les uns, là où d’autres émettent des réserves.
Voici une série de réactions à la lecture du rapport du FNUAP et d’articles qui ont fait la polémique.

La tentation du retour au malthusianisme, par Frédéric Lemaître.
Le Monde, du 25.11.09


"Sommes-nous trop nombreux ? Longtemps taboue, la question revient dans
les débats, portée par un double phénomène : l’insécurité alimentaire
et le réchauffement climatique. Entre ceux qui doutent des capacités
de la planète à nourrir 9 milliards d’individus en 2050 - après, le
chiffre devrait diminuer - et ceux qui sont convaincus que la lutte
contre le réchauffement climatique impose une moindre pression
démographique, les thèses malthusiennes font à nouveau des adeptes."

EXTRAITS DES ECHANGES SUR LA LISTE DE DIFFUSION ATTAC-GENRE :

Réaction de Jacqueline Pénit - (Attac France) :
En lisant L’article du Monde de jeudi dernier 19 novembre, je suis restée abasourdie : les experts de l’ONU nous incitent à penser que "limiter les naissances serait un remède au péril climatique".
Si vous ne l’avez pas déjà fait, lisez cet article....Remède au péril climatique
Sur le web, cet article a heureusement suscité quelques réactions vives .
Celle, immédiate de JM. Harribey dans Alternatives économiques, (commentaires de JM harribey :)
Le climat menace la natalité et non pas l’inverse
Celle encore plus detaillée du site Herodote :
C’est la faute aux bébés ?
Sur ce site (Herodote), un lien permet d’avoir accès directement au rapport du l’UNFPA. Même s’il est assez lourd , cela vaut la peine d’aller y voir de près. Comme d’habitude les recommandations politiques de l’ONU vis à vis des femmes ne peuvent être rejetées d’un revers de main. Cependant, ici aussi, la question de leur application concrète et réelle est posée.
Celle d’Yves Cochet avec ses illuminations malthusiennes :
[http://www.lemonde.fr/planete/chat/2009/11/20/faut-il-faire-moins-d-enfants-pour-sauver-la-planete_1270074_3244_1.html]
En conclusion, cet article du Monde , comme bien d’autres depuis un moment a un aspect "accrocheur" . Il n’est pas neutre de mettre en avant l’argument de la croissance démographique à quelques semaines de Copenhague. Le niveau de la population en soi n’est pas une mesure intéressante du péril climatique.. Il est plus juste de regarder de plus près les modes de production et de vie dans les différentes parties du monde : mais cela est plus dérangeant !!
Caractériser le Niger comme un pays à la foi guetté par une explosion démographique et fortement soumis au risque climatique uniquement parce que c’est "un pays semi-aride " est consternant. Je rappellerai ici, quelques chiffres rassemblés dans l’important livre paru l’an dernier "Le rendez-vous des civilisations", (Y. Courbage et E. Todd) ;Seuil, 2007).

- Niger : 14,9 millions d’habitants ( 2007) - indice de fécondité ( 2005) 7,55 - valeur passée maximale du taux de fecondité 8,15 - taux de mortalité infantile 123 °/oo - taux d’alphabetisation des hommes jeunes : 40% - taux d’alphabetisation des femmes 27% - PIB per capita ( USD) 800.
On aurait aimé voir démontrer le rôle des politiques d’ajustement structurel de la banque Mondiale et du FMI dans le retard des pays de l’Afrique subsaharienne (fécondité toujours très élevée :5 à 7 enfants par femme sauf en Afrique du Sud).
Pour que les jeunes femmes de ces pays pauvres où la natalité est encore élevée arrivent à prendre en charge ce problème il faut qu’elles sortent de l’enfermement familial et domestique. On aurait donc aimé voir plus clairement établi que le problème est culturel et politique : le niveau d’alphabétisation constitue aujourd’hui avec les politiques contraceptives les facteurs nécessaires à la transition démographique.

- Elément de comparaison provenant des mêmes sources :
Tunisie : 10,3 millions d’habitants- indice de fecondité en 2005 : 2,05 - valeur passée maximale du taux de fecondité:7,25 - taux de mortalité infantile 20 °/oo - taux d’alphabetisation des hommes jeunes 96% - taux d’alphabetisation femmes jeunes 92% - PIB per capita en USD : 7900
Bourguiba, en 1956 promulgue des lois qui instaurent une école publique et gratuite. et qui légalisent l’avortement.

Réaction de Christiane Marty - (Attac France) :
En effet, on ne peut pas laisser dire que "limiter les naissances serait un remède au péril climatique". Mais ce n’est pas tout à fait le message du rapport 2009 de l’UNFPA (fond des Nations Unies pour la population) : l’analyse qui est faite dans le rapport est beaucoup plus nuancée que ce que la presse en a rapporté et il faut le dire.
L’’article du Monde " Limiter les naissances, un remède au péril climatique ?”, en particulier, se concentre seulement sur l’’aspect démographique, avec un titre accrocheur, mais il ne reflète pas, ou bien très partiellement, la tonalité du rapport de l’UNFPA. Il ne faut pas évidemment pas mettre la natalité au rang des responsables de la dégradation du climat. Cette idée figure en effet dans le rapport, et c’est une faute politique de le poser ainsi.
Mais le rapport met autant, sinon plus, en cause les dimensions de la pauvreté et de l’’équité entre les sexes et il les pose comme clés dans la lutte contre le changement climatique. Luttes contre la pauvreté et pour l’égalité entre les sexes sont depuis des années des thèmes centraux dans l’action de l’UNFPA, sans réussir pourtant à les faire prendre en compte dans les stratégies internationales. Le rapport rappelle ainsi que "“À la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994, les gouvernements ont reconnu que les droits humains et ’’égalité des sexes devaient guider tous les programmes liés à la population et au développement, y compris ceux qui visent à protéger l’environnement.” Dans son introduction, il pose que : “Le présent rapport montre que les femmes ont le pouvoir de se mobiliser contre les changements climatiques, mais ce potentiel ne peut se concrétiser qu’à travers des politiques qui leur confèrent l’autonomie”. Et la conclusion insiste sur le point suivant : ” "Il faut agir d’urgence pour faire accéder davantage de femmes à la propriété de la terre et leur donner le contrôle légal des ressources naturelles dont leur existence dépend souvent. En assurant aux femmes une protection égale de la loi, des occasions de tenir leur place dans le secteur économique structuré et un accès aux services de santé reproductive, non seulement on progresse vers l’égalité entre les sexes, mais on contribue aussi à édifier la capacité de résistance des sociétés en présence de changements rapides de toute espèce, dont les changements climatiques sont peut-être les plus dangereux.”"
Une bonne partie des mesures préconisées dans ce rapport rejoint nos préoccupations pour combattre la pauvreté, les inégalités, et pour faire vivre la participation démocratique.
On peut regretter que I’’UNFPA n’intègre pas la dénonciation de la société capitaliste productiviste dans la situation actuelle. Ce n’est pas une nouveauté, ni le PNUD, ni le PNUE ne le font non plus.
On peut -et on doit- reprocher à l’UNFPA ce mauvais combat de tenter de récolter des fonds pour le financement de la planification en le liant avec la lutte contre le changement climatique (mais il faut aussi rappeler que ce financement a été plus que divisé par 2 depuis 1995 alors que les besoin croissent : les objectifs du Millénaire sur l’égalité entre les sexes et l’éducation ne seront pas atteints. On peut imaginer que l’UNFPA a vu là une opportunité…)
Mais on ne peut pas rejeter en bloc les analyses et mesures préconisées de ce rapport, parce qu’une grande partie concerne la lutte contre la pauvreté, pour l’égalité et les pratiques démocratiques.

***

Voir l’article présentant le Rapport 2009 de l’UNFPA sur l’état de la population mondiale

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