Décembre 2005 - quel bilan pour le réseau Genre en Action ?

La fin d’une année civile est toujours une période qui incite à la rétrospective. Comment se sont passés ces douze mois pour notre réseau ?

Au-delà de l’enrichissement continu du site et des bulletins mensuels qui informent des nouveautés et permettent de diffuser un « éditorial », c’était une année riche d’événements qui méritent d’être rappelés sommairement :
En janvier est sorti le no. 3 du bulletin papier du réseau, résumant les communications et les discussions du colloque de novembre 2004 sur le sujet « Renforcer le genre dans la recherche ».
L’annulation d’une réunion du réseau avec les OSI françaises et leur fédération, Coordination Sud (CS) a marqué le mois de février. Nous étions contraintes à renoncer à cette rencontre faute d’engagement de participation des dirigeants de CS.
A la fin du mois de février, Claudy Vouhé m’a passé la coordination du réseau, tout en restant très active au sein du réseau, dès que son emploi de temps le permet.
Au mois de mars, le réseau a été représenté lors du colloque de bilan 10 années après la conférence de Pékin, organisé par la Banque Mondiale à Paris. Claudy Vouhé y a fait une intervention fortement remarquée sur les volontés prétendues ou sincères d’intégrer le genre dans les politiques, programmes et projets de développement.
Dès le mois d’avril, le ministère des affaires étrangères (MAE) a proposé une collaboration au réseau autour d’une étude sur les obstacles à la scolarisation des filles dans des pays en voie de développement et sur les solutions pour les surmonter. L’annonce de la recherche d’un « expert junior » sur ce sujet a circulé sur le réseau et plusieurs candidatures intéressantes ont été recueillies, mais la collaboration ne s’est pas concrétisée, l’étude était menée par une stagiaire du MAE, sans le réseau.
Le réseau était aussi représenté sur le plateau d’une table ronde fin mai sur le thème de l’éducation des filles, organisé par Aide et Action dans le cadre de la campagne au sujet des OMD (objectifs de développement du millénaire).
Juin était marqué par une rencontre autour du projet de création d’un observatoire genre et développement en France, à mettre en réseau avec des observatoires genre existants ou naissants au Sud. En effet, les 2 ans et demi d’existence du réseau ont montré que la veille est une fonction essentielle du réseau si ce dernier doit atteindre son objectif de faire avancer la problématique genre et développement dans le monde francophone et en France en particulier. Cette réunion d’une vingtaine de personnes a été globalement très constructive, la grande majorité des participants s’est montrée très intéressés et prêts à participer à ce projet du réseau. Les deux représentants du département du MAE qui finance le réseau craignaient la création d’une structure parallèle au réseau. Ou était-ce la fonction de veille, ce rôle politique que le réseau jouera avec un tel observatoire qui était à l’origine des réticences (bien qu’a priori cette fonction fasse partie des prérogatives du réseau depuis sa création) ?
Parallèlement à la conception du projet observatoire et pour assurer une démarche en toute cohérence, il s’avérait nécessaire que le MAE précise sa position en matière de genre en général et concernant le réseau en particulier. Une lettre adressée à différents directeurs concernés du MAE est malheureusement restée sans réponse à ce jour.
En juillet est sorti le no. 4 du bulletin papier du réseau, intitulé « Corps sexué, corps genré ? », fruit d’une collaboration entre plusieurs membres du pôle bordelais du réseau. Malheureusement, les nouveaux membres du réseau ne l’ont toujours pas reçu, car l’envoi qui est directement pris en charge par le MAE se faisait à partir d’une ancienne liste de diffusion. Un envoi complémentaire était prévu, mais ne s’est jamais fait, malgré mes relances. Selon les dernières informations que j’ai pu avoir, le stock de bulletins pour l’envoi complémentaire est dans des cartons quelque part dans les méandres des bureaux du MAE... (Pour ceux qui attendent toujours, sachez qu’il est téléchargeable sur le site. J’essayerai d’organiser des envois de rattrapages lors de l’envoi du prochain bulletin papier en 2006 - prévu autour de la journée contre l’excision au Mali le 6 février, pour compléter le contenu du dernier bulletin par des exemples concrètes du Sud).
Interrompons notre petite revue annuelle pour expliquer les raisons de ces difficultés qui affectaient l’envoi du bulletin, mais aussi le réseau plus généralement, vu la fluctuation, voire l’absence temporaire d’interlocuteurs au sein du MAE : nous avons vécu une véritable « valse des responsables » du réseau et du « dossier genre » au sein du MAE depuis le départ de Stéphanie Péraud (qui était elle-même la deuxième responsable depuis la création du réseau) en congé maternité fin mars cette année. Le flambeau était repris brièvement par sa prédécesseure, avant d’être transmis à une autre personne qui partait à son tour en congé maternité cet été. La responsable du bureau d’appui à la lutte contre la pauvreté et les inégalités reprenait alors le dossier pour quelques semaines avant son départ du MAE (non, pas de maternité cette fois-ci...) qui coïncidait avec la dissolution de cette division dans le cadre de la restructuration de ce ministère. Stéphanie Peraud de retour au MAE s’est vue confiée d’autres dossiers, mais restait tout de même l’interlocutrice de toutes les urgences pour le réseau. Les nouvelles se succédaient alors : suite à la restructuration, le dossier genre et la responsabilité pour le réseau devraient se situer au sein de la sous-direction de la gouvernance et une nouvelle responsable prendre ses fonctions le 1e décembre ; début décembre, le genre se retrouvait plutôt au sein de la sous-direction des services sectoriels, avec la personne responsable en cours d’identification... et voilà à l’approche de Noël, l’apparition d’un nouveau responsable (temporaire ?) du réseau - une des deux personnes qui avaient représentées le MAE lors de la réunion sur le projet observatoires. La tête vous tourne ? La mienne aussi... en cette période des bons vœux, espérant que tout cela ne reflète pas un manque de priorité accordée à la problématique de genre au sein du MAE !
Reprenons alors le fil de notre bilan : parallèlement à des échanges sur le prochain budget du réseau (notamment sur le financement ou non du projet observatoire) nos initiatives en faveur de ce projet ont continué. Concrètement, nous avons consulté les membres du réseau sur le projet observatoire, en publiant les contributions sur le site et en ouvrant un forum d’approfondissement (qui est d’ailleurs toujours ouvert - n’hésitez pas à vous prononcer !) et nous avons identifié des OSI françaises qui avaient témoigné leur intérêt pour le genre d’une manière ou d’une autre ou qui mettent en oeuvre des programmes « intégrant les femmes » . A partir de quelques questions (en ligne dans le forum) nous les avons consultés dans le but de créer une cartographie de la prise en compte du genre par les OSI françaises, car aucun document ne rend visible ce qui est fait ou pas à ce sujet. Une nouvelle réunion au sujet de l’observatoire était prévue le 9 septembre, mais elle a dû être annulée, faute de budget (voir ci-dessous).
Autre projet reporté vu l’incertitude budgétaire est l’organisation d’une rencontre ou d’un colloque au Sud. Un partenaire du Centre d’Etudes d’Afrique Noire (CEAN, Bordeaux) à l’université de l’Ile de la Réunion qui est engagé dans le domaine de genre et développement a proposé d’accueillir un tel événement qui pourra avoir lieu fin 2006 (si nous obtenons les financements nécessaires…).
La préparation pour le colloque « Genre et développement : quels enjeux pour la formation ? » a pu être poursuivie, car le réseau n’est que co-organisateur (avec la Chaire UNESCO de Bordeaux 3). Il aura lieu du 2 au 4 février 2006 à Bordeaux, le bulletin d’inscription est téléchargeable sur http://chaireunesco.u-bordeaux3.fr.
Le réseau a été aussi impliqué dans la préparation d’une rencontre avec des OSI prévue pour le 8 novembre 2005 sur un financement du HCCI (Haut Conseil de la Coopération Internationale, une structure consultative attachée au premier ministre), en collaboration avec CS. Lors d’une réunion préparatoire en septembre, il s’est avéré que le HCCI ne pourrait prendre une telle initiative que si elle est portée et défendue activement par un de ses membres (CS par exemple) ce qui ne semblait pas être le cas. Et voilà une autre réunion avec les OSI annulée...
Par des astuces et d’autres financements, le réseau a été représenté par Claudy Vouhé lors de la Conférence de AWID à Bangkok en octobre et par moi-même lors du Colloque de l’IUED à Genève en novembre.
Or, depuis août déjà (fin de l’année budgétaire précédente), le réseau s’est retrouvé sans budget. Les négociations estivales avaient abouti à compromis minimaliste d’un budget sans observatoire, mais avec une possibilité de financer une vacation pour la recherche d’autres sources de financement pour ce projet. Le poste de la coordination devrait aussi être augmenté d’un tiers temps à un mi-temps. Mais fin août une mauvaise nouvelle a été annoncée : le nouveau budget du réseau ne pourra être accordé avant que tous les justificatifs de l’ancien budget soient réunis et soumis au MAE. Cette règle n’est pas surprenant en soi, mais le MAE savait depuis le mois de juin que la gestionnaire du CEAN (qui accueille le réseau) était en congé maladie pour un temps indéterminé. Il fallait donc attendre son retour en octobre pour clore l’année budgétaire août 2004 - août 2005, avant que la procédure pour le nouveau budget puisse reprendre. Des échanges téléphoniques fin octobre et début novembre nous donnaient l’espoir que le nouveau budget reprendrait fin novembre.
Entre temps, certaines personnes du réseau étaient impliquées dans deux autres initiatives intéressantes (financés par l’AIF - Agence internationale de la Francophonie) : le recensement des vingts meilleurs sites et documents sur genre et développement en français et la recherche de nouveaux inscrits francophones sur les listes de diffusion « genre » de l’Organisation internationale de la francophonie (ex-AIF) et de Bridge. Beaucoup d’entre vous ont été contacté à ce sujet et ceux qui n’ont pas pu répondre dans les délais peuvent encore le faire - nous constituerons une liste supplémentaire début janvier.
Vous pouvez aussi continuer à vous prononcer sur le forum « Banlieue sans femmes, banlieue s’enflamme » ouvert par Claudy parallèlement à son brillant édito du mois de novembre (en ligne sur le site pour ceux qui l’ont raté).
Impatiente et sans nouvelles, j’ai osé relancer le MAE au sujet du budget début décembre, pour apprendre que des budgets à cheval entre deux années civiles n’étaient plus possibles. Après d’autres échanges téléphoniques, il a été proposé de soumettre un budget partiel pour le salaire de coordination à tiers temps pour le dernier trimestre - enfin une bonne nouvelle après des mois de travail bénévole très difficilement conciliable avec mes autres activités professionnelles ! Mais ce n’était pas un conte de Noël et juste avant le départ en vacances, le MAE m’informe que le budget partiel du dernier trimestre sera imputé au budget 2006 - faire durer un budget de 12 mois sur 15 ressemble peut-être à certaines histoires miraculeuses évoquées ces jours-ci, mais la réalité est que ce budget « allongé » pour 2006 ne permettra pas au réseau de poursuivre sa croissance et de mener à bien toutes les activités prévues. L’explication donnée par le MAE est que l’année 2006 est une année de forte restriction car le budget prévisionnel qui sera attribué à la direction dont nous dépendons ne recevra que 40% de ses besoins.
En résumé, on peut affirmer que l’année 2005 était une année riche, mais aussi pleine d’obstacles pour le réseau Genre en Action. Une meilleure prise en compte du genre reste un défi, les évolutions sont lentes et pas toujours positives...

Vous avez envie de soutenir le réseau ? La meilleure manière est de participer le plus activement possible à toutes nous activités, sur le net ou ailleurs, d’utiliser le site pour la diffusion d’informations et d’articles, voire peut-être de nous donner des idées pour diversifier nos ressources financières. L’argent reste le nerf de la guerre, mais il est plus facile à obtenir si nous pouvons montrer que nous sommes un réseau avec des membres actifs.

Pour terminer sur une note un peu plus poétique en cette fin d’année, je joins un petit texte sur l’espoir avant de lister les nouveautés sur le site.

Joyeuse fin d’année à toutes et à tous - que 2006 soit une bonne année, bien « genrée » !

Elisabeth Hofmann
(coordinatrice)



Questions à l’espoir

Combien de fois doit échouer un espoir pour que, à la fin, nous
l’abandonnions ?
Pouvons-nous renoncer à un rêve sans en assumer un autre immédiatement ?
Voici deux des questions qu’ a formulé l’écrivain suisse Max Frisch
faisant partie des questionnaires qu’il a inclus dans ses Journaux.
Perturbatrices, chargées d’une innocence seulement en apparence, les
petites questions de Frisch nous mettent soudainement contre le mur.

Est-ce que toute utopie est devenue inutile ? Et encore davantage,
pouvons-nous arriver à penser notre vie, le monde ou l’histoire même
sans l’espoir d’un monde différent ?
Le plus étonnant de ces interrogations est qu’elles nous permettent de
comprendre jusqu’à quel point l’espoir est fait de la même matière que
celle des rêves. Des hommes et des femmes décidément imparfaits,
s’engagent encore et encore dans des causes perdues d’avance.
Poursuivent-ils parfois un désir qui n’a pas de nom ni de lieu.
Peut-être il s’agit de voir la mer, de voyager, d’avoir un emploi, de
vivre dans une maison entourée d’arbres, de trouver un amour qui sera
éternel pendant qu’il dure. Et cette curieuse obstination se comporte
comme le véritable moteur de l’histoire humaine.

A quel rêve secret et personnel nous avons déjà renoncé ? Et si
d’aventure nous ne l’avons pas encore fait, pour quoi continuer à nous
nourrir d’éternels impossibles ? Il serait possible d’argumenter à ce
point, d’une hypothèse aussi insensée que séductrice. De dire par
exemple que d’une manière ou d’une autre nous tous, nous cherchons
justement ce que la vie nous refuse.

La beauté qui se cache dans l’écume des jours, le côté obscur ou
lumineux de l’intangible lune.
Ou de dire, aussi, que la déception n’est jamais totale. Que même que
ceux qui perdent la foi, gardent-il sous manche une carte biseautée, et
attendent, comme tout le monde, d’énormes changements de dernière
minute.

Luis Gruss, Les Mauvais Poètes, Editions Atril, 1998 (texte obtenu par la liste de discussion Groupe "Genre et mondialisation", ATTAC France)

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