Des violences faites aux femmes s’intensifient au Swaziland

Mantoe Phakathi s’entretient avec HLOBISILE DLAMINI-SHONGWE, un activiste de genre

Portant toujours un t-shirt de campagne au slogan "ASSEZ, avec les violences faites aux femmes", Dlamini-Shongwe, directeur des relations publiques du Groupe d’action contre les abus au Swaziland (SWAGAA) a pris part au lancement des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre à la fin de novembre à Jubilee Park, à Manzini.

IPS : Vous avez lancé les 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre qui a pris fin début décembre. Que comptez-vous atteindre avec cette campagne ?

Hlobisile Dlamini-Shongwe : Fondamentalement, c’est lorsque nous regardons en arrière et faisons le point des réalisations dans les interventions contre les violences basées sur le genre et également lorsque nous mesurons le niveau des violences dans le pays pour voir si, considérant les statistiques, nous avançons ou reculons.

C’est également un moment de réunir les gens et de dire ce n’est peut-être pas tous les jours que vous voulez nous écouter et agir, mais pendant les 16 jours, soyons ensemble et souvenons nous de ceux qui sont morts par la violence. C’est aussi l’occasion de laisser la société promettre que nous n’allons pas nous engager dans des actions violentes ni tolérer les violences faites par d’autres.

IPS : L’observation faite par le SWAGAA est que les violences faites aux femmes et aux filles dans le pays sont en hausse malgré les efforts pour freiner ce fléau. Quel est le niveau des violences basées sur le genre dans le pays ?

HD : De manière décevante, les chiffres ne font qu’augmenter. Nous parlons maintenant d’une moyenne de 13 cas enregistrés chaque semaine et, parmi eux, 80 pour cent sont des violences perpétrées contre les femmes et les enfants, en particulier les enfants filles.

IPS : Quelles sont les raisons qui expliquent les violences répétées faites aux femmes malgré le nombre d’interventions contre les violences basées sur le genre ?

HD : Les chiffres augmentent de deux façons. Premièrement, cela pourrait être un fait qui existait avant la formation du SWAGAA, qu’auparavant les gens dénonçaient rarement les cas de violences basées sur le genre parce que cela était comme une affaire interne gardée au sein de la famille. Mais aujourd’hui, beaucoup de personnes commencent par sortir pour faire des dénonciations.

Deuxièmement, quelques raisons pourraient expliquer pourquoi les violences s’intensifient dans la société.

IPS : Quelles pourraient être ces raisons ?

HD : Ce n’est pas seulement l’augmentation des violences qui gêne, mais nous assistons aujourd’hui à davantage de violences brutales plus que par le passé, ce qui est très inquiétant. Cela peut être lié à des facteurs tels que la dépression sociale. En tant que société, nous sommes dans une période où nous sommes très déprimés à cause des taux très élevés du chômage, de la pauvreté, du VIH/SIDA et malheureusement, nous sommes incapables de régler les problèmes et par conséquent, nous recourons à la violence.

L’autre question critique est que l’accès aux armes est trop grand dans le pays. Même les écoliers possèdent des couteaux de poche dont ils finissent par se servir dans des actions violentes.

Enfin, en matière de la lutte contre les violences basées sur le genre, la loi est un peu trop lâche. Ce qui explique pourquoi les gens continuent de commettre ce crime.

IPS : Pendant que nous parlons des lois, de quel type de lois le pays a-t-il besoin pour accélérer la lutte contre les violences basées sur le genre ?

HD : En matière de lois sur les violences dans le pays, il y a des lacunes. Actuellement, la loi définit le viol comme un rapport sexuel illégal avec une femme et cela ne prend pas en compte les garçons qui ont été sodomisés. Nous avons une loi datant de 1920 aux termes de laquelle une femme battue par son mari est considérée comme une agression courante qui est une infraction légère.

Étant donné le taux auquel de tels cas se produisent, nous sentons qu’ils devraient évoluer à un niveau plus élevé. Selon la loi, une déclaration d’enfant ne constitue pas une preuve suffisante en cas de viol, il faut un adulte qui ait été témoin de l’acte. Nous pensons que la déclaration d’un enfant est suffisante pour inculper un auteur.

À l’ère du VIH/SIDA, il n’existe toujours pas une loi au Swaziland qui traite du viol conjugal. Pourtant, nous savons qu’il est difficile aux femmes de négocier un rapport sexuel sans risque et il n’existe pas une loi qu’une femme pourrait utiliser contre son mari qui l’a violée. Cela fait que les femmes sont même plus vulnérables au VIH/SIDA.

L’autre problème critique c’est le retard que cela prend pour assigner les auteurs présumés devant un tribunal.

IPS : Comment le retard dans la justice affecte-t-il les cas de viol, notamment des enfants ?

HD : Aujourd’hui, nous avons vu des cas d’enfants qui ont été violés quand ils avaient huit ans, mais trois à quatre années après, l’affaire n’a pas été amenée devant les tribunaux. Les auteurs finissent par être relâchés parce que les enfants oublient certains détails au fur et à meure qu’ils grandissent. Vous trouvez qu’il y a toujours des contradictions dans les preuves — l’homme noir maigre n’est plus l’homme gros aux cheveux gris qui a été arrêté il y a cinq ans.

IPS : La prévalence du VIH/SIDA demeure élevée dans le pays. Trente et un pour cent de femmes, contre 20 pour cent pour les hommes de la tranche d’âge de 15 à 49 ans, sont infectées par le VIH/SIDA. Quel est le lien entre le VIH/SIDA et les violences basées sur le genre ?

HD : Il existe un grand lien entre les violences basées sur le genre et le VIH/SIDA. Pendant les huit années que j’ai travaillé pour le SWAGAA, je n’ai jamais vu un cas de viol où l’auteur a utilisé un préservatif. La plupart des femmes sont physiquement abusées et elles ne négocient pas pour des relations sexuelles sans risque et, ce qui est pire, le viol conjugal au Swaziland n’est pas un crime.

IPS : Récemment, nous avons vu des cas croissants de saisie de biens où les familles des gens qui sont morts viennent et, par la force, s’emparent de l’héritage des orphelins et des veuves.

HD : La saisie des biens tend à devenir monnaie courante. Malheureusement, nous n’avons pas une structure de protection sociale globale à laquelle les enfants et les veuves peuvent recourir pour que leurs problèmes soient réglés.

Actuellement, nous voyons beaucoup d’orphelins et de veuves qui sont jetés de leurs maisons ou se voient saisir leurs propriétés. Peu de choses sont faites pour les aider.

30 décembre 2008

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