Droit des femmes versus religion ?

22 avril 2016, par Aichatou Ouattara

Aichatou Ouattara est auteure sur Afrofeminista, blog traitant des problématiques de genre en Afrique et dans la diaspora.

Le 15 mars 2016, les sénateurs nigérians ont rejeté en seconde lecture une proposition de loi visant à éradiquer « le traitement inhumain, humiliant et dégradant réservé aux femmes » du pays. Cette proposition visait notamment à octroyer des droits aux femmes en matière d’éducation, d’héritage et de mariage dont le droit pour une veuve d’hériter des biens de son mari. Les sénateurs ont justifié leur opposition au texte par le fait que celui-ci serait contraire aux préceptes religieux de la Bible et de la Charia. Ce rejet a provoqué la colère et la déception de nombreuses associations de défense des droits des femmes.

En lisant cette information il y a quelques jours, je ne fus malheureusement pas étonnée. L’argument de l’inadéquation de mesures visant l’émancipation féminine aux texte religieux ne date pas d’aujourd’hui et le Nigeria n’est pas un cas isolé. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont également vu leurs dispositions légales en faveur des femmes critiquées en raison de la non conformité aux croyances religieuses. En effet, l’interprétation restrictive des textes religieux constitue un obstacle à la mise en place de mesures favorisant les droits des femmes en Afrique.

Et c’est la que bât blesse ! L’émancipation des femmes africaines est un enjeu essentiel pour le développement du continent. Cette émancipation ne saurait être entravée en raison de croyances religieuses ou plutôt de l’interprétation des dogmes qui auraient pour but de maintenir la femme dans une position d’éternelle subordonnée.

Il est donc temps, selon moi, de procéder à une relecture des textes religieux et de repenser la place des femmes dans les deux religions monothéistes. Il est également nécessaire d’arrêter d’opposer le droit des femmes à la religion comme deux principes antagonistes. L’existence du féminisme musulman et du féminisme chrétien démontrent qu’il n’y a pas d’antinomie entre la pratique d’une religion et le désir d’émancipation. Leur travail de déconstruction des traditions patriarcales dans leurs religions respectives est essentiel afin que la religion ne soit plus utilisée pour justifier le non-respect des droits des femmes.

Enfin, il est important de souligner que les sociétés africaines précoloniales étaient matriarcales et accordaient une place importante aux femmes. L’introduction sur le continent africain de l’islam et du christianisme ont profondément modifié la place occupées par les femmes.

Sylvia Serbin l’explique dans l’interview qu’elle m’a accordé récemment en ces termes : « (…) Au moment de la colonisation, des sociétés où le rôle de la femme était jadis valorisé ont progressivement bridé la latitude dont elle disposait, au fur et à mesure de l’acculturation des nouvelles élites à la civilisation occidentale. Désormais, seul le pouvoir masculin devait être valorisé. Et c’est ainsi que les femmes ont perdu leur influence. »

Par conséquent, nonobstant la pratique des religions monothéistes, l’Afrique doit également puiser dans ses traditions ancestrales et séculaires afin d’octroyer aux femmes la place qu’elles méritent. Le droit des femmes est un principe universel non négociable et qui ne saurait être subordonné à des interprétations des textes sacrés qui en substance prônent la tolérance et l’égalité.

En savoir + : https://afrofeminista.com/

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