Droits de la femme et lutte contre les discriminations a l’égard des femmes - Sensibiliser à travers des causeries éducatives, un exemple d’activité.

15 janvier 2014

Jules AKEZE - julesakeze chez yahoo.fr -Chargé des Activités/Projets d’Education aux Droits Humains à l’Université de Maroua ;
- Fondateur du Club d’Education aux Droits Humains et à la Paix (CEDHP) de l’Université de Maroua ;
- Point Focal à Maroua de la Section Camerounaise de l’Association Mondiale pour l’Ecole Instrument de Paix (EIP-Cameroun ;
- Membre de la Communauté EQUITAS ;
- Membre de l’IIDH de Strasbourg.

Du contexte et de la justification

Les droits des femmes sont les prérogatives appartenant aux femmes en tant que telles, de tous les âges, qui existent indépendamment de leur institution ou leur interdiction par la loi ou la coutume dans une société particulière. Les droits des femmes font partie de la notion plus générale de droits de l’Homme. Les femmes sont en général tout autant touchées que les hommes par les violations des droits humains. Cependant, les formes de violence subies par les femmes sont moins visibles, car elles se passent souvent dans la sphère privée. Ces violations des droits des femmes sont liées aux rôles attribués aux femmes dans la société, avec les devoirs qui leur sont octroyés, et avec les exigences familiales envers elles.

Une étude menée en 2005 par l’ONU a révélé que dans plusieurs pays (y compris le nôtre), il est un certain nombre d’hommes et même de femmes qui pensent qu’il est justifiable pour un homme de battre sa femme dans certaines conditions. Non seulement cela est absolument faux, mais il s’agit là d’une attitude dangereuse. Il n’existe aucune excuse pour les abus contre les femmes.

Au Cameroun, et spécialement dans la région de l’Extrême-Nord, de nombreuses femmes et filles souffrent toujours de pratiques néfastes, telles que la mutilation génitale ou le mariage précoce. Nous devons dénoncer haut et fort ces pratiques. Le respect de la culture est important mais seulement tant qu’elle prône les valeurs positives. Nous ne pouvons pas justifier de perpétuer des traditions qui causent la souffrance.

Les Nations Unies ont lancé une campagne mondiale pour combattre la violence contre les filles et les femmes. La Campagne contre la violence sexuelle faite aux femmes et aux jeunes filles a été lancée en 2008 et demande à tous les Etats de mettre en place un cadre législatif, des programmes d’action, des mesures préventives et d’autres efforts pour lutter contre cette violence. Ainsi le 25 novembre de chaque année, l’ONU célèbre la Journée mondiale pour l’éradication de la violence contre les femmes (plusieurs manifestations à travers le monde).

Le constat qui a été fait, est que si les femmes et hommes non instruits étaient ignorants des droits des femmes, ils n’étaient pas les seuls dans cette situation. Raison pour laquelle nous pensons que des activités de sensibilisation et d’éducation auxdits droits sont indispensables.

A cet effet, une causerie éducative a récemment été organisée dans la salle des actes de l’institut supérieur du sahel sur le thème : « droits de la femme, discriminations à l’égard des femmes ». Ladite causerie a été initiée et animée par Jules AKEZE (fondateur du CEDHP), éducateur aux droits humains, membre de l’EIP-Cameroun, et de la communauté EQUITAS, actuel Chef de Service de la Coopération Extra-Africaine à l’Université de Maroua et chargé de l’éducation aux droits humains dans ladite Université.

De la méthodologie

Tout au long de la rencontre, la méthode participative a été appliquée. Nous partons du principe que chaque participant ou participante, de par son vécu ou ses expériences, est un(e) potentiel(le) expert(e). La causerie est arrosée de quelques dynamicas (histoires drôles, danses, chants, …) qui agrémentent la rencontre et permettent de maintenir les esprits éveillés.

De l’ordre du jour

- A l’ouverture, les présentations, le code de conduite, et la répartition des tâches constitueront la partie « brise-glaces » de cette rencontre, permettant une participation totale de chacun et de chacune aux diverses phases de la causerie.

- La première partie a permis de revenir sur les concepts de « Droits Humains (DH) », « Education aux Droits Humains (EDH) », et surtout sur la nécessité d’une EDH.

- Dans la seconde partie, il a été essentiellement question des droits de la femme, des discriminations à l’égard des femmes et des violences à l’égard des femmes.

- La dernière partie a surtout été question des recommandations/résolutions.

De la première partie

Dans cette partie, il a été rappelé, après différentes interventions de l’assistance, que les droits humains (DH) sont les droits fondamentaux de chaque personne, du simple fait d’être un être humain.

Il en est ressorti également que l’éducation aux droits humains (EDH) vise à développer une meilleure compréhension de la responsabilité commune de tout mettre en œuvre pour que les droits humains soient une réalité au sein de la communauté et de la société.

Trois grandes raisons ont justifié la nécessité de l’EDH :
- Les personnes conscientes de leurs droits ont de meilleures chances de les respecter ;
- Apprendre à connaître ses droits rend chacun plus respectueux de ceux d’autrui, ce qui conduit à des sociétés plus tolérantes et plus pacifiques ;
- La connaissance des droits humains, largement répandue dans la collectivité, est la meilleure et la plus sûre défense contre les risques de violations desdits droits.

De la deuxième partie

Après avoir rappelé que les droits des femmes sont les prérogatives appartenant aux femmes en tant que telles, de tous les âges, qui existent indépendamment de leur institution ou leur interdiction par la loi ou la coutume dans une société particulière, l’on est arrivé au fait que le militantisme en faveur des droits des femmes vise le plein épanouissement de chaque femme.

Puis un rapide détour a permis de revenir sur les quatre conférences mondiales organisées sur les droits des femmes :
- Mexico en 1975 : engagement d’un dialogue mondial ;
- Copenhague en 1980 : début du processus d’évaluation ;
- Nairobi 1985 : naissance du féminisme mondial ;
- Beijing en 1995 : leg du succès.

Ensuite, le groupe s’est attardé sur les discriminations à l’égard des femmes, dont on retiendra qu’il s’agit de toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur état matrimonial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine.

Le modérateur profitera pour préciser à tout le monde l’existence d’instruments internationaux de promotion, et protection non seulement des droits humains en général, mais également des droits des femmes en particulier. C’est ainsi qu’il passera tour à tour sur :
- la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, DUDH, du 10 décembre 1948 ;
- la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, CEDEF, du 18 décembre 1979, entrée en vigueur le 3 septembre 1981 ; (ratifiée par le Cameroun le 23 août 1994) ;
- le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples relatif aux Droits de la femme – Protocole de Maputo, (adaptation aux réalités africaines de la CEDEF), du 6 octobre 1999, entré en vigueur le 11 juillet 2003 ; (ratifié par le Cameroun le 28 mai 2009).

Dans cette partie, il a également été relevé la polémique mettant en exergue le fait que les revendications féministes entrent parfois en contradiction avec les normes religieuses et morales des sociétés, à l’exemple des droits au divorce, à l’avortement, à la contraception, au mariage lesbien, à la prêtrise, à la liberté d’expression.

Ont fait suite à cela, les échanges sur les différences sociales entre les hommes et les femmes. Ici, il ressortira que dans la plupart des sociétés modernes, les femmes ont, de par la loi, les mêmes droits que les hommes. Elles ont donc théoriquement accès aux mêmes fonctions et positions. Le fait que cette égalité théorique ne soit pas traduite par une égalité dans les faits, constitue un sujet de débat entretenu notamment par les féministes. Il est également apparu que ces différences ressortent très nettement tant sur les plans économique et politique que de la science, de la famille ou de la sexualité. Dans de nombreux pays, les femmes modernes ont le droit d’exercer des métiers autrefois réservés aux hommes. Mais elles sont encore peu nombreuses. La femme au foyer a longtemps été la norme (maternité/fécondité y occupant une place de choix). Malheureusement, cet état de choses persiste dans la tête de beaucoup de personnes, autant les hommes que les femmes elles-mêmes.

Pour clore cette deuxième partie, le groupe a échangé sur les diverses formes de violences subies par les femmes. Quelques types de violences ont notamment été relevés : la violence domestique, le trafic, les mutilations génitales féminines, ... L’on s’est rendu à l’évidence que la violence à l’égard des femmes est reconnue comme un problème grave et envahissant de la société d’aujourd’hui. Des femmes sont maltraitées simplement parce qu’elles sont des femmes. La plupart des mauvais traitements qui sont infligés aux femmes le sont par des personnes que les victimes connaissent, ainsi par exemple, 95 % sont des victimes de la violence conjugale (d’après des études faites par les Nations Unies).

« La violation des droits de l’homme la plus honteuse se caractérise sans doute par la violence à l’égard des femmes. Elle ne connaît pas de clivages géographiques, culturels ou sociaux. Tant que des actes violents continueront d’être perpétrés, nous ne pourrons prétendre à des progrès pour atteindre l’égalité, le développement et la paix. » Kofi Annan,
Ex-Secrétaire Général des Nations Unies.

De la troisième partie

Les recommandations et résolutions de la dernière partie ont montré la nécessité de :
- éduquer/sensibiliser toutes les couches de la société, toutes les sociétés ;
- organiser des échanges entre femmes ;
- susciter le changement des mentalités ;
- cultiver la dénonciation et punir de façon systématique des violations des droits des femmes, particulièrement celles relatives aux violences à l’égard des femmes.

La connaissance, des droits des femmes (tant par les femmes elles-mêmes que par les hommes) est un facteur important de la prévention et de la lutte contre ces phénomènes. « Il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l’homme seront violés en quelque partie du monde ». René Cassin, 1968.

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