Droits des Femmes : le rapport d’EuroMeSCo provoque le débat

La présentation du rapport d’EuroMeSCo, « Les femmes en tant que participantes à part entière à la Communauté euro-méditerranéenne d’États démocratiques », lors de la réunion préparatoire de la conférence ministérielle sur les droits de la femme, ayant eu lieu à Rabat du 14 au 16 juin, a suscité un débat et une polarisation intenses.

Le débat a gravité autour de trois questions essentielles :
- la définition contestée de l’« islamisme » ;
- est-il possible de parler de féminisme islamiste ou s’agit-il d’une contradiction dans les termes (et par la même, comment les féministes laïques devraient-elles se positionner vis-à-vis du féminisme islamiste) ;
- et enfin quel rapport existe-t-il entre islamisme et démocratie.

La discussion s’est centrée sur les cinq pages du chapitre intitulé « Les femmes et l’Islam politique » (pages 29-33), où il est essentiellement expliqué que la majorité des mouvements islamistes ont une position paradoxale. En effet, s’ils défendent les droits politiques de la femme et, dans ce sens, sont une force progressive, ils nourrissent en revanche souvent une vision conservatrice des droits privés ou familiaux de la femme. Des mouvements féministes s’approprient de l’Islam dans une tentative de légitimer leurs aspirations au travers d’une interprétation féministe des textes religieux islamiques.

Définir « islamiste » et « islamique » dans le discours politique

Certains ont exprimé leur désaccord vis-à-vis du vocabulaire employé pour définir les courants islamistes. En effet, aucun consensus n’existe parmi les spécialistes quant à la façon de qualifier ou cataloguer ces mouvements. Nous nous sommes heurtés à ce problème lors de la rédaction du rapport et avons résolu, en l’absence d’une définition suffisamment précise, de clarifier dès le début le sens attribué aux termes que nous avons employés.

Féminisme islamiste : une contradiction dans les termes ?

D’après des critiques émises quant au rapport, les mouvements islamistes constituent l’un des problèmes fondamentaux, sinon le principal, dans la lutte pour les droits de la femme dans la région et parler de féminisme islamiste est dénué de sens. Selon d’autres avis, en se concentrant exclusivement sur des mouvements islamistes qui ont une perspective conservatrice des droits spécifiques de la femme, le rapport a échoué à mettre en exergue les mouvements islamistes féministes progressifs qui ont émergé dans plusieurs pays. En bref, des vues diamétralement opposées sur des dérives ou l’interprétation du rapport sont évidentes.

Démocratie sans islamisme : nécessité ou impossibilité ?

Certains participants ont trouvé inacceptable qu’on puisse permettre aux mouvements islamistes de participer librement à l’arène politique, car ceci implique un engagement envers des acteurs antidémocratiques comparables à l’extrême droite xénophobe européenne. Les auteurs du rapport d’EuroMeSCo, en revanche, sont convaincus du fait que, sans la participation à la vie publique des courants islamistes non violents, la réforme démocratique - et donc les droits de la femme - demeurera bloquée, ce qui ne signifie pas pour autant que les acteurs aspirant à la démocratie et à la réforme ne doivent pas s’engager dans un combat contre les idées obscurantistes nourries par certains de ces mouvements.

Nous avons préparé ce rapport sur le postulat que la démocratie et les droits de l’homme étaient les objectifs communs adoptés par les signataires de la Déclaration de Barcelone en 1995 et que ce sont ces questions clés qui influent sur le débat autour de l’évolution des droits de la femme, notamment la pleine jouissance des droits exclusivement garantie par l’exercice démocratique. C’est la raison pour laquelle nous affirmons que les droits de la femme s’inscrivent dans le projet à long terme d’établir une Communauté euro-méditerranéenne d’États démocratiques.

Promouvoir la liberté d’expression et les débats : comment agir dans la discorde ?

Certains ont laissé entendre que les cinq pages polémiques du rapport d’EuroMeSCo devaient être revues, tandis que selon d’autres, les commentaires émis au cours de la réunion devaient y être insérés. Il me semble qu’aucune de ces propositions n’amène une réponse satisfaisante à la discussion et polarisation suscitées par le rapport.

En effet, ces propositions offrent peu d’assurance que les rapports de réseaux demeurent intellectuellement autonomes et indépendants et elles n’oeuvrent guère à la promotion du rôle de tels textes dans la création d’une enceinte de débat pluraliste. Il ne nous a jamais traversé l’esprit de demander à autrui de modifier un rapport pour être en désaccord avec son contenu. Évidemment, il en va autrement de dire que les faits ou les données présentés dans un rapport ne sont pas précis, quand bien même le plus grand soin est pris pour en assurer l’exactitude. Si de telles erreurs sont trouvées dans ce rapport, nous les corrigerons, comme nous l’avons déjà fait une fois.
En ce qui concerne la version arabe du rapport, nous avons veillé à ce qu’elle corresponde fidèlement à l’original, étant donné que des nuances de la traduction ont également été contestées.

L’occasion de lancer un débat honnête

Je pense qu’il serait dommage de perdre l’occasion d’engager un débat - quelque passionné qu’il soit - honnête et profond au sujet des questions présentées dans le rapport. C’est ce que nous avons essayé de faire quand nous avons déclaré à Rabat que nous considérions ce rapport comme la plateforme de lancement ou le tremplin d’un processus de discussion et d’analyse d’une question essentielle tant pour les partenaires du Nord que du Sud du PEM, ainsi que pour le projet d’inclusion euro-méditerranéenne dans la diversité.

Nous ouvrons donc cet espace de débat autour du rapport, de façon à ce que vous puissiez exprimer librement votre opinion et prendre part à cette polémique.
Les questions les plus sensibles concernent la définition, contestée, d’ « islamisme », la nature du féminisme islamique et de son rapport avec le féminisme laïque et les droits de la femme ; et le rapport entre islamisme et démocratie. Nous devons toutefois noter que, si une discussion ouverte au sujet des questions clés citées ci-dessus est cruciale, il faut rendre justice au reste du rapport qui aborde de nombreuses questions importantes et dont la préparation a exigé les efforts de beaucoup de personnes.

Nous espérons également que vous nous ferez part de vos points de vue concernant nos propositions. Grâce à cela, vous contribuerez au processus de réflexion qui pourra servir de substance aux réunions ministérielles euro-méditerranéennes concernant les droits de la femme.

Álvaro Vasconcelos,
directeur de l’IEEI,
Secrétariat EuroMeSCo

Cliquez ici pour télécharger l’intégralité du rapport "Les femmes en tant que participantes à part entière à la Communauté euro-méditerranéenne d’États démocratiques"

Source et accès au forum de débats :
www.euromesco.net

Télécharger

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter