EDUCATION POUR TOUS : LA FORMATION DES FORMATEURS

‘Education pour tous’ ne doit pas être seulement synonyme d’ ‘accès à tous à l’éducation’. C’est aussi l’égalité des chances dans la réussite et plus tard pour l’emploi. Elle inclut dès lors une dimension genre et fait appel à l’équité, donc à un traitement impartial accordé aux garçons et aux filles, en fonction de leurs besoins respectifs. Ainsi, l’on ne doit plus seulement se soucier du nombre de garçons et filles qui entrent à l’école ou du ratio garçon/fille, mais également de la chance donnée à l’un et l’autre pour réussir les études.

Comment atteindre cet objectif ?

Il faudra agir à la fois sur les deux groupes principaux impliqués dans le développement social de l’enfant : la famille et l’école. En effet la compromission des chances des enfants, surtout des filles, commence à la maison avec la famille à travers des traitements différenciés pour garçons et filles : moins de temps d’études accordé aux filles en général, moins de structures ou programmes d’études mis à leur disposition, moins de sévérité face à leur mauvaise performance à l’école ou moins d’encouragement en cas de réussite…. A ce manque d’investissement des parents dans la réussite des filles, s’ajoutent souvent à l’école beaucoup d’autres comportements ou appréciations en leur défaveur : moins de temps de parole à elles accordé, mauvaise distribution des tâches dans l’apprentissage ou dans l’entretien de la classe, plus de tolérance à leurs erreurs surtout dans les filières scientifiques, sexisme dans certaines orientations scolaires…. Il y a lieu d’équilibrer les rapports aux garçons et filles dans les foyers et à l’école, d’où la nécessité de sensibiliser les éducateurs ou formateurs à cette nouvelle donne.

Au niveau de la cellule familiale

Les parents doivent être impliqués dans la recherche de solutions et la mise en application de ces solutions pour garantir l’égalité des chances entre garçons et filles. Il est souhaitable d’inviter les parents d’élèves ou des associations existantes de parents à réfléchir sur la situation actuelle des jeunes filles ou des femmes : manque d’emplois ou emplois précaires ; emplois non valorisants ou qui demandent plus d’effort et garantissent moins de revenu…. Ce tableau des conditions de la femme, présenté chiffres à l’appui, permettra de lancer le débat sur des propositions concrètes de solution en vue d’actions concertées. Le processus d’implication des parents est primordial, même si ces derniers n’ont souvent pas grande manœuvre pour diverses raisons, entre autres :

- peu de moyens financiers

- faible niveau d’études

- éclatement de la cellule familiale ou instabilité de celle-ci

- doute sur l’utilité des études

- questions d’ordre religieux ou culturel qui limitent chez les filles la possibilité de sortir pour intégrer un groupe de travail.

L’accord des parents surtout par rapport à ce dernier point permettra d’envisager des solutions alternatives efficaces telles que l’intégration des filles dans des structures de soutien scolaire ou des groupes universitaires de travail, avec pour garantie le temps nécessaire aux études. Cet acquis sera une barrière levée et le début de véritables actions dans la famille pour l’égalité des chances dans l’éducation.

Au niveau des lieux d’apprentissage

La sensibilisation des éducateurs ou formateurs aux concepts liés au genre est souhaitée, que ce soit dans les établissements scolaires ou dans les structures extrascolaires. Cette sensibilisation mise en application quotidiennement par ces éducateurs permettra de déceler aussi bien à leur niveau qu’au niveau des apprenants, des faits, gestes ou propos discriminatoires du point de vue genre, et par la suite d’effectuer une démarche positive d’actions en direction des apprenants. Une démarche pédagogique à la mesure du public cible et appliquée avec succès auprès des adolescents garçons et filles en milieux scolaire et extrascolaire consiste à :

-  Découvrir les préconceptions des jeunes

-  Bâtir de « situations-problèmes » pour corriger ces préconceptions

-  Motiver les jeunes, en particulier les filles, aux études scientifiques

-  Sensibiliser les jeunes au ‘langage neutre’

En effet les jeunes ont des idées préalables (préconceptions) sur les rapports garçons/filles, que ces idées soient fausses ou erronées, conscientes ou non. La construction de dispositifs (situations-problèmes) pour corriger ces idées suppose la connaissance ou la détection de celles-ci. Les préconceptions peuvent être décelées en réalisant auprès des jeunes une enquête questionnaire. Les résultats de cette enquête sont souvent influencés par beaucoup de facteurs (lieu de l’enquête, enquêteur, conditions de l’enquête, effet de groupe…) auxquels il faudra faire attention dans leur analyse. La découverte des préconceptions est une démarche primordiale car elle permet d’apprécier la sensibilité du groupe cible à l’aspect genre.
De même, la découverte et la correction des préconceptions doivent être soutenues par une sensibilisation au ‘langage neutre’ auquel les jeunes s’habitueront afin d’oublier leur langage stéréotypé.
Enfin, pour garantir une vraie éducation pour tous, il faudra donner aux jeunes une même chance dans l’accès aux études, dans la poursuite des études dans toutes les filières et options, afin de garantir plus tard les mêmes chances aux hommes et aux femmes dans l’accès, le contrôle et la distribution des ressources disponibles. Ceci implique une action supplémentaire de motivation des filles aux études dans les filières scientifiques, filières qui garantissent de nos jours des emplois sécurisants et variés.

Le débat de genre sous-tend l’éducation pour tous et il est aussi délicat qu’un débat religieux ou idéologique car rencontre des résistances d’ordre culturel et religieux. Il est donc important de former les enseignants ou animateurs en genre afin de contribuer au développement social équitable. /.

Charlemagne Patrice ADOKPO
adokpat chez yahoo.fr ; Padokpo chez ulb.ac.be
Bruxelles 20/04/2007

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