Edito. Pour qu’on vous entende, parlez dans le micro !

Le monde est GLOCAL. Des politiques globales (internationales et transnationales) influencent non seulement le cadre des échanges économiques mondiaux mais aussi les politiques nationales et, par ricochet, la vie quotidienne, à l’échelon local, des citoyens et des citoyennes. Dans cette réaction en chaîne, les relations de genre sont forcément touchées. Pour le meilleur ou pour le pire ?

"MIC MAC dans le genre" : comment penser les niveaux micro- et macro- des politiques économiques et leur impact sur les femmes et les hommes ?

Comprendre les effets (bénéfiques ou toxiques) des politiques macro sur le micro est un premier axe. Faire émerger, à partir du local, les réalités des inégalités de genre, afin qu’elles influencent les politiques macroéconomiques, en est un autre. Une récente formation « MICMAC » en ligne, conduite par Genre en Action depuis avril dernier dans le cadre du projet de Réseau des Observatoires de l’Egalité de Genre, a permis de faire quelques pas de plus dans les deux directions.

La formation en ligne a réuni 20 personnes – dont 4 hommes –, travaillant dans des associations jouant un rôle d’observatoires du genre au Tchad, à Madagascar, en Côte d’Ivoire, en Haïti, au Sénégal, en RDC et au Bénin. Quatre phases au programme : comprendre le lien entre les politiques macro et le genre, appréhender les outils de recherche et les indicateurs et, développer et appliquer une mini-recherche sur un terrain et une thématique choisies. La 4ème phase en octobre, permettra de capitaliser les impacts de la formation avec du recul.

Il a d’abord fallu clarifier les concepts associés au genre, ceux associés à la macroéconomie, et les croiser. Les discussions ont interrogé la place du genre dans le commerce international, la fiscalité, les politiques de l’emploi, les cadres de réduction de la pauvreté etc. Nous avons parlé de modèles macro-économiques, d’interventions meso-économiques (les déboires du micro-crédit…) et de micro-économie bien sûr (économie des ménages, formelle, informelle, invisible, du care).

Nous avons parlé d’intersectionnalité (différentes catégories de femmes et d’hommes sont affectés différemment par les retombées des politiques sur leur vie), de droits (formels et informels) et des dénis de droits (légalisés ou coutumiers) qui impactent l’économique. Nous avons croisé les modèles économiques et ceux du genre, leurs hypothèses et stéréotypes, leur complicité au cœur du patriarcat. Pour conclure, avec Bertin (RDC), que « la vie de chaque jour des hommes et des femmes en tant qu’agents économiques comporte des éléments qu’il faut questionner selon le genre : le temps, les activités de reproduction, les gains, le capital, les micro crédits, le travail rémunéré ou non rémunéré, la nature de l’emploi … ». Des lectures et des outils pédagogiques sont venus en soutien aux discussions.

Puis la formation a mis l’accent sur les méthodes de recherche. En tant qu’observatoires du genre portés par la société civile, qu’avons-nous besoin de savoir, de documenter, pour plaider en faveur de politiques macroéconomiques et d’une budgétisation sensibles au genre ? Quelles données sommes-nous capables de collecter, d’analyser, d’utiliser ?

De la théorie à l’action : des pistes de recherche-action pour influencer les politiques macro-économiques

Il est clair que, globalement, les associations sont en manque de compétences et de ressources humaines, techniques et financières pour s’attaquer directement au niveau macro. Mais elles peuvent, en faisant le lien avec leur domaine d’intervention, et en recueillant des informations comparatives sur le vécu des femmes et des hommes, développer à leur niveau des arguments pour un changement plus global. Les participant-e-s se sont familiarisés avec des méthodologies telles que les budgets-temps, ont repéré ou défini des champs d’observation et des indicateurs, et ont discuté différentes méthodes d’enquête selon leur pertinence pour le genre.

Au final, quatre applications ont été faites dans le temps de la formation, les autres seront réalisées d’ici octobre. A Madagascar, plusieurs personnes se sont penchées sur un cadre d’observation du genre pour le secteur informel marchand non-agricole. Au Bénin, c’est un cadre pour le suivi de la budgétisation locale, en termes de gouvernance et de genre, qui a été choisi, ainsi qu’une enquête budget-temps. En RDC, il s’agit de chercher les effets du micro-crédit sur le statut des femmes et des hommes au sein du ménage et de la communauté. Au Tchad, l’étudiante propose de travailler sur les femmes qui mènent des activités maraichères dans les milieux périurbains. En Haïti, c’est l’impact sur les politiques macroéconomiques de la place des femmes dans les processus de décision qui sera étudié.

Nous avons manqué de temps (la formation a été rallongée d’un mois), de connexions (la fracture numérique frappe durement), de disponibilité (il n’est pas aisé de se former, même en ligne, tout en travaillant, voyageant …), de moyens (l’animation, professionnelle, était bénévole), mais pas d’enthousiasme ! A partir des échanges, nous allons produire un glossaire, des études de cas, des argumentaires. Autant d’outils qui permettront d’améliorer les modes opératoires des associations qui souhaitent combiner l’observation, la collecte, l’analyse et l’action de plaidoyer pour la réduction des inégalités de genre.

Par Jeannine Ramarokoto et Claudy Vouhé (formatrices MICMAC, membres du CA de Genre en Action)

En savoir + :
ROEG : Réseau des Observatoires de l’Egalité de Genre
Les axes de recherche-action de Genre en Action dans le cadre du ROEG :
MIC MAC dans le genre
VGMS : violences de genre en milieu scolaire.

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