Egalité des femmes - bilan africain une décennie après Pékin

Dix ans après la Conférence Mondiale sur les femmes à Beijing, dont le thème était « Lutte pour l’égalité, le développement et la paix », quel bilan peut-on tirer des mesures prises et quels sont les résultats des stratégies mise en œuvre pour améliorer la vie des femmes africaines et établir l’égalité entre les femmes et les hommes ?

http://www.chairesunescoafrique.org/article.php3?id_article=71

Le 6-14 octobre 2004, a eu lieu, à Addis Abéba (Ethiopie), la dernière Conférence Régionale africaine sur les femmes. Celle-ci a été organisée conjointement avec le Forum pour le développement de l’Afrique 1V sur la gouvernance. Comme souligné plus haut, l’accent a été mis sur l’examen décennal de la mise en œuvre des Plate formes d’action de Dakar et de Beijing en Afrique (Beijing+ 10).

Lors de cette Conférence, la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) a présenté l’indice du développement et des inégalités entre les sexes en Afrique (IDISA). C’est un outil que le Centre africain pour le développement (CAGED) a mis au point pour aider les planificateurs, les décideurs politiques et la société civile à mesurer l’égalité entre les hommes et les femmes. Plusieurs recommandations ont été adoptées pour renforcer les stratégies mises sur pied afin d’accélérer l’avancement des femmes avant Beijing +10.

A l’approche de l’heure du bilan, il faut se rendre à l’évidence, qu’il reste d’énormes efforts à faire pour donner un coup de fouet et impulser une nouvelle dynamique qui permettrait d’instaurer plus d’égalité entre les femmes et les hommes.

Les thèmes prioritaires de la plate forme de Dakar sont les suivants :

- Pauvreté, sécurité alimentaire et pouvoir économique,

- Education, formation, science et technologie,

- Culture, famille et socialisation

- Santé, procréation et planification familiale,

- Environnement et gestion des ressources naturelles,

- Processus de paix,

- Politique,

- Droits,

- Données par genre,

- Communication, information et arts.

Tous ces thèmes sont prioritaires les uns aussi bien que les autres, et le besoin est partout.

En effet, dans le monde, en 2005, on fêtera les 10 ans de la plate forme de Beijing. Mais, pour l’Afrique, d’ores et déjà un « sinistre » constat s’impose, ce sont 10 années de galère et de survie. Si les femmes de quelques pays africains ont pu bénéficier pendant cette décennie des mesures qui ont permis une amélioration de leur vie, pour la majorité des africaines, il faut se rendre à l’évidence, qu’elles ont plutôt eu à mettre leur famille à l’abri des guerres et à assurer la survie de celle-ci. Les diverses crises économiques dues à l’ajustement structurel et à la dévaluation du Fcfa ont jetées les milliers de femmes dans le trou de la misère et les ont éloignées du chemin de l’égalité.

Dans le Protocole de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux Droits de la femme en Afrique, adopté par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement à Maputo en juillet 2003, les Etats parties au protocole ont mis l’accent sur la Discrimination à l’égard des femmes, la Violence à l’égard des femmes . « Préoccupés par le fait qu’en dépit de la signature par la majorité des Etats parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et de tous les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, et de l’engagement solennel pris par ces Etats d’éliminer toutes les formes de discrimination et de pratiques néfastes à l’égard des femmes, la femme en Afrique continue d’être l’objet de discrimination et de pratiques néfaste ». Aussi, dans plusieurs Articles du Protocole, et notamment le 2ème, l’accent était mis sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.

Nous ne pouvons nous empêcher de souligner l’article 6 sur le mariage, le 10 sur le Droit à la paix, le 12 sur l’éducation et la formation, (protection de la femme en particulier la petite fille contre toutes les formes d’abus), le 13 sur les Droits économiques et protection sociale, le 14 sur le Droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction. Car chaque année des milliers de femmes meurent en couche. D’autres meurent parce qu’elles tentent de faire un avortement suite à une grossesse non désirée.

L’article 20 sur les Droits des veuves est primordial ; car on ne peut compter nombre de femmes à qui les beaux-parents arrachent les enfants et jettent hors de la maison dès la mort de leur mari. L’article 22 sur les femmes âgées est aussi très important, parce que, les femmes âgées et stériles sont souvent délaissées, et se retrouvent au soir de leur vie sans soutien, n’ayant ni mari, ni enfant. Les articles touchent les vrais problèmes des femmes ; si seulement le 1/3 était mis en pratique, les Droits des femmes et l’égalité entre les femmes et les hommes seraient sur la bonne voie.

Certes il y a eu un renforcement au niveau du cadre juridique. Cependant d’autres soucis apparaissent puisque plus d’un an après l’adoption de ce protocole, sur les 53 Etats membres de l’Union Africaine, Seuls 31 pays l’ont signé et moins de 10 l’ont ratifié. Or 15 ratifications sont nécessaires pour la mise en vigueur.

Néanmoins la Déclaration des Chefs d’Etat de l’Union Africaine sur l’égalité des Hommes et des Femmes en juillet 2004 à Addis Abeba suscite beaucoup d’espoir. En effet le 6 Juillet 2004, à sa troisième session ordinaire de l’Assemblée Générale des Chefs d’Etat, l’Union Africaine a entamé un nouveau chapitre sur l’égalité des Genres dans sa politique. C’est la première fois où l’Organisation a revu le programme de la responsabilité des Femmes au plus haut degré. Une grande partie de ce sommet été consacré au dialogue sur le Genre et l’égalité. L’adoption de la déclaration solennelle sur l’égalité des Genres en Afrique par les Chefs d’Etat a été un moment historique. Elle a permis entre autre de mettre en exerce l’impact du VIH/SIDA particulièrement par rapport aux population féminines, d’inclure le Comité des Femmes Africaines pour la Paix et le Développement dans les mécanismes de l’UA.

Comme nous le constatons, beaucoup de sujets ont été passés en revu, la majorité des problèmes des femmes a été abordée et l’accent est mis sur la paix en Afrique. Mais le fait est que plusieurs pays africains sont plongés dans des guerres civiles à répétition, des conflits larvés intérieurs ou dans les conflits avec les pays voisins. Aussi, l’instabilité politique qui règne partout empêche l’instauration de la démocratie, seule gage de la paix. Seule une paix véritable permet d’initier des projets de développement durable, de mener des actions contre l’injustice et l’établissement des droits dont l’égalité entre les femmes et les hommes. Or les conflits d’origines diverses qui secouent un nombre important de pays africains empêchent toute projection sereine pour le futur.

La situation des femmes dans les conflits armés

Il est important de rappeler que les femmes sont les premières victimes des conflits armés. Beaucoup sont violées dès l’entrée des belligérants dans les villages et les villes. Réduites souvent en objets sexuels, elles sont victimes des sauvageries innommables d’où souvent le pourcentage élevé des femmes contaminées par le VIH/Sida. Les jeunes femmes et les adolescentes sont souvent emportées au même titre que tous les butins de guerre. Certaines ont perdu la raison, d’autres se sont laissées mourir de honte. Les actions conjuguées des organismes des Nations Unies comme l’UNIFEM, la Division pour l’avancement des femmes (DAW), la Commission Economique pour l’Afrique (CEA), la Commission de la Condition de la femme (CSW) etc., et des nombreuses ONG. telles que WILDAF, l’Association Internationale des femmes francophones et bien d’autres (que nous ne pouvons toutes citées), en direction des femmes sont très importantes et très appréciées. Il est aussi réconfortant de savoir que depuis quelque temps et dans certaines zones, quelques unes sont aidées par des psychothérapeutes. Mais combien sont celles qui doivent vivre avec cette agression, cette violation de l’intégrité de leur être ; tout simplement parce qu’elles sont femmes.

La femme dans l’imagerie africaine

En Afrique, de nos jours, certaines personnes ont une image négative de la femme. Il n’est pas rare de les entendre dire à propos d’une femme : « mais qui est-elle d’abord ? elle n’est qu’une femme ». Et ce genre de phrase est utilisé dans tous les milieux sociaux. Il n’est pas dans notre intention de magnifier l’Afrique pré coloniale. Cependant nous pouvons affirmer que, la femme représentait la mère, elle était celle qui donnait la vie, celle qui, après la première pluie était la seule autorisée à semer certains produits vivriers. Dans nombre de pays, malheureux était l’homme qui n’avait pas de sœur pour aller demander la main d’une femme pour lui. La femme était aussi celle qui, avec l’âge, devenait prêtresse et intervenait dans certaines cérémonies magico-réligieuses. Pour toutes ces raisons, elle était crainte et respectée. Mais depuis l’introduction d’un autre mode de vie (colonisation), elle est confinée dans les affaires intérieures, et reléguée aux oubliettes. A son encontre, chacun y va de son mépris.

Heureusement, depuis quelques décennies, de nombreuses femmes prennent la parole, d’autres prennent leurs plumes, et écrivent l’histoire des femmes de l’intérieur, leur vécu, celui des autres femmes. Une touche féminine, une nouvelle tonalité s’est imposée dans la littérature, dans les médias et dans l’audiovisuelle.

Loin fut le temps où certains hommes monopolisaient la parole, faisaient des films et écrivaient l’Histoire de la femme. Une histoire où la femme avait souvent le mauvais rôle, une histoire où elle était pour beaucoup, cause de la déstructuration des sociétés africaines. Le fait que de plus en plus des femmes s’autorisent à prendre la parole est important. Ne dit-on pas que « la parole ne se donne pas, mais qu’elle se prenne ». Cette occupation -si minime soit-elle- de l’espace publique dans les domaines, longtemps réservés aux hommes est un signe encourageant et positif pour l’image de la femme dans la mémoire collective. Elle influence la jeune génération et elle est un appui majeur pour l’égalité femme-homme.

Plusieurs femmes rentrent dans la vie politique et deviennent visibles. Elles n’occupent pas seulement l’éternel poste ministériel des Affaires sociales ou de la santé ; mais dans certains pays, elles sont Ministres de l’Education Nationale, des Affaires Etrangères (Afrique du Sud, Niger, Sénégal, Burkina Faso).

L’injustice, source des conflits

Les inégalités sont les traits communs de plusieurs régimes africains. Celles-ci sont sources de misère criante et engendrent des situations de violence chroniques. Or la paix et la sécurité sont les bases de la stabilité. Sans paix, on ne peut parler ni des Droits humains, ni de l’égalité entre les hommes et les femmes. Seule la paix et la sécurité peuvent amener les conditions qui aboutissent sur ces objectifs. C’est pour cette raison que la lutte pour la démocratie doit être un enjeu fondamental.

La démocratie engendre une répartition égale des ressources du pays. Elle instaure la paix, et de là, une politique de développement où l’Etat est maître d’œuvre et les populations, les actrices. Un pays où la société civile joue son rôle de contre-pouvoir, et où l’Etat est conscient qu’il est au service de toutes les composantes de la population et notamment les femmes est un pays qui est sur le chemin de l’égalité homme-femme. Mais il se trouve qu’en matière de justice sociale, certains de pays africains peuvent prétendre être sur une telle liste.

Appel à la volonté politique

Premières levées, dernières couchées, les femmes africaines sacrifient leur vie pour leur famille. Elles sont le socle de leur société. Elles sont visibles partout en Afrique. Dans les marchés, ainsi que dans le secteur informel. Elles sont nombreuses dans les champs de culture vivrière ou de culture d’exportation où elles sont employées comme main d’œuvre. Et c’est grâce à ces actions que le continent se tient debout. Mais malgré cette visibilité, elles sont tenues en marge des processus décisionnels à tous les niveaux. Dans la Plate-forme d’action de Beijing, il est recommandé au moins 30 % de participation des femmes aux parlements. Très peu de pays ont tenu compte de cette recommandation.

Il est important que les gouvernants prennent des mesures qui incitent les parents à envoyer leurs filles à l’école et à maintenir celles qui y sont. Que l’Etat oeuvre pour que les filles poursuivent les études supérieures ou qu’elles suivent des formations professionnelles au même titre que les garçons.

Les gouvernements africains ont pris les engagements à tous les niveaux : national et international. Beaucoup d’accords sur l’amélioration des conditions de la vie des femmes et sur leur accession aux postes décisionnels ont été signés, mais dans la réalité, ces mesures sont très peu suivies d’effets. Il est important de rappeler que les femmes représentent plus de 52 % de la population, et à ce titre le développement durable tant proclamé ne pourrait se faire tant qu’elles ne seront pas appelées à occuper des postes de décision, et tant que la majorité demeurera exclue des politiques et des projets mis en chantier.

Certes, ici et là on leur accorde des postes de responsabilités, mais donne t-on à toutes les moyens de mener des politiques adéquates ? L’un des objectifs du Millénaire pour le Développement est de promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes. Il est donc urgent de mettre en place des mécanismes et d’attribuer des ressources conséquentes qui permettent d’améliorer la vie des toutes ces femmes, de les sortir de l’extrême pauvreté dans laquelle, elles sont plongées. Et pour cela, seule une volonté politique sans faille peut faire reculer les frontières de l’inégalité et permettre de respecter les droits humains dans tous les domaines

Il va sans dire qu’il faut utiliser à cet effet, tous les instruments existants afin d’accélérer le Développement durable ainsi que la promotion de l’égalité entre les sexes et l’autonomie des femmes pour le bien être de tous.

Dr. Tassoum L. DOUAL
Sociologue Consultante

Dans la même rubrique :

Communauté

  • Devenir membre
  • Se connecter
  • Nos membres
  • Le genre se bouge
  • Publier un article

infoGENRE

S'abonner à la newsletter