Égalité des sexes à la marocaine

Quelques exemples d’informations journalistiques sur les femmes au Maroc.

Source : bulletin de l’ACDI


Les femmes demandent aux partis de leur faire plus de place
Le Matin, 05/06/06
Dans quelle mesure le champ politique au Maroc dispose-t-il le féminisme à constituer un enjeu dans le projet de changement politique et social que les partis assignent à leur action ? Dans la perspective des législatives de 2007, la féminisation des partis politiques et la présence des femmes au sein des instances dirigeantes de ces partis reviennent dans toutes les bouches comme étant des facteurs essentiels de la modernisation de ces structures.

L’on craint que le principe du quota et de la liste nationale ne soit remis en cause à la faveur de la révision du code électoral. Il faut d’abord signaler que le principe du quota utilisé dans l’établissement d’une liste nationale féminine a été le fruit d’un accord entre tous les partis politiques. Grâce à l’introduction d’un quota de 30 sièges qui leur étaient réservés, les femmes représentent désormais 10,8 % des parlementaires. Leur nombre a augmenté de 2 en 1997 à 35 lors des élections du 27 septembre 2002.

Aujourd’hui, tous les observateurs de la politique interne du pays notent avec satisfaction l’ouverture de l’Institution Royale sur les compétences féminines, par la nomination pour la première fois d’une femme conseillère auprès de Sa Majesté le Roi, la désignation de femmes ambassadeurs et d’une femme représentante du Maroc auprès de l’Unesco. D’autres femmes ont accédé à des postes de responsabilités importants dans des secteurs essentiels. Cela traduit la volonté de la plus Haute Autorité du pays à reconnaître les compétences des femmes, et la place qu’elles doivent occuper dans la société marocaine.

Toutefois, si les femmes occupent d’importants postes dans les instances partisanes, syndicales et associatives, elles tirent la sonnette d’alarme sur la situation de leur sous-représentativité dans le champ politique. Les militantes de l’USFP, du PJD, de l’Istiqilal, du PPS, du FFD ou encore du Mouvement populaire, exigent un quota de 33 % de participation de la femme dans les postes de responsabilité politiques à tous les niveaux. Elles considèrent que le quota de 10 % de femmes au Parlement reste insuffisant. Elles jugent le nombre de femmes élues au niveau des collectivités locales insignifiant.

Bref, les femmes se déclarent être lésées en ce qui concerne le principe de l’égalité des droits politiques et celui des actions positives. Leurs propositions s’articulent autour de ces deux principes qui partent de l’article 8 de la Constitution qui garantit l’égalité entre l’homme et la femme en droits politiques. Elles demandent l’établissement d’un quota obligatoire au sein des partis politiques. Elles revendiquent un statut de militantes actives et surtout agissantes au niveau des structures et décisions. " La représentativité au sein de ces institutions est en deçà de la place effective que doivent occuper les femmes au vu de leurs compétences et de leurs nombres ", souligne Nezha Skalli, du PPS, qui suggère de conditionner le financement des partis politiques au poids de la représentativité féminine.

En effet, rares sont les partis politiques marocains tels que l’USFP et le parti de l’Istiqlal qui se sont efforcés, depuis 1998, de démocratiser leur fonctionnement interne en imposant un quota de 20 % de femmes parmi les cadres, y compris au bureau politique. Les autres suivront dans l’avenir avec l’approche des échéances électorales de 2007. Au passage, le président du RNI rappelle : « notre parti, le Rassemblement National des Indépendants, a réservé à ses militantes 20 % des sièges du comité central, qui est le parlement de notre formation, en souvenir de la participation de 10 % des femmes à la Marche Verte de 1975 qui a été une étape décisive dans la récupération de notre Sahara ».

Toutefois, il faut noter que l’absence de la parité est l’une des raisons pour lesquelles les femmes marocaines fuient les partis politiques. « La représentativité féminine au Parlement est à nuancer », souligne Zoubida Bouayad, conseillère socialiste à la deuxième Chambre. Si la présence des femmes à la première Chambre a été massive au lendemain des élections législatives, favorisée par l’adoption du principe de la liste nationale des femmes, elles ont été minoritaires à accéder à la Chambre des conseillers.

Dans ce cadre, Zoubida Bouayad invite à repenser les structures menant à la représentation au sein de la seconde Chambre sur la base d’un principe de quota. Les centrales syndicales, les chambres professionnelles sont parmi les structures désignées et qui restent quasi hermétiquement fermées à la gent féminine. Rachida Tahri, présidente de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) avait, dans ce sens, déclaré : « nous revendiquons l’établissement d’un quota obligatoire au sein des partis politiques. Nous demandons qu’il y ait les deux tiers au moins au sein des instances dirigeantes et lors des congrès et assemblées constitutives, au niveau local et national ».

L’égalité sans réserve : Carton rouge au monde arabe
Libération, 05/06/06
L’Association démocratique des femmes du Maroc, ADFM, et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, FIDH, organisent une conférence régionale de la MENA sur la ratification et la mise en œuvre du protocole facultatif de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

C’est la ville de Rabat qui accueillera les 8, 9, 10 juin les travaux de cette conférence dont la tenue avait été décidée en août 2005 en Malaisie, lors d’une conférence internationale sur la ratification et la mise en œuvre du protocole facultatif de cette convention. "La rencontre de Rabat réunira experts internationaux, activistes des droits humains et des droits des femmes, organisations non gouvernementales de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient, de la Turquie ou encore du Soudan ainsi que plusieurs organes spécialisés des Nations Unies pour débattre de la ratification et la mise en œuvre de ce protocole. Des séances plénières seront consacrées aux instruments internationaux et à l’état des ratifications de la convention et de son protocole facultatif.

Le rôle des mécanismes internationaux et des ONG dans la levée des réserves sont également au programme tandis que les expériences turque et marocaine en matière de plaidoyer pour la ratification de la convention seront présentées", explique une activiste de l’ADFM. Cette conférence internationale dont la séance d’ouverture sera présidée par le premier ministre, Driss Jettou, inaugurera également un processus de plaidoyer au niveau régional pour la ratification et l’application du protocole facultatif de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (OP-CEDAW), la levée des réserves par les pays de la région MENA et l’identification des meilleures stratégies pour faire aboutir la mise en œuvre de la convention et, surtout, encourager une égalité sans réserve entre les hommes et les femmes dans cette région du monde.

"Il faut savoir que la quasi-majorité des Etats arabes ont émis des réserves aux articles les plus importants de la convention la rendant ainsi sans objet et ce au nom des prescriptions supposées de la chariaa", s’indigne une militante des droits des femmes. Trois jours de travaux intensifs au cours desquels sera élaborée une stratégie de la campagne régionale pour que les Etats arabes lèvent leurs réserves et procèdent à la ratification du protocole facultatif de la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

C’est ainsi que la conférence régionale aura son moment fort en clôturant ses travaux par le lancement public de la campagne en faveur de la ratification de l’OP-CEDAW et la levée des réserves. Un appel sera lancé depuis Rabat, samedi 10 juin, pour inciter les Etats arabes à adhérer sans modération au processus de l’égalité sans réserve.
Lancement d’une campagne contre la discrimination à l’égard des femmes.

Les droits des femmes sont des droits humains fondamentaux
Le Matin, 08/06/06

C’est ce qu’a confirmé avec force la communauté internationale, lors de la seconde Conférence mondiale sur les droits humains réunie en 1993 à Vienne. Mais jusqu’à maintenant, les pays arabes ne l’entendent pas de cette oreille. Ainsi, tous ces Etats ont émis des réserves aux articles les plus importants de la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), rendant caduque cette ratification. Ces nations justifient ces violations par le respect des prescriptions de la « Charia » (droit musulman).

Pour mettre fin à cette situation anachronique, l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), organisent, du 8 au 10 juin à Rabat, une conférence régionale sous le thème : « L’égalité sans réserve ». Cette manifestation, la première de son genre, est soutenu par les Pays-Bas et le Fonds de développement des Nations unies pour la femme Maghreb (Unifem) et elle sera en même temps l’occasion de lancer la campagne régionale pour amener les Etats arabes à mettre fin aux mesures discriminatoire vis-à-vis des femmes en ratifiant le Protocole facultatif de la Convention (Cedaw). « En août 2005, des représentants d’Organisations non gouvernementales (ONG) de pays arabes ont participé à la conférence internationale sur la ratification et la mise en œuvre du protocole facultatif, en Malaisie. Afin de promouvoir la mise en œuvre de la Cedaw dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA), les représentants de ces ONG ont décidé d’organiser une conférence régionale. Le Maroc a été choisi par ces ONG pour abriter cette réunion grâce aux progrès enregistrés dans ce domaine », lance Rabîa Naciri, présidente de l’ADFM. 

Le Premier ministre Driss Jettou devra inaugurer aujourd’hui cette conférence, lui qui avait déclaré en février 2005, l’intention de son gouvernement d’adhérer à ce protocole facultatif (PF-Cedaw). « Les conventions internationales ratifiées par un Etat ont la primauté sur les lois nationales. Or chez nous au Maroc, ce n’est pas encore clair à ce niveau. Et s’il y a une révision constitutionnelle, elle doit s’occuper de cet aspect. Je vous rappelle que le Maroc a ratifié la Cedaw en 1993 et ne l’a publiée que sept ans après au Bulletin officiel.

Mais aujourd’hui, on attend de lui qu’il ratifie le protocole facultatif », ajoute Mme Naciri. A ce jour, 71 pays l’ont adopté parmi les 179 signataires de la convention Cedaw. Dans ce domaine, seule la Libye fait figure de bon élève dans la région. Enfin rappelons que le PF-Cedaw renforce la réalisation effective des droits des femmes sur le plan individuel et « il permet en outre de développer la jurisprudence en matière de droits des femmes ». Il encourage également les Etats membres à identifier et admettre l’existence de lois et politiques discriminatoires et à mettre en application les principes de la convention Cedaw.

« Les femmes, principal antidote contre l’obscurantisme »
L’Economiste, 09/06/06
Entretient avec Nezha Skalli, membre du PPS
L’Economiste : Pourquoi le lobbying féminin a choisi deux fronts : la parité et les quotas ?
Nezha Skalli : La parité est un principe. Pour en revenir à l’histoire, la démocratie a été instaurée sans tenir compte du problème de l’égalité hommes/femmes. Pendant longtemps, aussi bien sur le plan légal que dans les faits, la représentation démocratique se limitait à une représentation exclusivement masculine. Les lois interdisaient même aux femmes de se présenter aux élections.

Par la suite, l’opinion publique a compris qu’une démocratie qui ne permettait pas aux hommes et aux femmes d’être représentés de façon équitable n’était pas une véritable démocratie. D’où l’introduction des principes d’équité dans les systèmes électoraux. C’est un des principes fondateurs. On ne peut parler de démocratie participative sans souci de parité. Un quota est par contre un objectif chiffré. De nombreuses institutions démocratiques sont basées sur ce système. Le quota pour les femmes représente un minimum à atteindre au niveau parlementaire pour la représentativité féminine.
Plutôt que de parler de parité pourquoi ne pas rapporter le débat aux partis car c’est là que se situe le cœur du problème ?

La démocratie c’est d’abord des valeurs. Il y a ensuite des techniques électorales pour essayer de mettre en place ces valeurs et les traduire. Les débats actuels montrent que l’humanité est constamment à la recherche de ce qui lui permet d’instaurer le système qui lui convient le mieux. Les résultats seront fonction de ce système.
Peut-on imaginer qu’un système où les femmes ne sont pas du tout présentes est un système représentatif ?

L’inverse est valable. Les faits sont là. En l’absence de quotas, les femmes ne sont pas représentées au sein de l’hémicycle. Ce qui est grave pour le développement du pays. A tel point qu’un récent rapport du Pnud sur le développement humain a mis le doigt sur la principale cause du sous-développement dans le monde arabe. La sous-représentativité des femmes est citée comme cause première.
Comment les membres des partis politiques, en majorité masculins, perçoivent-ils ce lobbying féminin ?

Il est normal que les partis soient majoritairement masculins car ils sont le reflet de la société, parfois même de façon détériorée. Pour en revenir aux causes, le mode de fonctionnement des partis y est pour beaucoup. Il exclut les femmes. Les réunions se tiennent le soir, à l’heure où les femmes rentrent à la maison pour s’occuper des enfants, de leur foyer... Pour que les choses changent, il faudrait un niveau de conscience supérieur à celui dont nous disposons au Maroc afin que les hommes inversent les rôles et permettent à leurs épouses de s’investir dans la vie politique. Il y a aussi d’autres raisons. Dans l’ensemble des bureaux politiques, les femmes sont minoritaires et sont considérées presque comme des intrus. Heureusement que les choses commencent à changer. Mais elles devraient changer plus vite.
Quelles sont les issues possibles de ce lobbying ?

La crainte actuelle est de voir le Maroc reculer dans différents domaines : droits de l’homme, avancées démocratiques…Il ne faut pas se leurrer, certaines forces obscurantistes occupent le terrain. Les femmes constituent le principal antidote contre l’obscurantisme. Nous savons que les intégristes se renforcent, qu’ils seront plus nombreux au sein de l’hémicycle. Il faut lutter contre ceux qui ne veulent pas des femmes, quelle que soit la majorité parlementaire ou gouvernementale.
Les parlementaires ont tenu une réunion avec les associations féminines mercredi 7 juin. C’était positif ?

Je dirais même excellent. Nous sommes tombés d’accord sur le fait que les femmes doivent disposer au moins du tiers des sièges. Je pense que l’attitude générale est favorable. C’est une question de droits humains et d’engagements du Maroc à l’échelon international.

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