Encourager les femmes à s’engager pour leurs droits

Paola Salwan Daher est juriste en droit international, formatrice et chercheuse dans le domaine des droits de l’Homme et plus particulièrement dans les droits des femmes. Elle est aussi membre et formatrice à Nasawiya, un collectif féministe au Liban. A travers ce texte, elle fait part d’une conversation menée avec une consœur turque, sur la sensibilisation des femmes vis-à-vis de leurs droits et évoque des initiatives encourageantes dans leurs pays respectifs, le Liban et la Turquie.

Beyrouth – J’ai toujours pensé que s’engager aux côtés d’autres femmes est un des rôles les plus beaux et les plus excitants que peut connaître une activiste pour les droits des femmes. Ma dernière conversation au sujet des droits des femmes s’est tenue par courrier électronique et a été sponsorisée par le Service de Presse de Common Ground. Dans le cadre de cette nouvelle initiative, les activistes des droits des femmes au Moyen-Orient ont été jumelées à leurs homologues d’autres pays. En ce qui me concerne, j’ai été jumelée avec Idil Aybars, chercheuse au Centre d’études européennes à l’université technique du Moyen-Orient d’Ankara. Ma conversation avec Idil s’est avérée aussi enrichissante que mes précédentes rencontres avec des activistes des droits des femmes.

Au cours de notre conversation, Idil et moi-même avons partagé nos vues sur la manière la plus efficace d’aborder les femmes dans nos communautés afin de les mobiliser et de leur permettre d’élargir leurs droits.

La nécessité de parler aux femmes – issues de tous les milieux – et de les écouter est primordiale si nous voulons parvenir à une véritable égalité des sexes car nous ne pouvons pas discuter des droits des femmes si nous ne parvenons pas à sensibiliser une certaine catégorie de femmes moins privilégiées, moins accessibles. Cela est particulièrement vrai avec l’utilisation croissante des médias sociaux pour attirer l’attention sur différentes questions. Toutes les femmes n’ont, en effet, pas accès à ces outils en ligne qui tendent à être à la portée de celles qui appartiennent à une certaine classe économique et/ou sociale. Pour compléter l’activisme en ligne, il est donc nécessaire de mener une action sur le terrain.

Nasawiya, un collectif féministe libanais, a lancé une initiative intitulée HelloWomen in March qui précède la journée internationale de la femme le 8 mars de cette année. Dans le cadre de HelloWomen, les activistes des droits des femmes se sont rendues dans certains des quartiers les plus défavorisés de Beyrouth, Tripoli, Saida et Byblos pour parler aux femmes dans la rue afin de déterminer leur niveau de connaissance relativement à leurs droits. L’initiative a permis de mieux cerner ce que les femmes savent ou ne savent pas sur ce que la loi leur permet. Si les hommes ont souvent interrompu les entretiens pour donner leur avis – parfois en approuvant, parfois en désapprouvant – les femmes se sont montrées, elles aussi, divisées sur la question de leurs droits. Certaines ont défendu leurs droits avec passion, d’autres ont soutenu une vision plus patriarcale et traditionnelle qui n’accorde aux femmes que des droits limités.

Cette initiative est aussi à l’origine de la création d’un centre pour travailleuses immigrées. Pendant la période d’investigation, l’activiste de Nasawiya, Nadine Moawad, a pris conscience en parlant à une employée de maison libanaise que les employées de maison au Liban devaient avoir un lieu où se rencontrer, où organiser des ateliers et des réunions sociales et où s’entre-aider compte tenu de leur position vulnérable dans la société libanaise.

L’an dernier, une vague de suicides a eu lieu parmi les employées de maison. Cette année, des groupes de femmes ont voulu faire prendre conscience des conditions de travail épouvantables que certaines employées endurent, telles que la discrimination, les abus de langage, les menaces physiques, la violence sexuelle, l’absence de vacances. Qui plus est, leur sort est souvent entre les mains des bureaux qui sont chargés de les faire venir au Liban et non entre les mains de l’Etat. Compte tenu de ce manque de soutien, il état nécessaire de créer un centre où elles puissent se réunir et être informées sur leurs droits.

Au fur et à mesure de nos échanges entre Idil et moi-même, toujours sur la mobilisation des femmes, nous en sommes venues à parler de la force et des accomplissements du mouvement des femmes dans nos pays et du pouvoir de la société civile. Nous avons observé que la société civile était active dans nos deux pays et que grâce à la lutte pour les droits des femmes, la situation des femmes turques et libanaises s’améliorait progressivement.

A ce titre, Idil a cité un bon nombre de mesures prises en Turquie pour favoriser l’égalité des sexes, notamment les amendements constitutionnels et les lois civiles et pénales adoptés ces dix dernières années. Les changements apportés dans le code pénal turc ont notamment éliminé les concepts patriarcaux conservateurs de chasteté, d’honneur, de moralité publique, de honte et de décence. Pendant ce temps, au Liban, l’article 562 du Code pénal qui autorisait des peines réduites pour les crimes d’honneur a été supprimé ; une victoire manifeste pour le mouvement des droits des femmes.

Au cours de nos échanges, Idil a écrit une phrase qui a retenti en moi : ’’Partout dans le monde, les femmes sont confrontées à la discrimination simplement parce que ce sont des femmes.’’ Grâce à cette conversation, j’ai ressenti, une fois de plus, le caractère universel de la lutte féministe qui traverse les frontières.

par Paola Salwan Daher


Voir également le lien Hello Women - we wanna talk to you

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Source : Service de Presse Common Ground

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